Le monde d’après ne sera pas forcément très différent du monde d’avant

Face au choc du coronavirus, chacun voit midi à sa porte. Nous avons tendance à interpréter la crise actuelle comme une validation de l’idéologie dans laquelle nous croyons. Les souverainistes prophétisent la dé-mondialisation et le retour des frontières. Les mondialistes affirment que seule une reprise des échanges mondiaux pourra nous sortir du marasme économique. Les europhobes annoncent l’éclatement de l’Union européenne. Les europhiles espèrent un grand saut fédéral. Les anticapitalistes se persuadent que le capitalisme est à l’agonie. Les écologistes radicaux pensent que l’heure de la déconsommation et de la décroissance est arrivée. Les étatistes réclament une relance économique à grands coups de nationalisations et de dépenses publiques. Les libéraux plaident pour des baisses massives d’impôts et de charges afin d’aider les entreprises à relancer leur activité.

Bien malin celui qui peut dire aujourd’hui de quels changements accouchera la crise du coronavirus. Des changements, il y en aura sans doute. Mais nous serions naïfs de penser que la crise actuelle va faire naître un monde nouveau. Les gens ne vont pas, du jour au lendemain, renoncer à leur mode de vie et à leurs habitudes de consommation. La frustration générée par le confinement risque même d’avoir l’effet inverse : une volonté de consommer, de voyager, de rattraper le temps perdu. La crise du coronavirus ne va pas non plus jeter à terre le capitalisme globalisé : tôt ou tard, l’économie mondiale se relèvera, le commerce international redémarrera. On ne doit pas sous-estimer la résilience du système capitaliste, ni son extraordinaire capacité à surmonter ses propres contradictions. Après la crise, le monde ne sera pas forcément très différent de celui que nous connaissions avant le coronavirus.

Les réalités économiques se rappelleront bientôt à nous de façon brutale. En Europe, les mesures d’urgence vont coûter très cher : un jour ou l’autre il faudra payer la facture. Même si la Banque Centrale Européenne rachète une partie des obligations émises par les Etats membres, et même si une partie des dettes publiques sont annulées (ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour), l’ardoise restera chargée. Et les Etats européens les plus touchés devront consentir des efforts importants pour maîtriser leur déficit et pour éviter une flambée des taux d’intérêt sur le marché obligataire. Le bout du tunnel est encore loin.

Avant d’imaginer des lendemains qui chantent, il y a quelque chose dont on peut se réjouir dès à présent : nous n’avons pas basculé dans le chaos. Malgré le confinement, les chaînes d’approvisionnement en produits de première nécessité n’ont pas été rompues. La continuité des services publics est assurée. Notre système de soins, bien que fragilisé par des décennies d’austérité budgétaire, a tenu le coup grâce à la mobilisation extraordinaire des personnels soignants. La cohésion sociale n’a pas volé en éclats : au contraire, les Français font preuve d’un sang-froid et d’un pragmatisme assez remarquables ; ils acceptent le confinement et s’adaptent comme ils peuvent à cette situation inédite ; ils inventent de nouvelles pratiques et de nouvelles solidarités ; ils font preuve d’humour et de créativité. Nous avons développé toute une « culture du confinement » qui sera sans doute éphémère mais qui, dans l’instant présent, nous aide à traverser l’épreuve de l’épidémie.

Pas de révolution en perspective, donc. Mais une belle leçon de résilience collective qui montre que, malgré tout, nous continuons à faire société.

Réforme du bac: et si on supprimait les E3C?

Outre la suppression des traditionnelles séries L, ES et S, la réforme du bac a renforcé la part de contrôle continu dans la note finale afin de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves sur le long terme. En janvier 2020, les élèves de Première ont essuyé les plâtres des nouvelles épreuves du bac, les fameuses E3C (épreuves communes de contrôle continu). De nombreux incidents ont émaillé cette première session : des couacs administratifs, des sujets non conformes aux programmes officiels, des fuites de sujet sur Internet, des établissements bloqués par des enseignants ou par des élèves, des épreuves reportées. En raison du confinement, la deuxième session d’E3C prévue en avril-mai a été purement et simplement annulée. Ne faut-il pas tirer les leçons de toutes ces péripéties en supprimant les E3C ?

Les épreuves communes de contrôle continu ont été assez mal conçues. Il s’agit d’une forme d’épreuve hybride située à mi-chemin entre le contrôle continu stricto sensu et les épreuves terminales classiques. Les E3C présentent deux inconvénients majeurs : premièrement, elles sont extrêmement lourdes à organiser ; elles impliquent des contraintes énormes et une surcharge de tâches administratives pour les établissements. Deuxièmement, ces épreuves accentuent les problèmes que le contrôle continu était censé résoudre car elles encouragent le bachotage permanent : les élèves doivent en effet passer des E3C en milieu et en fin de Première puis en cours de Terminale. Supprimer les E3C permettrait donc de laisser « respirer » les établissements et les élèves. Les disciplines du tronc commun peuvent être évaluées en contrôle continu intégral, comme le prévoyait initialement le Rapport Mathiot : seules les moyennes de Première et de Terminale seraient alors prises en compte au bac, avec un cadrage national sur les exercices proposés aux élèves et les compétences à évaluer. 

Supprimer les E3C permettrait aussi de rendre le nouveau bac beaucoup plus lisible. Le contrôle continu représente actuellement 40% de la note globale, à raison de 30% pour les E3C et 10% pour les moyennes de bulletin. Les épreuves terminales représentent 60% de la note globale, à raison de 10% pour les épreuves anticipées de français, 32% pour les épreuves de spécialité, 14% pour le « grand oral » et 4% pour la philosophie. Au bout du compte, les coefficients sont si complexes que la note finale perd son sens. En supprimant les E3C, on peut envisager les coefficients suivants : 20% de la note correspondrait au contrôle continu (c’est-à-dire aux moyennes de bulletin) et 80% aux épreuves terminales, à raison de 50% pour les enseignements de spécialité (choisis par les élèves) et 30% pour les autres épreuves terminales (français, philosophie et grand oral).

Enfin, la suppression des E3C permettrait de simplifier le calendrier des épreuves, qui est lui aussi d’une grande complexité. En Première les élèves passent leurs E3C en janvier-février puis en avril-mai, ainsi que les épreuves anticipées de français en juin-juillet. La carte des E3C varie d’une session à l’autre : lors de la première session les élèves passent l’histoire-géographie et les langues vivantes, mais lors de la session d’avril-mai viennent s’ajouter l’enseignement scientifique et la spécialité abandonnée en Terminale. L’année suivante, les élèves doivent passer leurs épreuves trimestrielles d’EPS, leur troisième session d’E3C en cours d’année, les enseignements de spécialité en avril-mai puis la philosophie et le grand oral en juin. Non seulement ce calendrier est illisible, mais il entraîne une forte dispersion des épreuves dans le temps : sur vingt mois de cours en Première et en Terminale, sept mois sont impactés par des épreuves de bac, ce qui est extrêmement lourd.

Supprimer les E3C ne veut pas dire supprimer le contrôle continu : je pense qu’il faut une part de contrôle continu au bac. Je parle ici d’un véritable contrôle continu, c’est-à-dire une évaluation des élèves par leurs professeurs, au fil de l’eau, sur l’ensemble des années de Première et de Terminale. La principale fonction du bac, aujourd’hui, est de valider un certain nombre de compétences acquises par les élèves au lycée : le contrôle continu peut tout à fait assumer ce rôle. De nombreux enseignants craignent qu’avec le renforcement du contrôle continu le bac perde sa valeur nationale. Il s’agit là d’un faux problème : cela fait longtemps que les résultats du bac ne sont plus pris en compte lors de l’affectation des élèves dans l’enseignement supérieur. De fait, les établissements du supérieur recrutent déjà sur la base du contrôle continu. Soyons honnêtes : les notes obtenues aux épreuves du bac ne servent à rien. Les épreuves terminales classiques ne garantissent qu’un simulacre d’égalité entre les candidats. En réalité, tout se joue avant le bac. Il faut donc « dédramatiser » le contrôle continu : les professeurs sont capables d’évaluer de façon juste et objective le niveau de leurs élèves, en valorisant les efforts et les progrès de chacun.

La solidarité européenne mise à mal par le coronavirus

A. Merkel et E. Macron.

Les gouvernements européens sont profondément divisés face à l’épidémie de covid-19. Alors que les Etats les plus touchés – Italie, Espagne et France en tête – réclament un effort de solidarité, l’Allemagne et ses alliés s’opposent à la création d’un « instrument de dette commun » chargé d’émettre des emprunts européens (les fameux « coronabonds ») pour assurer le financement des mesures de lutte contre la crise. L’Allemagne préfère utiliser le MES (Mécanisme européen de stabilité), un dispositif moins ambitieux créé en 2012 pour aider les Etats en situation de crise financière.

Les gouvernements européens n’ont manifestement pas tiré les leçons de la crise des dettes souveraines de 2010. A l’époque, déjà, bon nombre d’économistes et de responsables politiques réclamaient une mutualisation partielle des dettes souveraines ; à l’époque, déjà, l’Allemagne avait dit non. A l’époque, déjà, le chacun-pour-soi l’avait emporté, pour le plus grand bonheur des populistes et des nationalistes de tout poil qui rêvent de déconstruire l’Europe.

Tout cela nous montre que l’Union européenne reste une Europe des Etats. Ce sont les gouvernements nationaux qui pilotent l’Union, qui la font avancer ou qui la bloquent. Une fois encore, les égoïsmes nationaux jouent contre la solidarité communautaire. Face à des Etats incapables de surmonter leurs divisions, les institutions supranationales ont joué leur rôle, tant bien que mal, dans le cadre des compétences que les traités leur donnent. La Commission européenne a suspendu les règles de discipline budgétaire pour permettre aux Etats de financer des mesures d’urgence contre la crise. Elle a aussi créé la toute première réserve commune de matériel médical de protection, et débloqué une subvention exceptionnelle pour accélérer la mise au point d’un vaccin européen. De son côté, la Banque Centrale Européenne a déclenché un plan d’urgence destiné à racheter massivement des titres de dette publique et privée afin de soutenir les économies de la zone euro.

La crise du coronavirus rend nécessaire un nouveau saut fédéral : la zone euro a besoin d’un budget commun et d’un organisme capable de lever des fonds sur les marchés financiers. Si les Etats européens sont incapables d’avancer ensemble face à la crise que nous traversons, il ne faudra pas s’étonner de voir les forces nationalistes et europhobes devenir majoritaires au sein de l’Union dans un avenir relativement proche.

Face à une crise comme celle du coronavirus, aucune décision ne va de soi

Dans les situations de crise grave, la tentation de faire « tomber des têtes » est compréhensible mais elle n’est pas toujours rationnelle. On peut légitimement reprocher au gouvernement un manque d’anticipation dans sa gestion de l’épidémie de covid-19. La décision de mettre la France en confinement a été prise tardivement et les tests de dépistage auraient dû être généralisés dès le début de la crise. Le gouvernement a manqué de réactivité, c’est indéniable. Mais n’oublions pas que, depuis le début de la crise, le gouvernement doit agir au jour le jour, à la lumière de données scientifiques incomplètes et en constante évolution. La maladie s’est propagée à une vitesse vertigineuse : tout le monde a été pris de court. Les épidémiologistes de salon et les infectiologues auto-proclamés ont tout loisir d’adresser des cartons rouges à l’exécutif pour sa « mauvaise gestion » de la crise : un peu d’humilité ne nous ferait pas de mal. Il est facile d’affirmer, après-coup, que l’Etat « aurait dû » faire ceci ou cela. Mais lorsqu’on est en responsabilité, face à l’imprévu et sans recul sur les événements, aucune décision ne va de soi.

Comme l’explique le constitutionnaliste Olivier Duhamel, le gouvernement doit agir à l’aune de trois impératifs : un impératif sanitaire (protéger la population contre le virus), un impératif économique (éviter l’effondrement de notre système productif) et un impératif démocratique (préserver les libertés autant que possible). Dans une démocratie, les décisions importantes requièrent un minimum de consensus. La décision de stopper brutalement l’économie et de placer en quarantaine tout un pays de 67 millions d’habitants aurait été jugée totalement disproportionnée si le gouvernement l’avait prise au moment où la France ne comptabilisait que 200 personnes infectées par le coronavirus.

Le gouvernement a été vivement critiqué pour avoir maintenu le premier tour des élections municipales. Or, dans les jours qui ont précédé le premier tour, la situation sanitaire n’était pas encore alarmante et le maintien du scrutin faisait l’objet d’un large consensus, à la fois scientifique et politique. Le Comité Scientifique chargé de conseiller l’exécutif n’avait pas recommandé l’annulation du premier tour des municipales. Par ailleurs, une grande partie de l’opposition avait demandé le maintien du scrutin au motif que la démocratie locale ne devait pas être mise entre parenthèses : certains élus disaient même que le report de l’élection serait un « coup d’État ». Mais au lendemain du premier tour, le consensus s’est inversé : ceux-là mêmes qui avaient demandé son maintien se sont mis à déplorer son non-report. Quelles que soient les décisions prises par le gouvernement, on trouvera toujours des Français pour lui reprocher d’avoir mal agi.

Le gouvernement actuel ne peut, à lui seul, endosser l’entière responsabilité de la crise. La polémique autour des masques de protection est, sur ce point, assez révélatrice. La pénurie de masques est-elle imputable à l’inaction du gouvernement Philippe, comme on se plaît à le répéter ad nauseam sur les réseaux sociaux ? En partie, oui. Edouard Philippe a lui-même reconnu que le gouvernement avait sous-estimé la consommation de masques FFP2. Mais la pénurie s’explique aussi par les choix des gouvernements précédents. Depuis 2013, en effet, les stocks de masques de l’Etat ne sont plus renouvelés. Ce changement de stratégie ne paraissait pas aberrant à l’époque puisque l’énorme production chinoise était censée garantir la sécurité de nos approvisionnements. Personne n’avait imaginé que l’économie chinoise pourrait un jour être paralysée par une épidémie et que la chaîne d’approvisionnement pourrait être interrompue. C’est pourtant ce qui est arrivé.

Les choix du gouvernement actuel ont aussi été influencés par un lourd précédent : le scandale des vaccins contre la grippe H1N1. En 2010, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot fut accusée d’avoir sur-réagi face à l’épidémie de grippe H1N1. A l’époque, le gouvernement avait surestimé l’ampleur de l’épidémie et commandé en urgence 94 millions de doses de vaccin : quelques semaines plus tard, il résilia la moitié des commandes. L’épidémie fut beaucoup moins virulente que prévu et seuls 5 millions de Français furent vaccinés ; une partie des vaccins livrés à la France fut même revendue à l’étranger. On parlait alors d’un véritable « scandale d’Etat ». Depuis cette affaire, l’Etat fait donc preuve d’une certaine prudence avant d’engager les deniers publics sur des commandes massives de médicaments ou de matériel médical. On peut raisonnablement penser que le gouvernement actuel a voulu éviter une nouvelle « affaire Bachelot ».

Une fois la crise terminée, l’heure du bilan viendra. Certains responsables politiques vont devoir rendre des comptes. « On se souviendra de ceux qui n’ont pas été à la hauteur », lançait Emmanuel Macron à ses ministres début mars. Et si des têtes doivent tomber, elles tomberont. Mais pour l’heure, notre priorité doit rester la lutte contre le covid-19. Les procès en incompétence ne sont d’aucun secours pour affronter la crise que nous traversons.

Confinement: une épreuve nécessaire dont nous pouvons sortir grandis

Face aux catastrophes, il est toujours facile d’accuser le gouvernement de ne pas avoir agi, d’avoir agi trop tard, d’en avoir trop fait ou pas assez fait. Il est toujours facile de s’improviser expert en tout et en rien, et de produire des jugements a posteriori, quand la catastrophe est déjà là. Mais je ne crois pas que d’autres gouvernants eussent fait beaucoup mieux dans les mêmes circonstances. L’évolution de l’épidémie était imprévisible : le gouvernement a dû gérer la crise au jour le jour, guidé par les recommandations des scientifiques. Fermer les commerces et les écoles et mettre en confinement tout un pays de 67 millions d’habitants n’était pas une décision évidente. Les conséquences d’une mesure aussi radicale seront très lourdes, tant sur l’économie du pays que sur la vie des individus. Prendre une telle décision requiert de la lucidité, du courage et du sang-froid.

Certains gouvernements européens ont refusé le confinement : ils ont choisi de laisser circuler le virus pour éviter une paralysie de l’économie et pour développer une « immunité collective », quitte à sacrifier les individus les plus fragiles. C’est le choix qu’ont fait le Royaume-Uni et les Pays-Bas. La France, elle, a refusé cette logique darwinienne : elle a préféré adopter des mesures coercitives pour endiguer l’épidémie et sauver un maximum de vies. La France a choisi sa population plutôt que son économie. Elle a choisi la protection plutôt que la sélection naturelle. Et c’est tout à son honneur. Certes, le coût sera colossal, pour notre économie comme pour les deniers publics. Mais c’est le prix à payer pour sauver des dizaines de milliers de vies. C’est le prix de la dignité.

Le confinement sera une épreuve pour les Français, en particulier pour les travailleurs indépendants qui voient leur activité s’effondrer, pour les salariés en télétravail qui doivent garder leurs enfants, pour les salariés qui se retrouvent au chômage partiel ou qui redoutent un licenciement, pour toutes les femmes victimes de violences conjugales, pour tous les Français qui occupent un logement exigu ou insalubre, pour tous ceux qui vivent seuls et loin de leurs proches. Mais il faut aussi espérer que cette quarantaine accouchera de changements heureux, de comportements positifs et de solidarités nouvelles. Nous pouvons sortir grandis de cette épreuve. Voilà peut-être une occasion de consacrer plus de temps à la vie de famille, à la cuisine, au repos, à la lecture, à la vie spirituelle et aux loisirs sains, loin de nos frénésies de consommation habituelles. Voilà peut-être aussi une occasion de penser au dévouement de tous ceux qui sont « au front » : personnels soignants, policiers, pompiers, militaires et services de secours. Voilà une occasion de réfléchir à l’importance de nos services publics et de notre système de santé, qui sont notre bien commun le plus précieux dans pareilles circonstances.

Nous traversons une crise historique dont nous ne mesurons pas encore toutes les implications sur notre mode de vie, notre mobilité, notre rapport au travail et à la consommation. Nul ne sait dans quelle mesure cette expérience nous transformera en tant que société. Mais il est certain qu’elle laissera des traces indélébiles et qu’elle remettra en question certains de nos paradigmes. Bon courage à tous. Et surtout, n’oublions pas les fameux « gestes barrières » : il n’a jamais été aussi simple de sauver des vies.

Face au coronavirus: l’union (presque) sacrée

Les mesures particulièrement strictes qui ont été mises en place par le gouvernement français pour endiguer l’épidémie de Covid-19 sont dictées par la propagation extrêmement rapide du virus et par une augmentation inquiétante du nombre de décès chez nos voisins italiens.

Les mesures adoptées ont d’abord pour objectif de sauver des vies : d’après les simulations réalisées par le comité scientifique qui conseille l’Elysée, en l’absence de toute mesure d’endiguement, l’épidémie pourrait tuer jusqu’à 500.000 personnes en France dans l’hypothèse la plus pessimiste. Limiter la propagation est également nécessaire pour empêcher l’implosion de notre système hospitalier, qui est déjà au bord de l’asphyxie : en dépit du dévouement remarquable des personnels soignants, nos hôpitaux ne pourront pas accueillir l’ensemble des patients qui seront dans un état grave lors du pic de l’épidémie. Mais l’enjeu n’est pas seulement sanitaire. La radicalité des mesures adoptées s’explique aussi par la volonté d’éviter une nouvelle crise financière globale comparable à celle de 2008 : la confiance des marchés financiers dépend en effet de la capacité des gouvernements à endiguer rapidement l’épidémie.

La France est donc en état de guerre. Nous sommes en guerre contre le Covid-19. Une sorte d’union sacrée s’est instaurée, malgré la campagne des municipales et les débats houleux autour de la réforme des retraites. Toutes les forces politiques de l’opposition ont fait preuve de retenue et de responsabilité, en apportant leur soutien aux mesures d’exception du gouvernement. Toutes les forces de l’opposition, à l’exception notable du Rassemblement National qui surfe littéralement sur l’angoisse de nos concitoyens et saute sur la moindre occasion de polémiquer, dénonçant tantôt un manque d’anticipation, tantôt l’insuffisance des mesures adoptées. Le parti de Marine Le Pen aurait sans doute fait beaucoup mieux s’il avait dû gouverner le pays face à une telle crise…

L’épidémie de coronavirus est un vrai test pour nos démocraties. La Chine a stoppé la propagation du virus par des mesures autoritaires et brutales : cette épidémie est l’occasion, pour les démocraties, de prouver leur capacité à surmonter une crise sanitaire majeure sans renier leurs valeurs, et sans basculer dans l’autoritarisme. Cela suppose évidemment que chacun fasse preuve de discipline et de responsabilité, en appliquant les « gestes barrières », en limitant ses déplacements au plus strict nécessaire et en évitant tout contact avec des personnes à risque. Dans le moment grave que nous traversons, le chacun pour soi est impossible : c’est le civisme qui nous sauvera et nous permettra de rebondir.

Retraites: l’affligeant contre-projet de la France Insoumise

J.L. Mélenchon et A. Corbière.

La France Insoumise, qui combat avec véhémence la réforme des retraites, a publié fin février un contre-projet intitulé : Retraites. Contre-projet de la France Insoumise pour des jours heureux. Le titre du document, qui fait allusion au programme du Conseil National de la Résistance, pose déjà question : le parti de Jean-Luc Mélenchon nous promet le bonheur, et rien de moins. Mais l’objectif de la politique, ce n’est pas le bonheur. Le bonheur est subjectif et intime. La politique ne pourra jamais garantir le bonheur à qui que ce soit. Ce que peut faire le pouvoir politique, en revanche, c’est créer des conditions plus favorables à la croissance, à l’emploi et à l’amélioration des conditions de vie. De même, l’objectif d’un système de retraite n’est pas de rendre les retraités « heureux », mais de garantir à tous les actifs le droit à une retraite décente.

Le préambule du document est une véritable diatribe contre la « macronie », BlackRock et les « vautours de la finance » ; les auteurs y déploient une rhétorique populiste et antisystème dénonçant les « experts aux ordres » et les « médiacrates » qui « avalisent la propagande du gouvernement ». On trouve aussi dans le préambule une vibrante apologie du mouvement social : « Quant aux grèves et manifestations, elles se révèlent chaque jour de plus grande ampleur. Les députés de la France Insoumise participent activement à ce mouvement qui doit aboutir au retrait du projet de retraites par points ». L’objectif est donc clair : la France Insoumise cherche ici à se présenter comme un acteur-clé de la mobilisation contre la réforme des retraites et comme la principale force d’opposition à Emmanuel Macron.

Sur les 38 pages que compte le document, plus de la moitié sont consacrées à la critique du gouvernement, du projet de loi sur les retraites et, plus généralement, de toutes les réformes des retraites mises en place depuis 30 ans. Au bout du compte, le contre-projet stricto sensu n’est développé que sur 13 pages. Les principales mesures de ce projet laconique sont généreuses : étendre les critères de pénibilité, aligner la retraite minimum sur le SMIC, ramener l’âge légal de départ à 60 ans et réduire la durée de cotisation à 40 annuités. On l’aura compris : la France Insoumise ne propose aucune réforme structurelle, aucune simplification, aucune adaptation de notre système de retraite aux nouvelles réalités du monde du travail, aucune remise en cause des régimes spéciaux, aucune fusion des différents régimes existants au sein d’un régime universel. La CGT-Cheminots et Sud-Rail peuvent dormir tranquilles : leur message a été entendu par Jean-Luc Mélenchon.

La question qui se pose alors est évidemment celle du coût d’un tel projet : comment financer des mesures aussi généreuses dans un contexte de vieillissement démographique sans précédent ? Le financement est traité en à peine 3 pages : nous voilà donc rassurés quant à la solidité du « contre-projet ». Les Insoumis proposent trois leviers de financement. Premier levier : mobiliser les réserves disponibles, c’est-à-dire les réserves accumulées au fil des années par les régimes vertueux qui sont en excédent, comme ceux des professions libérales. Les avocats apprécieront. Deuxième levier : augmenter les salaires. De quelle façon ? On n’en sait rien. Voilà ce que dit le document : « même s’il n’existe pas de leviers juridiques immédiats pour déplacer le partage de la valeur ajoutée, cet objectif implique d’en finir avec les politiques libérales et comptables qui diminuent le montant des ressources sociales ». Autrement dit, les auteurs du projet reconnaissent eux-mêmes que l’augmentation des salaires ne se décrète pas et que, par conséquent, elle ne peut être envisagée comme un moyen d’augmenter à court terme les recettes des caisses de retraite. Enfin, troisième levier : augmenter les cotisations. Il s’agit de la seule solution réaliste proposée par les Insoumis pour assurer le financement des retraites, mais cette solution est dangereuse puisqu’elle aurait pour effet d’augmenter le coût du travail, de plomber la compétitivité des entreprises et de ponctionner le pouvoir d’achat des salariés, alors que notre pays bat déjà le record des prélèvements obligatoires les plus élevés au sein de l’OCDE.

Le contre-projet de la France Insoumise est un document élaboré à la va-vite, irréaliste et inabouti, dont l’objectif premier n’est certainement pas de proposer une alternative crédible au projet gouvernemental mais plutôt de remobiliser les électeurs en surfant sur le mouvement social. Et de repositionner la France Insoumise comme principale force d’opposition à Emmanuel Macron, statut également revendiqué par Les Républicains et le Rassemblement National. Ce document n’est pas un contre-projet : c’est un tract.

49-3, le pire scénario possible

Edouard Philippe.

Faute d’avoir su bâtir un consensus autour d’une réforme capitale pour l’avenir du pays, le gouvernement fait passer en force le projet de loi sur les retraites en activant l’article 49-3 de la Constitution : c’est le pire des scenarii que l’on pouvait envisager. Le 49-3 a été utilisé de nombreuses fois sous la Cinquième République, aussi bien par la gauche que par la droite, mais c’est la première fois qu’il est utilisé sur un projet de loi aussi important que l’actuelle réforme des retraites. Or, une réforme aussi cruciale ne devrait jamais être mise en place dans un tel climat de défiance.

Pour autant, il ne faudrait pas dédouaner l’opposition de toute responsabilité dans le désastre législatif auquel nous assistons. Car les députés communistes et LFI ont tout fait pour pousser le gouvernement à utiliser le 49-3. Ils ont déposé plus de 40.000 amendements dans le seul but de bloquer le travail parlementaire : la plupart de ces amendements sont de simples amendements rédactionnels qui n’ont aucun impact sur le contenu du texte. Si chacun des amendements était discuté en séances, il faudrait certainement plus d’un an aux députés pour voter le projet de loi en première lecture, en y consacrant tout leur temps, sans examiner d’autres textes en parallèle : cela n’était tout simplement pas concevable.

Certes, le droit d’amendement est un droit constitutionnel, indispensable au travail parlementaire. Mais lorsque des élus irresponsables déposent des milliers d’amendements absurdes pour empêcher le débat sur les questions de fond, le droit d’amendement s’en trouve dévoyé, et le travail parlementaire est entravé. L’obstruction, ce n’est pas la démocratie. L’article 49-3 était malheureusement le seul moyen de mettre un terme à ce jeu ridicule pour que le texte puisse arriver au Sénat et pour que le travail parlementaire puisse continuer dans des conditions normales.

Le MoDem est-il encore utile au sein de la majorité?

F. Bayrou et E. Macron en 2017.

Le Mouvement Démocrate a été fondé par François Bayrou en 2007 sur les ruines de l’ancienne UDF. Dès sa création, ce parti a mis en avant des thèmes forts tels que la moralisation de la vie politique, la défense du projet européen et le dépassement du clivage droite-gauche. Le MoDem est longtemps resté en marge de la vie politique française mais la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017 fut une véritable aubaine pour le parti centriste : en soutenant le candidat Macron dès le premier tour de la présidentielle et en faisant alliance avec La République En Marche aux élections législatives, le MoDem est sorti de l’isolement. Avec 46 députés, le parti de François Bayrou dispose désormais de son propre groupe à l’Assemblée nationale et constitue le principal allié du parti présidentiel.

Dès 2017, les élus du MoDem ont cherché à se démarquer de leurs alliés macronistes : ils se sont présentés comme les garants du pluralisme au sein de la nouvelle majorité ; ils ont revendiqué l’héritage politique du centre face au jeune parti présidentiel ; ils voulaient incarner l’aile sociale et humaniste de la majorité face à des élus macronistes réputés plus libéraux. Malgré tout, le parti de François Bayrou n’a jamais vraiment été un pilier de la majorité. Pourquoi ? La première raison est arithmétique : avec plus de 300 députés, La République En Marche dispose à elle seule de la majorité absolue à l’Assemblée nationale et n’a pas besoin des centristes pour voter les réformes. La deuxième raison est judiciaire : le MoDem a été fragilisé par des soupçons de détournement de fonds publics au Parlement européen. François Bayrou, Sylvie Goulard et Marielle de Sarnez ont quitté le gouvernement dès 2017 suite à l’ouverture d’une enquête préliminaire et ont été mis en examen fin 2019.

Certes, le gouvernement d’Edouard Philippe compte encore trois membres du MoDem. Mais aucun d’entre eux ne peut être considéré comme un « poids lourd » du gouvernement : Marc Fesneau est chargé des relations avec le Parlement, Jacqueline Gourault est ministre de la Cohésion des Territoires et Geneviève Darrieussecq est secrétaire d’Etat auprès du ministre des Armées. En 2017, les ministres issus du MoDem occupaient des postes beaucoup plus importants dans le premier gouvernement Philippe : François Bayrou était ministre de la Justice, Marielle de Sarnez ministre des Affaires Européennes et Sylvie Goulard ministre des Armées. Il y a donc bien eu une forme de rétrogradation du MoDem au sein de l’équipe gouvernementale.

Le MoDem est-il vraiment utile dans la majorité ? Même si les élus du MoDem sont plutôt discrets, leur contribution au travail de la majorité n’est pas négligeable : ils ont rédigé de nombreux rapports parlementaires et déposé de nombreux amendements depuis le début de la législature. Maud Petit, députée MoDem du Val de Marne, est à l’origine de la loi de 2019 sur l’interdiction des violences éducatives, dite « loi anti-fessée ». Patrick Mignola, patron des députés MoDem, a déposé en 2018 une proposition de loi visant à protéger la propriété intellectuelle pour les éditeurs de services de presse en ligne. Les élus MoDem se sont efforcés d’améliorer les projets de loi portés par le gouvernement d’Edouard Philippe : ainsi, les amendements du MoDem ont permis d’humaniser la loi sur l’asile en améliorant les conditions de rétention des mineurs ; en 2018, un amendement du MoDem a retiré l’huile de palme de la liste des biocarburants, supprimant ainsi les avantages fiscaux dont bénéficiait ce produit.

Les élus du MoDem ont toujours fait preuve de loyauté vis-à-vis de leurs alliés macronistes. Et ils continuent de soutenir, bon an mal an, la politique du gouvernement. Philippe Berta, député MoDem du Gard, a été nommé en 2019 co-rapporteur du projet de loi sur la bioéthique prévoyant, entre autres, l’extension de la PMA. Nicolas Turquois, député MoDem de la Vienne, a été nommé début 2020 co-rapporteur du projet de loi sur la réforme des retraites. Pourtant, face à l’hégémonie du parti présidentiel, les élus du MoDem ont bien du mal à faire entendre leur voix. Le grand projet de réforme institutionnelle porté par François Bayrou et son parti, à savoir l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives, semble être aujourd’hui relégué au fond d’un tiroir de Matignon. Sur la question des retraites, sur celle des violences policières, sur l’éducation et sur bien d’autres sujets, les centristes n’ont pas vraiment pesé dans les débats. Ils n’ont pas été capables d’humaniser la ligne du gouvernement, ni de tempérer l’arrogance technocratique dont l’exécutif a si souvent fait preuve. Ils n’ont pas su défendre leur conception de la démocratie : la transparence, le respect des corps intermédiaires et la recherche du compromis le plus large pour mettre en place les réformes indispensables au pays.

Le malaise est d’ailleurs de plus en plus palpable dans les rangs du parti centriste. Isabelle Florennes, députée des Hauts-de-Seine, a reconnu dans la presse que le MoDem n’était pas assez écouté au sein de la majorité. Le député Jean-Louis Bourlanges, qui est l’une des dernières figures intellectuelles du courant centriste en France, déclarait quant à lui sur France Inter : « On n’aurait pas dû organiser la majorité comme on l’a fait, on n’aurait pas dû écraser les sensibilités politiques ». Le problème, c’est que les députés MoDem sont dans une situation de dépendance à l’égard du parti présidentiel, pour une raison très simple : c’est à lui qu’ils doivent leur élection. Dans ces conditions, il ne faut pas s’attendre à une fronde des parlementaires centristes.

Le « bac Blanquer » est-il un fiasco?

Heurts entre lycéens et policiers devant un lycée de Rennes.

Au mois de janvier, les élèves de Première ont essuyé les plâtres des nouvelles épreuves du bac, les fameuses E3C (épreuves communes de contrôle continu). Les épreuves se sont plutôt bien déroulées dans l’immense majorité des lycées. Toutefois, de nombreux incidents ont émaillé cette première session d’E3C : des couacs administratifs, des sujets non conformes aux programmes officiels, des fuites de sujet sur Internet, des établissements bloqués par des enseignants ou par des élèves, des épreuves reportées. Dans certains lycées, des policiers sont même intervenus pour lever des blocus et permettre aux élèves de passer leurs épreuves. Les syndicats enseignants, vent debout contre le « bac Blanquer », demandent l’annulation des épreuves et le retrait de la réforme.

Les incidents qui ont perturbé cette première session d’E3C témoignent de la précipitation dans laquelle a été mise en place la réforme du bac. Pour des raisons essentiellement politiques, le gouvernement a voulu que la réforme s’applique dès la rentrée 2019 dans les classes de Première : le nouveau bac ne devait surtout pas interférer sur l’élection présidentielle de 2022 ! Résultat : la réforme est entrée en application dans des conditions ubuesques. Reporter d’un an l’entrée en vigueur du nouveau bac aurait pourtant permis de limiter les dégâts et de laisser aux établissements le temps nécessaire pour s’approprier la réforme. Malheureusement, l’agenda politique a primé sur les considérations pédagogiques les plus élémentaires, et ce sont les élèves qui en paient le prix. Tout ce qu’il faut espérer, à présent, c’est que le ministre de l’Education nationale entende la détresse des enseignants et des élèves.

Les perturbations constatées lors des E3C soulèvent aussi des questionnements légitimes sur le bienfondé du contrôle continu. La réforme du bac a effectivement renforcé le poids du contrôle continu dans la note finale : les E3C représenteront 30% du total des points, et les moyennes trimestrielles 10%. De nombreux enseignants hostiles à la réforme craignent qu’avec le renforcement du contrôle continu l’examen perde sa valeur nationale et devienne une sorte de « bac local ». Je crois qu’il s’agit là d’un faux problème. Pour que le bac perde sa « valeur », encore faudrait-il qu’il en ait une. Cela fait bien longtemps que les résultats du bac ne sont plus pris en compte lors de l’affectation des élèves dans l’enseignement supérieur : sur la plateforme Parcoursup, les élèves de Terminale reçoivent leurs premières réponses dès le mois de mai, bien avant les épreuves du bac. Dans les faits, l’enseignement supérieur recrute déjà les élèves sur la base du contrôle continu ! Les notes obtenues aux épreuves du bac ne servent à rien. Et les fameuses mentions « Assez Bien », « Bien » et « Très Bien » ne sont rien d’autre que des gratifications symboliques. En réalité, tout se joue avant le bac.

Le vrai problème n’est pas tant le contrôle continu en lui-même que l’architecture des nouvelles épreuves du bac. Les E3C présentent plusieurs inconvénients majeurs : outre le fait que ces épreuves sont extrêmement lourdes à organiser pour les établissements, elles complexifient terriblement l’architecture du bac. Pire : les E3C amplifient les problèmes que le contrôle continu était censé résoudre puisqu’elles encouragent une forme de bachotage permanent : la réforme prévoit en effet que les élèves passent des E3C en milieu de Première, en fin de Première puis en milieu de Terminale. Le Rapport Mathiot, qui a très largement inspiré la réforme du lycée, préconisait un contrôle continu intégral pour les enseignements de tronc commun : autrement dit, seules les moyennes trimestrielles devaient être prises en compte pour ces enseignements. C’est Jean-Michel Blanquer qui a décidé de créer des épreuves intermédiaires pour établir un cadrage commun à tous les établissements, mais également pour limiter les risques de pressions des parents d’élèves sur les enseignants. Pourtant, lorsqu’on voit l’énorme usine à gaz que sont les E3C, on en vient à se demander si le contrôle continu intégral proposé dans le rapport Mathiot n’était pas la solution la plus simple.