Deux idées simples pour sauver la réforme du lycée

J.M. Blanquer.

Entrée en vigueur à la rentrée 2019, la réforme du lycée pilotée par Jean-Michel Blanquer repose sur deux piliers. Premièrement, les traditionnelles séries L, ES et S ont été remplacées par un lycée « à la carte » comprenant un tronc commun et des enseignements de spécialité. Les élèves suivent trois enseignements de spécialité en Première et n’en conservent que deux en Terminale. Deuxièmement, la réforme du lycée a renforcé la part de contrôle continu dans la note finale du bac afin de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves sur le long terme. Les moyennes de bulletin comptent pour 10% de la note totale ; les épreuves communes de contrôle continu représentent quant à elles 20% de la note globale.

La  crise sanitaire a considérablement perturbé la mise en place de la réforme du lycée, mais cette réforme est aussi contestée dans son principe même, tant par les syndicats d’enseignants que par les syndicats de lycéens et les associations de parents d’élèves. L’abandon d’une spécialité en Terminale est l’un des points les plus problématiques. Avant la réforme, les élèves de Terminale se spécialisaient grâce au renforcement d’une discipline : ainsi, un élève de Terminale S pouvait se spécialiser en maths ou en sciences de l’ingénieur sans pour autant renoncer aux autres enseignements du pôle scientifique. Désormais, la spécialisation s’effectue par l’abandon d’une spécialité, ce qui appauvrit le contenu de la formation en Terminale ; cette logique de spécialisation « par défaut » place les lycéens devant des choix quasi cornéliens car l’abandon d’une discipline peut les pénaliser sur Parcoursup et leur fermer des portes dans l’enseignement supérieur.

En outre, les épreuves communes de contrôle continu (EC) ont été mal conçues. Il s’agit d’une forme d’épreuve hybride, à mi-chemin entre le contrôle continu stricto sensu et les épreuves terminales classiques. Les EC présentent deux inconvénients majeurs : premièrement, elles sont extrêmement lourdes à organiser car elles impliquent des contraintes énormes et une surcharge de tâches administratives pour les établissements. Deuxièmement, ces épreuves accentuent les problèmes que le contrôle continu était censé résoudre car elles encouragent le bachotage permanent : les élèves doivent en effet passer leurs EC en milieu et en fin de Première puis pendant l’année de Terminale.

Pour sauver ce qui peut être sauvé dans cette réforme, il faut donc lui apporter deux modifications : supprimer les épreuves communes de contrôle continu et maintenir trois enseignements de spécialité en Terminale. Ces changements sont relativement simples à mettre en œuvre et n’impliquent pas de surcoûts.

Maintenir trois enseignements de spécialité jusqu’à la fin du cycle terminal garantira aux élèves une formation solide qui leur ouvrira un maximum de portes dans l’enseignement supérieur. Afin de rendre supportable la charge de travail qu’induit le maintien de trois spécialités en Terminale, on peut réduire de quelques heures le volume horaire du tronc commun et ramener de six à quatre heures le volume horaire alloué à chaque spécialité, moyennant des allègements de programme. On peut aussi envisager un système de coefficients modulés permettant, par exemple, de majorer le coefficient de la spécialité dans laquelle l’élève obtient les meilleurs résultats.

La suppression des EC permettrait quant à elle de simplifier et d’alléger le calendrier des épreuves. Le calendrier actuel est illisible et entraîne une forte dispersion des épreuves dans le temps : sur vingt mois de cours en Première et en Terminale, sept mois sont impactés par des épreuves de bac, ce qui est extrêmement lourd. Supprimer les EC permettrait aussi de rendre le nouveau bac beaucoup plus lisible. On peut en effet envisager les coefficients suivants : 20% de la note correspondrait au contrôle continu (c’est-à-dire aux moyennes de bulletin) et 80% aux épreuves terminales, à raison de 50% pour les enseignements de spécialité et 30% pour les autres épreuves terminales (français, philosophie et « grand oral »).

Il est important de maintenir une part de contrôle continu dans la note du bac. Mais nous parlons ici d’un véritable contrôle continu, c’est-à-dire une évaluation des élèves par leurs professeurs, au fil de l’eau, sur l’ensemble du cycle terminal. Les disciplines du tronc commun peuvent être évaluées en contrôle continu intégral, comme le prévoyait initialement le Rapport Mathiot : seules les moyennes de Première et de Terminale seraient alors prises en compte au bac, avec un cadrage national sur les exercices proposés aux élèves et les compétences à évaluer.La principale fonction du bac, aujourd’hui, est de valider un certain nombre de compétences acquises par les élèves au lycée : le contrôle continu peut tout à fait assumer ce rôle. Les épreuves terminales classiques ne garantissent qu’un simulacre d’égalité entre les candidats : en réalité, tout se joue avant le bac, puisque les établissements du supérieur se fondent déjà sur le contrôle continu pour recruter leurs étudiants. Il faut donc « dédramatiser » le contrôle continu et faire confiance aux équipes enseignantes, qui sont parfaitement capables d’évaluer de façon juste et objective le niveau de leurs élèves en valorisant les efforts et les progrès de chacun.

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