2022: l’hypothèse Le Pen

Marine Le Pen peut-elle remporter la présidentielle de 2022 ? La réponse est oui. La patronne du Rassemblement National n’a jamais été aussi proche de l’Elysée. Ses chances de victoire en 2022 seront plus grandes qu’en 2017. Les débats anxiogènes autour de questions politiquement sensibles telles que l’immigration, l’islamisme et l’insécurité profitent toujours à l’extrême droite. En outre, il est clair que le « front républicain », déjà moribond en 2017, sera encore plus fragile en 2022 : si le second tour oppose Marine Le Pen à Emmanuel Macron ou à un candidat issu de la droite, une partie du « peuple de gauche » ne fera pas le déplacement. Si le second tour oppose Marine Le Pen à un candidat issu de la gauche, c’est le « peuple de droite » qui boudera les urnes. Dans ces conditions, il n’y aura plus grand monde pour faire barrage à l’extrême droite. 

Marine Le Pen peut-elle obtenir une majorité aux législatives ? La réponse est oui. Car sous la Cinquième République, tout se joue à la présidentielle : un président nouvellement élu obtient toujours une majorité aux législatives. L’élection présidentielle bouleverse les rapports de forces et recompose le champ politique. N’oublions pas qu’en 2017 beaucoup pensaient qu’Emmanuel Macron n’aurait pas de majorité pour gouverner, car son parti était trop jeune et n’avait aucun ancrage local. Pourtant, La République En Marche a obtenu la majorité absolue aux législatives. Il en sera de même pour le Rassemblement National si Marine Le Pen est élue à la tête de l’Etat. Sans oublier de probables ralliements opportunistes chez certains élus de droite qui n’auront aucun scrupule à faire ce qu’a fait l’ex-LR Thierry Mariani lors des européennes : en cas de victoire de Marine Le Pen, la digue séparant la droite républicaine de l’extrême droite ne résistera pas.

Marine Le Pen pourra-t-elle appliquer son programme ? Oui, partiellement. Marine Le Pen pourra détricoter quelques réformes de ses prédécesseurs et mettre en œuvre certaines mesures qui ne requièrent pas de rompre avec les principes constitutionnels ni avec les Traités européens. Les mesures les plus radicales seront soit abandonnées, soit vidées de leur contenu. Marine Le Pen utilisera vraisemblablement les premiers mois de son quinquennat pour mettre en application quelques mesures phares de son projet présidentiel et ainsi donner des gages aux électeurs qui ont voté par adhésion ; sa majorité cherchera ensuite à gérer le pays de façon plus pragmatique, comme le ferait un parti de droite ultra-conservateur : cette expérience politique serait alors comparable à celle d’un Sebastian Kurz en Autriche ou d’un Viktor Orban en Hongrie.

Comment barrer la route à Marine Le Pen ? Etant donné qu’on ne peut plus compter sur la constitution d’un large front républicain au second tour de la présidentielle, la seule façon de faire barrage à l’extrême droite, c’est d’éliminer Marine Le Pen dès le premier tour. Si Marine Le Pen se qualifie pour le second tour, elle aura des chances de remporter la présidentielle. Si elle est battue au second tour, son parti sortira quand même renforcé du scrutin et pourra facilement s’imposer comme le premier parti d’opposition à l’issue des législatives. Mais pour que Marine Le Pen soit battue dès le premier tour, plusieurs conditions doivent être réunies : 1) un nombre limité de candidatures à gauche et à droite ; 2) des candidats crédibles et charismatiques, capables de fédérer au-delà des frontières de leur famille politique ; 3) une campagne électorale de qualité, qui ne soit pas focalisée uniquement sur les questions sécuritaires et migratoires ; 4) une forte participation des électeurs ; 5) une bonne dose de « vote utile » dès le premier tour afin d’éviter une trop forte dispersion des suffrages. L’éviction de Marine Le Pen dépendra donc autant du comportement des électeurs que de l’offre politique.

M. Le Pen.

2 réactions sur “2022: l’hypothèse Le Pen

  1. Peut-elle obtenir une majorité ? Sur le coup je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas parce que « toujours » jusqu’à présent, que ça s’appliquera pour elle. Il y a eu des « toujours » pour la deuxième victoire de Trump, et pourtant celle-ci n’a pas eu lieu. Certes il y aura des ralliements d’opportunistes de droite, mais ils ne seront pas suffisants.

    Si elle gagne la présidentielle (ce dont je doute : elle n’en a toujours pas la stature), elle sera la première à devoir composer avec une cohabitation dès le début de son mandat. Pire (pour elle) : il n’est même pas sûr qu’elle arrive à lever un gouvernement de cohabitation, ce qui serait une situation inédite sous la cinquième, et ouvrirait à sa chute à n’en pas douter…

    • 1 / A propos de la présidentielle: il ne faut pas minorer les chances de victoire de MLP en 2022. Vous dîtes qu’elle n’a pas la « stature » pour gagner, mais est-ce uniquement affaire de stature? MLP est populaire, et son manque de crédibilité n’a jamais posé problème aux électeurs du Rassemblement National. Donc oui, elle peut gagner. Surtout si une grande partie des Français ne va pas voter au second tour (scénario qui me semble assez probable).

      2 / A propos des législatives: une cohabitation n’est pas impossible (et ce serait un moindre mal), mais nous ne devons pas oublier le fait présidentiel. Sous la 5ème République le président est la clé de voûte des institutions. L’élection présidentielle est la reine des élections, elle reconfigure la vie politique. Je ne vois pas pourquoi Marine Le Pen ne disposerait pas d’une majorité si elle remportait la présidentielle. Une majorité courte, fragile, instable, mais une majorité quand-même. A supposer que le RN obtienne simplement une majorité relative, il pourra faire alliance avec une partie de la droite pour voter certains textes. Le démographe Hervé Le Bras, spécialiste de démographie électorale, avait analysé de façon très éclairante l’électorat du Front National il y a quelques années dans un livre intitulé ‘Le pari du vote FN’. Selon lui, le vote FN/RN ne s’explique pas uniquement par un vote d’adhésion ou de contestation: il y a chez de nombreux électeurs du FN une perte totale de confiance dans les forces politiques traditionnelles, et le FN/RN apparaît à leurs yeux comme une alternative aux partis de gouvernement qui ont échoué. Voter FN/RN, c’est faire un « pari » sur ceux qui n’ont pas encore gouverné, pour qu’ils fassent leur preuve. Et ce « pari » pourrait peser lourd aux législatives.

      Cordialement.

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