La fermeté, ce n’est pas l’hystérie.

Dans un Etat démocratique et laïque, le droit au blasphème est un droit fondamental. La liberté de critiquer une religion est absolument indispensable pour garantir la liberté d’expression et préserver la séparation du politique et du religieux. La République doit tenir bon. Elle ne doit céder à aucune pression, aucune menace, aucune intimidation, aucun sectarisme : elle doit défendre avec fermeté la liberté d’expression et le droit au blasphème, quitte à froisser la susceptibilité de certains croyants. Mais la fermeté, ce n’est pas l’hystérie. Ni l’amalgame. Ni la provocation. Or, le débat est bel et bien en train de tourner à l’hystérie. A quoi riment donc les sorties récentes de Gérald Darmanin sur la « cuisine communautaire » ou de Jean-Michel Blanquer sur « l’islamo-gauchisme » dans les universités ? Pourquoi cette surenchère absurde alors que nous avons tant besoin d’apaisement ? Et à quoi riment donc ces appels, relayés par des intellectuels et des enseignants, à exhiber les caricatures de Mahomet dans les lieux publics ? Quelle vertu pédagogique un tel exercice pourrait-il avoir, sans remise en contexte ni réflexion critique ? Quel message constructif cela pourrait-il faire passer ? Montrer de telles caricatures à des élèves doit rester un choix pédagogique de l’enseignant : ça ne peut pas être une injonction médiatique. Et si ça le devenait, ce serait totalement contre-productif ! Une caricature doit rester ce qu’elle est : un mode d’expression, une satire sociale, un art de la provocation et de la désacralisation, une œuvre de circonstances à laquelle chacun est libre d’adhérer ou de ne pas adhérer. Or, en prônant le placardage des caricatures de Mahomet, on risque non seulement d’exacerber les malentendus, mais aussi d’ériger en totems des objets qui n’ont pas du tout vocation à le devenir, dans une République laïque qui, par définition, ne reconnaît aucun culte, aucune icône, aucun sacré. A vouloir trop en faire, on risquerait bien de faire du tort à la cause que l’on prétend défendre.

Une réaction sur “La fermeté, ce n’est pas l’hystérie.

  1. Bonjour ,
    Je suis un étudiant belge très intéressé par vos écris que je lis de temps à autres depuis maintenant 4 ans.
    J’ai cru dans un premier temp en lisant le titre que vous étiez sur le point d’aborder le sujet des mesures prises contre le COVID19. Les rumeurs complotistes d’instauration de dictatures se multiplient et prennent un essor à la fois dans la gauche et l’extreme droite (et gagnent d’ampleur avec la second vague de confinement en Europe).
    https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/vrai-ou-fake-la-planification-dune-pandemie-pour-installer-une-dictature-mondiale_3962307.html
    J’aimerai savoir si vous prévoyez de publier votre avis sur le phénomène dans le blog.
    Je vous souhaite une bonne journée.

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