Regard centriste sur les municipales

Le premier constat qui s’impose à l’issue du scrutin municipal de 2020, c’est celui d’un désastre démocratique : l’abstention a atteint des records (près de 60% au deuxième tour), ce qui fragilise la légitimité démocratique des maires. Ainsi, à Paris, Anne Hidalgo n’a rassemblé au second tour que 17% des électeurs inscrits. La peur du coronavirus ne suffit pas à expliquer cette forte abstention. Il faut dire les choses comme elles sont : les Français ont manqué de civisme. Ils se sont désintéressés du scrutin.

Deuxième constat : la montée en force des écologistes, qui ont remporté plusieurs grandes villes comme Lyon et Strasbourg. Le parti Europe-Ecologie-Les Verts a bénéficié d’une aspiration croissante à la transition écologique et du discrédit des autres forces de la gauche démocratique. Toutefois, la percée des écologistes est à relativiser car elle concerne surtout les grandes villes : dans les villes moyennes et les zones rurales, les écologistes ont une faible assise électorale. EELV est un parti qui séduit un électorat citadin de classes moyennes diplômées et sensibles aux enjeux écologiques mais il peine à mobiliser l’électorat  populaire.

Troisième constat : le recul du Rassemblement National. Malgré un beau succès à Perpignan, le parti de Marine Le Pen vient de perdre deux municipalités sur les dix qu’il avait remportées en 2014 : battu à Mantes-la-Ville, le Rassemblement National a perdu la seule municipalité qu’il détenait en Île-de-France. Cela témoigne du fossé entre les scrutins nationaux et locaux : le RN est arrivé en tête des européennes et sa présidente s’est qualifiée pour le second tour de la présidentielle en 2017, mais le parti peine à renforcer son ancrage local.

Quatrième constat : les partis centristes traditionnels ont réussi à se maintenir dans la plupart de leurs bastions. Le MoDem obtient d’assez bons résultats et son président, François Bayrou, a été confortablement réélu à Pau. L’UDI conserve une bonne implantation en Seine-Saint-Denis et conquiert la mairie d’Aubervilliers mais perd quatre villes dans le département (Saint-Ouen, Le Bourget, Bobigny et Noisy-le-Sec).

Dernier constat : la déroute du parti présidentiel. LREM espérait une vague macroniste aux municipales : il n’en fut rien. A Lyon, Gérard Collomb a subi une défaite retentissante dès le premier tour. A Paris, Agnès Buzyn a fait naufrage au terme d’une campagne électorale catastrophique. Il y a sans doute une part de vote sanction dans l’échec des candidats LREM, mais le parti présidentiel paie surtout son absence d’ancrage local. La victoire d’Edouard Philippe au Havre a comme un goût amer pour la majorité : Edouard Philippe a quitté ses fonctions de Premier Ministre pour se consacrer à son mandat local alors qu’une majorité de Français souhaitaient le voir rester à Matignon. Avec la nomination de Jean Castex à Matignon, Emmanuel Macron a fait le choix d’un technocrate peu connu du grand public : ainsi, le président de la République « reprend la main » et rétrograde le Premier Ministre au rang de simple collaborateur. 

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