La solidarité européenne mise à mal par le coronavirus

A. Merkel et E. Macron.

Les gouvernements européens sont profondément divisés face à l’épidémie de covid-19. Alors que les Etats les plus touchés – Italie, Espagne et France en tête – réclament un effort de solidarité, l’Allemagne et ses alliés s’opposent à la création d’un « instrument de dette commun » chargé d’émettre des emprunts européens (les fameux « coronabonds ») pour assurer le financement des mesures de lutte contre la crise. L’Allemagne préfère utiliser le MES (Mécanisme européen de stabilité), un dispositif moins ambitieux créé en 2012 pour aider les Etats en situation de crise financière.

Les gouvernements européens n’ont manifestement pas tiré les leçons de la crise des dettes souveraines de 2010. A l’époque, déjà, bon nombre d’économistes et de responsables politiques réclamaient une mutualisation partielle des dettes souveraines ; à l’époque, déjà, l’Allemagne avait dit non. A l’époque, déjà, le chacun-pour-soi l’avait emporté, pour le plus grand bonheur des populistes et des nationalistes de tout poil qui rêvent de déconstruire l’Europe.

Tout cela nous montre que l’Union européenne reste une Europe des Etats. Ce sont les gouvernements nationaux qui pilotent l’Union, qui la font avancer ou qui la bloquent. Une fois encore, les égoïsmes nationaux jouent contre la solidarité communautaire. Face à des Etats incapables de surmonter leurs divisions, les institutions supranationales ont joué leur rôle, tant bien que mal, dans le cadre des compétences que les traités leur donnent. La Commission européenne a suspendu les règles de discipline budgétaire pour permettre aux Etats de financer des mesures d’urgence contre la crise. Elle a aussi créé la toute première réserve commune de matériel médical de protection, et débloqué une subvention exceptionnelle pour accélérer la mise au point d’un vaccin européen. De son côté, la Banque Centrale Européenne a déclenché un plan d’urgence destiné à racheter massivement des titres de dette publique et privée afin de soutenir les économies de la zone euro.

La crise du coronavirus rend nécessaire un nouveau saut fédéral : la zone euro a besoin d’un budget commun et d’un organisme capable de lever des fonds sur les marchés financiers. Si les Etats européens sont incapables d’avancer ensemble face à la crise que nous traversons, il ne faudra pas s’étonner de voir les forces nationalistes et europhobes devenir majoritaires au sein de l’Union dans un avenir relativement proche.

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