Retraites: l’affligeant contre-projet de la France Insoumise

J.L. Mélenchon et A. Corbière.

La France Insoumise, qui combat avec véhémence la réforme des retraites, a publié fin février un contre-projet intitulé : Retraites. Contre-projet de la France Insoumise pour des jours heureux. Le titre du document, qui fait allusion au programme du Conseil National de la Résistance, pose déjà question : le parti de Jean-Luc Mélenchon nous promet le bonheur, et rien de moins. Mais l’objectif de la politique, ce n’est pas le bonheur. Le bonheur est subjectif et intime. La politique ne pourra jamais garantir le bonheur à qui que ce soit. Ce que peut faire le pouvoir politique, en revanche, c’est créer des conditions plus favorables à la croissance, à l’emploi et à l’amélioration des conditions de vie. De même, l’objectif d’un système de retraite n’est pas de rendre les retraités « heureux », mais de garantir à tous les actifs le droit à une retraite décente.

Le préambule du document est une véritable diatribe contre la « macronie », BlackRock et les « vautours de la finance » ; les auteurs y déploient une rhétorique populiste et antisystème dénonçant les « experts aux ordres » et les « médiacrates » qui « avalisent la propagande du gouvernement ». On trouve aussi dans le préambule une vibrante apologie du mouvement social : « Quant aux grèves et manifestations, elles se révèlent chaque jour de plus grande ampleur. Les députés de la France Insoumise participent activement à ce mouvement qui doit aboutir au retrait du projet de retraites par points ». L’objectif est donc clair : la France Insoumise cherche ici à se présenter comme un acteur-clé de la mobilisation contre la réforme des retraites et comme la principale force d’opposition à Emmanuel Macron.

Sur les 38 pages que compte le document, plus de la moitié sont consacrées à la critique du gouvernement, du projet de loi sur les retraites et, plus généralement, de toutes les réformes des retraites mises en place depuis 30 ans. Au bout du compte, le contre-projet stricto sensu n’est développé que sur 13 pages. Les principales mesures de ce projet laconique sont généreuses : étendre les critères de pénibilité, aligner la retraite minimum sur le SMIC, ramener l’âge légal de départ à 60 ans et réduire la durée de cotisation à 40 annuités. On l’aura compris : la France Insoumise ne propose aucune réforme structurelle, aucune simplification, aucune adaptation de notre système de retraite aux nouvelles réalités du monde du travail, aucune remise en cause des régimes spéciaux, aucune fusion des différents régimes existants au sein d’un régime universel. La CGT-Cheminots et Sud-Rail peuvent dormir tranquilles : leur message a été entendu par Jean-Luc Mélenchon.

La question qui se pose alors est évidemment celle du coût d’un tel projet : comment financer des mesures aussi généreuses dans un contexte de vieillissement démographique sans précédent ? Le financement est traité en à peine 3 pages : nous voilà donc rassurés quant à la solidité du « contre-projet ». Les Insoumis proposent trois leviers de financement. Premier levier : mobiliser les réserves disponibles, c’est-à-dire les réserves accumulées au fil des années par les régimes vertueux qui sont en excédent, comme ceux des professions libérales. Les avocats apprécieront. Deuxième levier : augmenter les salaires. De quelle façon ? On n’en sait rien. Voilà ce que dit le document : « même s’il n’existe pas de leviers juridiques immédiats pour déplacer le partage de la valeur ajoutée, cet objectif implique d’en finir avec les politiques libérales et comptables qui diminuent le montant des ressources sociales ». Autrement dit, les auteurs du projet reconnaissent eux-mêmes que l’augmentation des salaires ne se décrète pas et que, par conséquent, elle ne peut être envisagée comme un moyen d’augmenter à court terme les recettes des caisses de retraite. Enfin, troisième levier : augmenter les cotisations. Il s’agit de la seule solution réaliste proposée par les Insoumis pour assurer le financement des retraites, mais cette solution est dangereuse puisqu’elle aurait pour effet d’augmenter le coût du travail, de plomber la compétitivité des entreprises et de ponctionner le pouvoir d’achat des salariés, alors que notre pays bat déjà le record des prélèvements obligatoires les plus élevés au sein de l’OCDE.

Le contre-projet de la France Insoumise est un document élaboré à la va-vite, irréaliste et inabouti, dont l’objectif premier n’est certainement pas de proposer une alternative crédible au projet gouvernemental mais plutôt de remobiliser les électeurs en surfant sur le mouvement social. Et de repositionner la France Insoumise comme principale force d’opposition à Emmanuel Macron, statut également revendiqué par Les Républicains et le Rassemblement National. Ce document n’est pas un contre-projet : c’est un tract.

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