Réforme des retraites, un alignement sur le modèle suédois?

Edouard Philippe.

Réformé en profondeur à la fin des années 90, le système de retraite suédois est souvent considéré comme l’un des plus performants au monde car il est toujours à l’équilibre et ne requiert aucun financement de l’Etat : ce système est en effet conçu pour s’adapter en permanence à la situation économique et démographique du pays. Mais il présente aussi plusieurs inconvénients majeurs, notamment la volatilité du niveau des pensions. C’est le modèle suédois qui a, en partie, inspiré le système de retraite universel défendu par Emmanuel Macron. En partie seulement, car il existe plusieurs différences non négligeables entre le modèle suédois et la réforme actuellement discutée en France.

Une réforme partiellement inspirée du système suédois

Deux caractéristiques du système suédois ont été reprises dans le projet de réforme des retraites. Tout d’abord, le principe d’un régime de retraite universel fonctionnant par points : en Suède, chaque actif cumule des points de retraite tout au long de sa carrière ; c’est la somme des points accumulés qui détermine le montant de la pension au moment où l’assuré prend sa retraite. Deuxième élément inspiré du modèle suédois : le principe de « l’âge pivot » avec un système de décote et de surcote. En Suède, l’âge légal de départ à la retraite est de 61 ans en 2019 mais l’âge permettant de partir avec une retraite à taux plein est fixé à 65 ans. En France, le rapport Delevoye préconise de maintenir à 62 ans l’âge légal et d’instaurer un « âge pivot » à 64 ans, avec une décote de 5% par an pour les départs avant 64 ans. Mais les ressemblances entre les deux systèmes ne doivent pas occulter quelques différences importantes.

Les différences entre le modèle suédois et la réforme Delevoye

Première différence : le système de retraite suédois est un système complexe qui combine répartition et capitalisation. Le système par répartition ne représente qu’une partie de la pension : il est complété par une épargne d’entreprise négociée dans le cadre des conventions collectives, et par un système d’épargne individuelle. Or, le projet français conserve un système entièrement fondé sur la répartition. Deuxième différence importante : en Suède, la retraite à points repose sur le système des comptes notionnels. Chaque assuré dispose d’un compte individuel alimenté par ses cotisations retraite. Lorsqu’un assuré prend sa retraite, le total des cotisations qu’il a versées durant sa carrière est divisé par le nombre d’années qu’il lui reste théoriquement à vivre, en fonction de l’espérance de vie dans le pays : c’est ce calcul qui permet de fixer le montant de la pension. Dans le projet de réforme du gouvernement français, il n’y aura pas de comptes notionnels et la valeur du point sera négociée par les partenaires sociaux. Cependant, si le budget des retraites est plafonné à 14% du PIB comme le souhaite le gouvernement, les marges de négociation resteront très limitées.

Corriger les défauts du système suédois

La réforme proposée par l’exécutif devrait permettre, en théorie, d’éviter certains défauts du système suédois. Premier défaut : la volatilité des pensions. En Suède, le montant des pensions est très fluctuant car la valeur du point varie en fonction de l’espérance de vie et de la situation économique du pays. Le montant des pensions est également tributaire des marchés financiers puisque le système repose partiellement sur la capitalisation. Dans le futur système français, si l’on en croit les annonces du gouvernement, la valeur du point ne pourra pas baisser et sera indexée sur les salaires. Deuxième problème : en Suède, les pensions sont plutôt faibles et les actifs doivent miser sur l’épargne individuelle pour s’assurer une retraite confortable. En France, où le niveau de vie des retraités est le plus élevé d’Europe, le futur système devrait maintenir des taux de remplacement assez proches de ceux qui existent actuellement pour les salariés du secteur privé. Pour finir, le système proposé par le gouvernement français sera plus redistributif que le système suédois : la retraite minimum sera fixée à 85% du SMIC et plusieurs dispositifs devraient permettre des transferts de points en faveur des travailleurs les plus précaires.

Le projet français : un modèle original

La réforme des retraites défendue par Emmanuel Macron et Edouard Philippe est un modèle original puisqu’il s’inspire à la fois du système suédois et du régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco, qui fonctionne par points depuis 75 ans. L’objectif est de combiner l’efficacité du système suédois et la stabilité du régime Agirc-Arrco. Mais la Suède a mis dix ans à réformer son système de retraite. Dix années de négociations avec les organisations syndicales ont été nécessaires pour réorganiser les retraites suédoises de fond en comble. Et surtout, la réforme suédoise a été mise en place dans un climat de confiance, avec le soutien des syndicats et de l’opinion publique…

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