On ne peut pas réformer contre tout le monde

Edouard Philippe devant le CESE.

La mise en place d’un système de retraite universel est non seulement souhaitable, mais également nécessaire. La France compte 42 régimes de retraite différents : notre système de retraite est extrêmement complexe et, de surcroît, peu équitable car les règles varient d’une profession à l’autre. Mais surtout, notre système n’est plus adapté aux réalités sociales du XXIe siècle parce qu’il est fondé sur des solidarités catégorielles héritées du XXe siècle. Les régimes spéciaux dont bénéficient les salariés de la RATP, de la SNCF et des sociétés électriques et gazières doivent disparaître. La suppression des régimes spéciaux de retraite est d’abord une question d’équité : comment peut-on admettre que certaines catégories de travailleurs bénéficient d’un régime dérogatoire offrant des avantages colossaux que les Français ne comprennent plus et que les syndicats eux-mêmes ont de plus en plus de mal à justifier de façon convaincante ? La pénibilité doit bien évidemment être prise en compte, mais il faut pour cela des règles communes à l’ensemble des assurés.

En lieu et place des 42 régimes de retraite existants, il faut créer un régime universel. Le système par points proposé par Jean-Paul Delevoye sera plus simple et beaucoup plus juste que le système actuel. Il sera, en outre, mieux adapté aux évolutions du monde du travail car les changements de situation professionnelle n’entraîneront plus de changement de régime. La comptabilisation par points permettra de valoriser l’ensemble des périodes d’activité, ce qui n’est pas le cas dans le système actuel. Le nouveau système sera beaucoup plus redistributif que le système actuel : il garantira une retraite minimum équivalant à 85% du SMIC net pour une carrière complète ; il compensera, par l’attribution de points, les périodes de chômage indemnisées, les congés maternité, les arrêts longue maladie, les périodes d’invalidité et les périodes pendant lesquelles une personne aide un proche en situation de dépendance. Au-delà de 10.000 euros de revenu mensuel, les cotisations baisseront mais n’apporteront plus de points de retraite au cotisant : il ne s’agit pas d’un « cadeau » en faveur des hauts revenus, mais bien d’un mécanisme de redistribution qui permettra de transférer des points de retraite aux assurés qui se trouvent dans les situations les plus précaires.

La réforme des retraites est une réforme capitale pour l’avenir du pays. Mais pour qu’une telle réforme réussisse, il faut qu’elle reçoive la confiance d’une majorité de Français. Or, le gouvernement n’a pas su créer le climat de confiance nécessaire au succès de cette réforme. De nombreux Français pensent que le futur système de retraite sera moins avantageux pour eux, et la déclaration faite mercredi 11 décembre par le Premier Ministre n’a pas permis de rassurer l’opinion. Les syndicats de salariés sont unanimement opposés à la réforme, y compris la CFDT, pourtant favorable depuis longtemps à la mise en place d’un régime de retraite universel par points. Les récentes révélations de la presse à propos des liens qu’entretient le Haut Commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye avec de grandes sociétés d’assurance privées ont aggravé la défiance des Français envers le projet de réforme, en attisant la peur d’une destruction de notre système de retraite par répartition. « On ne peut pas réformer contre tout le monde », disait récemment un élu de la majorité. Il serait temps que le gouvernement s’en rende compte.

Pour sauver la réforme des retraites, il est urgent que le gouvernent renoue le dialogue avec les syndicats réformistes et qu’il renégocie les éléments les plus contestés du projet. La question de « l’âge pivot » doit être de nouveau examinée : la priorité doit être accordée à la réforme systémique, c’est-à-dire à la réorganisation globale de notre système de retraite, et non aux ajustements paramétriques destinés à faire des économies. Il faudra aussi apporter des garanties supplémentaires sur les pensions des mères de famille. Il faudra des garanties supplémentaires sur les pensions des fonctionnaires, en particulier celles des enseignants, car ces derniers risquent d’être lourdement pénalisés par le nouveau système si leur traitement n’est pas fortement revalorisé. Des garanties supplémentaires doivent aussi être apportées sur la valeur du point de retraite. Le gouvernement assure que la « valeur de service » du point ne pourra pas baisser, qu’elle sera indexée sur les salaires et qu’elle sera fixée par les partenaires sociaux sous le contrôle du Parlement : ces garanties étaient nécessaires, mais rien n’a été précisé quant à la « valeur d’achat », celle qui permet de convertir les cotisations en points de retraite. Or, une baisse de cette valeur d’achat entraînerait, mécaniquement, une baisse des pensions.

Seule la négociation peut sauver la réforme des retraites. Il faut prendre le temps de renégocier certains points de la réforme, de façon constructive et dans la transparence la plus totale, quitte à proposer in fine un texte moins ambitieux que le projet initial.

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