Macron joue-t-il son quinquennat sur la réforme des retraites?

Manifestation du 5 décembre (source LCI).

En raison de son ampleur, la mobilisation actuelle contre le projet de réforme des retraites est souvent comparée aux grandes grèves de 1995 contre le plan Juppé. Pourtant, 2019 n’est pas 1995. Il existe en effet des différences majeures entre ces deux mouvements. Tout d’abord, entre 1995 et 2019, les mentalités ont changé. En 1995, une écrasante majorité de Français rejetait le plan Juppé et soutenait la grève. De nos jours, l’opinion publique est plus contrastée : si une majorité de Français ont approuvé le mouvement du 5 décembre, une grande partie de l’opinion publique estime qu’il faut réformer les retraites et supprimer les régimes spéciaux. Autre différence majeure : l’enjeu politique n’est pas le même. En 1995, Jacques Chirac a été élu président de la République sur le thème de la « fracture sociale ». La réforme de l’Assurance Maladie et des retraites pilotée par Alain Juppé a surpris les Français car elle n’était pas inscrite au programme de Chirac. A l’inverse, la mise en place d’un régime de retraite universel par points était l’une des mesures phares du programme présidentiel d’Emmanuel Macron. C’est une réforme décisive pour le président et pour le gouvernement. C’est même la réforme-clé du quinquennat. Macron joue sa crédibilité sur cette réforme, à la fois en France mais également au sein de l’Union européenne, puisque la Commission européenne soutient ce projet.

Un scénario à la Juppé semble donc peu probable : Juppé a fait marche arrière en 1995, mais Macron ne renoncera pas à la réforme des retraites. Le 6 décembre, Edouard Philippe a d’ailleurs affiché sa détermination et a laissé entendre qu’il ne reculerait pas sur la suppression des régimes spéciaux ni sur la mise en place d’un régime universel par points. L’exécutif peut en revanche assouplir le projet initial conçu par Jean-Paul Delevoye pour calmer le jeu et donner satisfaction aux syndicats les plus modérés. Plusieurs leviers s’offrent à l’exécutif : repousser la date d’entrée en vigueur de la réforme ; étaler dans le temps la période de transition dans le but d’impacter le moins de générations possible ; maintenir les régimes spéciaux pour tous les assurés qui ont déjà commencé à cotiser dans ces régimes (la fameuse « clause du grand-père ») ; renoncer à l’introduction d’un « âge d’équilibre » avec un système de décote pour les départs à 62 ans ; améliorer les garanties offertes aux mères de famille, aux travailleurs précaires et aux carrières hachées ; revaloriser significativement les traitements des enseignants pour éviter une chute de leurs pensions de retraite ; donner des garanties aux syndicats sur la gouvernance du futur système de retraite (par exemple en proposant une renégociation annuelle de la valeur du point de retraite avec les partenaires sociaux). Au bout du compte, le gouvernement pourrait donc choisir de sacrifier certains aspects du rapport Delevoye pour sauver la réforme des retraites, quitte à rédiger un projet de loi beaucoup moins ambitieux que prévu.

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