Les leçons du scrutin européen du 26 mai

Quelles leçons tirer du scrutin européen du 26 mai? L’abstention est en net recul par rapport au scrutin de 2014 mais reste massive, il n’y a donc pas de quoi se réjouir. Sans surprise, la liste du Rassemblement National est en tête: le parti de Marine Le Pen a réuni près d’un quart des suffrages exprimés, un succès aberrant pour un parti dont les eurodéputés brillent surtout par leur absentéisme et font l’objet d’une enquête pour détournement de fonds publics. La liste LREM-MoDem arrive en deuxième position et réunit 22% des suffrages, un score honorable mais qui ne permet pas au parti présidentiel de battre l’extrême droite comme le souhaitait la tête de liste Nathalie Loiseau. La droite républicaine s’effondre: la liste LR menée par François-Xavier Bellamy n’a rassemblé que 8% des suffrages, bien loin des 20% obtenus par l’UMP en 2014: le virage conservateur impulsé par Laurent Wauquiez semble être un échec, et le projet indigent proposé par LR aux européennes n’a pas convaincu les électeurs. On note en revanche la belle performance de la liste Europe-Ecologie-Les Verts, qui obtient 13% des suffrages et arrive en troisième position, devant LR et la France Insoumise.

Bon nombre de responsables politiques oublient qu’il s’agit d’une élection européenne et s’obstinent à interpréter les résultats du scrutin à l’aune d’enjeux strictement nationaux. Essayons donc de sortir des polémiques franco-françaises et tâchons d’interpréter les résultats sous un angle européen. Le score élevé du Rassemblement National est évidemment une très mauvaise nouvelle et renvoie une image lamentable de la France à nos partenaires, mais je crois qu’il faut relativiser ce score, qui est très stable par rapport à 2014. Au bout du compte, le cumul des suffrages obtenus par l’ensemble des listes pro-européennes reste bien supérieur à celui des listes anti-européennes, ce qui est plutôt rassurant. La force du Rassemblement National vient du fait que ce parti a réussi à drainer l’essentiel des votes protestataires et antieuropéens, tandis que les votes pro-européens se sont ventilés entre plusieurs formations (LREM, EELV, PS, UDI et dans une moindre mesure LR). Le vote pro-européen reste majoritaire dans notre pays, et c’est cela qui importe le plus.

Il convient aussi d’examiner les résultats dans l’ensemble de l’Union européenne pour donner du sens à ce scrutin. Or, on assiste à une importante recomposition politique au sein du Parlement européen. Les deux forces qui dominaient traditionnellement le Parlement, à savoir les sociaux-démocrates et les conservateurs, accusent un net recul et ne détiennent plus la majorité absolue des sièges. Les centristes et les libéraux sont en nette progression puisqu’ils passent de 60 à 100 sièges, notamment grâce aux députés LREM et MoDem élus en France. Les écologistes progressent eux aussi de façon significative, à tel point que l’on parle d’une «vague verte». Écologistes et centristes joueront donc un rôle de pivot dans ce nouveau Parlement. Enfin, les extrêmes droites connaissent elles aussi une montée en puissance, là encore grâce aux députés français.

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