Quelle offre centriste aux européennes de mai 2019?

Les élections européennes permettent aux centristes de mettre en avant leur spécificité par rapport aux autres courants politiques : un attachement très fort au projet européen et une volonté de perpétuer l’idéal fédéraliste des Pères de l’Europe. Lors du scrutin européen de 2014, les centristes avaient réussi à dépasser leurs divisions et à bâtir une liste commune ; mais en 2019, c’est en ordre dispersé qu’ils se sont lancés dans la bataille des européennes. Le MoDem de François Bayrou fait alliance avec La République En Marche, le Mouvement Radical et le parti Agir. L’UDI de Jean-Christophe Lagarde fait cavalier seul. Quant au mouvement d’Hervé Morin Les Centristes, il reste fidèle à sa stratégie d’alliance avec Les Républicains.

Quelles sont les listes les plus en phase avec les valeurs et les idées centristes ? Nous pouvons écarter d’emblée la liste de LR, dont le programme s’inscrit clairement à droite et ne propose aucune ambition claire pour l’Europe. On retiendra donc la liste LREM menée par Nathalie Loiseau et la liste UDI menée par Jean-Christophe Lagarde. Une troisième liste a aussi retenu notre attention : celle du Parti Fédéraliste Européen (PFE), menée par Yves Gernigon. Le PFE n’est pas à proprement parler un parti centriste mais son attachement au fédéralisme européen offre des convergences indéniables avec les idées portées par le centre.

Les trois listes retenues ont des programmes relativement proches : elles défendent le marché unique et l’acquis de Schengen ; elles mettent en avant un projet d’inspiration fédéraliste ; elles font des propositions ambitieuses pour démocratiser les institutions européennes et renforcer l’UE dans des domaines clés tels que la défense, l’environnement ou la gestion des flux migratoires. Les trois listes souhaitent la création d’une armée européenne et d’une police fédérale européenne ainsi qu’une harmonisation du droit d’asile. De même, les trois listes veulent doter l’Union européenne de ressources propres et instaurer un véritable budget fédéral européen pour financer de grands projets d’investissements.

LREM – MoDem – Agir – Mouvement Radical

Affublé d’un titre quelque peu prétentieux (« Renaissance »), le projet défendu par la République En Marche et ses alliés affiche de grandes ambitions pour l’Union européenne. Ce projet met en avant l’écologie et entend faire de l’Europe une « puissance verte », un choix surprenant au regard du bilan écologique assez dérisoire de l’actuelle majorité. LREM veut investir 1.000 milliards d’euros d’ici 2024 dans les énergies et les transports propres. Le parti majoritaire propose aussi une taxe carbone européenne sur les produits importés, une taxe sur le transport aérien, la fermeture de toutes les centrales fonctionnant à l’énergie fossile d’ici 2050, la mise en place d’un « Pacte de Soutenabilité » juridiquement contraignant et la création d’une « Banque Européenne du Climat » chargée de financer la croissance verte. Mais l’originalité du projet des macronistes réside surtout dans l’idée d’une « politique féministe européenne », qui passerait notamment par l’inscription du principe de parité dans les traités européens et par la mise en place d’un « Pacte Simone Veil » garantissant les droits des femmes (accès à la contraception et à l’IVG, égalité salariale, lutte contre les violences conjugales, etc.). Le programme met aussi en avant l’idée de justice sociale et fiscale : taxation des GAFA, harmonisation de la fiscalité sur les entreprises, salaire minimum européen et création d’un statut européen pour les travailleurs des plateformes. Par ailleurs, LREM propose un certain nombre de mesures censées permettre à l’Union européenne de défendre plus efficacement ses valeurs et ses intérêts dans la mondialisation : on citera, entre autres, l’idée d’une « Directive Éthique des entreprises » qui interdirait l’accès au marché européen à toute entreprise ne respectant pas certaines exigences sociales et écologiques fondamentales, telles que la prohibition du travail des enfants. En matière de défense, LREM et ses alliés se positionnent clairement en faveur d’une armée européenne dont le rôle et le fonctionnement seraient définis par un « Traité de défense et de sécurité » ; le programme prévoit aussi un « cyber-bouclier européen » et la création d’une « Agence européenne de protection des démocraties » chargée de protéger les élections contre toute tentative de fraude et de manipulation. Sur la question migratoire, LREM veut renforcer les pouvoirs de l’agence Frontex et confier à Europol le démantèlement des réseaux de passeurs. Les macronistes entendent consolider « l’identité européenne » en ouvrant Erasmus aux collégiens et aux apprentis, en triplant le budget alloué au programme Erasmus et en créant des « Universités européennes ». Enfin, pour relancer la construction européenne, LREM compte organiser une « Conférence pour l’Europe » qui réunira des dirigeants et des citoyens tirés au sort, afin d’identifier les grandes priorités et les changements nécessaires. Au bout du compte, le projet défendu par LREM comporte des idées séduisantes sur le papier mais l’abondance de mesures proposées laisse un peu dubitatif quant à l’applicabilité d’un tel programme. De plus, certaines mesures ressemblent un peu à des arguments marketing et ne correspondent guère aux compétences ordinaires des eurodéputés : en toute logique, l’initiative d’un « Traité de défense » ou d’une « Conférence pour l’Europe » relève du Conseil européen, et non du Parlement.

UDI

L’UDI avance quelques idées intéressantes pour démocratiser les institutions de l’Union européenne, notamment l’élection du président du Conseil européen au suffrage universel. Plusieurs mesures visent à renforcer les liens entre citoyens européens, tels que la création d’un « Pass Musée européen » et d’un programme Erasmus pour les agents publics. L’UDI souhaite bouleverser le système de financement de l’Union européenne en supprimant les contributions des Etats membres et en dotant l’UE de ressources propres : le programme évoque une taxe carbone européenne sur les produits importés, une taxe sur les transactions financières et une taxe sur les visas des touristes extra-communautaires (sur le modèle de l’ESTA aux Etats-Unis). En matière d’écologie, l’UDI propose la création d’un « Livret E » pour drainer l’épargne populaire en direction de grands projets environnementaux, un règlement européen contre les alimentés traités avec des molécules interdites en Europe, ou encore l’introduction systématique d’une clause de sauvegarde dans les traités commerciaux signés entre l’UE et d’autres pays, afin de suspendre toute politique de libre-échange avec un pays ne respectant pas l’Accord de Paris sur le climat. L’UDI veut harmoniser la fiscalité sur les entreprises pour lutter plus efficacement contre la fraude et l’optimisation fiscales ; le parti de Jean-Christophe Lagarde souhaite également fixer un taux minimum et un taux maximum de cotisations sociales en Europe afin de lutter contre le dumping social. Par ailleurs, l’UDI met en avant l’idée d’une « Europe stratège » capable de défendre ses intérêts face aux grandes puissances : principe de réciprocité pour l’ouverture des marchés publics aux entreprises extra-européennes, lutte contre l’accaparement des terres agricoles, quota de 40% d’œuvres européennes sur les plateformes de streaming, « démantèlement des activités de Google en Europe » au nom de la libre concurrence. En matière de sécurité, l’UDI propose la création d’un « Pôle européen de défense », d’une « cyber-armée européenne » et d’un « FBI européen » chargé de lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Il est aussi question de remplacer Frontex par une « Agence européenne des Migrations » chargée à la fois de surveiller les frontières extérieures, de traiter les demandes d’asile et d’harmoniser les critères du droit d’asile pour l’ensemble des Etats membres. En définitive, le programme de l’UDI ne manque pas d’ambition et comporte quelques idées novatrices pour relancer le projet européen dans les domaines prioritaires.

Le Parti Fédéraliste Européen

Le programme des Fédéralistes met l’accent sur la défense des PME, l’innovation et la protection des consommateurs européens. Comme on peut s’y attendre, l’orientation de ce programme est résolument fédéraliste : on y propose la création d’un budget fédéral européen pour financer de grands programmes d’investissements dans des domaines tels que les transports, les énergies vertes et les nouvelles technologies ; ce budget fédéral pourrait être alimenté par une taxe européenne sur les transactions financières. Le Parti Fédéraliste veut aussi harmoniser la fiscalité sur les revenus et sur les entreprises afin de mettre fin au dumping fiscal. Il propose un système de sécurité sociale européen prenant en charge l’indemnisation du chômage et le versement d’un revenu inconditionnel de base, sans toutefois donner de précisions sur le financement d’un tel système. Le Parti Fédéraliste propose, lui aussi, la création d’une police fédérale pour lutter plus efficacement contre le terrorisme et le crime organisé. Il veut convoquer une assemblée constituante pour rénover et démocratiser les institutions de l’UE ; il souhaite renforcer la citoyenneté européenne en élargissant à tous les scrutins nationaux le droit de vote des citoyens européens (ce droit de vote se limite actuellement aux élections municipales et européennes). Il réclame aussi un président de l’Union élu au suffrage universel. Pour faire entendre la voix de l’UE sur la scène internationale, le Parti Fédéraliste est favorable à la création d’une véritable armée européenne et d’un corps diplomatique européen ; il plaide également pour un siège européen unique au Conseil de Sécurité de l’ONU. Enfin, les Fédéralistes défendent l’idée d’une « immigration responsable » et souhaitent « accorder le nombre de migrants aux capacités d’accueil de l’Europe », une proposition très vague dans la mesure où il est difficile de déterminer de façon objective quelles sont les « capacités d’accueil » des Etats européens. Le projet du Parti Fédéraliste va donc dans le bon sens mais reste inabouti et, par certains aspects, utopique, notamment lorsqu’il est question d’un revenu minimum européen.

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