Droit à l’avortement: la grande régression

Source: France Soir.

Je me suis engagé en politique il y a une quinzaine d’années pour défendre le projet européen et les valeurs de la République : l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 et le rejet du traité constitutionnel européen en 2005 ont joué un rôle décisif dans mon engagement. Lorsque j’ai commencé à militer, je n’imaginais pas qu’un jour je prendrais la plume pour défendre le droit à l’avortement, car je voyais ce droit comme un acquis solide. Pourtant, il faut bien se rendre à l’évidence : ce droit est aujourd’hui menacé dans le monde occidental.

Aux Etats-Unis, le lobby pro-life gagne du terrain et vient d’obtenir une effrayante victoire en Alabama, où les sénateurs ont adopté une loi anti-avortement particulièrement sévère : l’avortement est presque totalement prohibé, y compris en cas de viol ou d’inceste, et les médecins pratiquant un avortement illégal risquent de lourdes peines de prison. Mais le droit à l’avortement est aussi remis en cause dans certains pays de l’Union européenne tels que la Pologne où, en 2016, une proposition de loi visant à interdire l’avortement a été rejetée de justesse en commission parlementaire après d’importantes manifestations dans tout le pays.

Même en France, le droit à l’avortement est remis en question : quand des obstétriciens se disent « objecteurs de conscience » et refusent de pratiquer l’IVG au nom de leurs convictions personnelles, quand Marine Le Pen propose de restreindre l’accès à l’IVG, quand des gynécologues cherchent à culpabiliser les patientes qui veulent avorter, quand des associations cherchent à manipuler de pauvres jeunes femmes pour les dissuader de recourir à une IVG, quand un animateur de télévision vulgaire et macho improvise un débat de café du commerce sur l’avortement avec sa joyeuse bande de chroniqueurs décérébrés, il faut défendre le droit à l’avortement.

Le fondement du droit à l’avortement réside dans un double impératif. Un impératif moral : celui de laisser aux femmes la pleine maîtrise de leur corps. Et un impératif de santé publique : celui de garantir aux femmes la possibilité d’interrompre une grossesse dans des conditions d’hygiène et de sécurité décentes. C’est avant tout pour des raisons sanitaires que Simone Veil a fait légaliser l’IVG en 1975 en France : il fallait en effet mettre un terme au scandale des avortements clandestins, à une époque où l’avortement était encore considéré comme un crime en France et où, chaque année, des milliers de jeunes femmes françaises se faisaient avorter au péril de leur vie, dans des conditions d’hygiène souvent catastrophiques.

Je conçois parfaitement que l’on puisse, par conviction religieuse, désapprouver le recours à l’avortement. J’admets bien volontiers que, pour certaines personnes, détruire un embryon humain de façon volontaire apparaisse comme un acte violent et moralement problématique. Mais les convictions personnelles sont une chose, l’intérêt général en est une autre. Peut-on sérieusement penser que la vie d’un embryon de quelques semaines soit plus importante que celle d’une femme en détresse qui est tombée enceinte sans le vouloir et qui ne se sent pas prête à élever un enfant ? Ceux qui s’émeuvent du sort des embryons semblent accorder bien peu d’importance à toutes ces vies brisées par une grossesse non désirée, et je crois qu’il y a là une certaine forme d’hypocrisie.

Nous assistons aujourd’hui à une régression du droit à l’avortement dans le monde occidental. Quarante-cinq ans après la légalisation de l’IVG en France, il y a encore dans notre pays tout un travail de pédagogie à faire pour préserver ce droit. Mais il faut aussi qu’émerge un courant féministe unifié à l’échelle de l’Union européenne, un « euro-féminisme » si l’on m’autorise à employer ce néologisme un peu racoleur, pour qu’un jour le droit à l’avortement devienne un véritable droit européen.

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