Non, les centristes andalous ne gouvernent pas avec l’extrême droite

Juan Marin, vice-président du gouvernement andalou.

Les élections législatives anticipées qui ont eu lien en Andalousie fin 2018 ont été marquées par le déclin du Parti Socialiste (qui dirigeait l’Andalousie depuis 35 ans) et par une percée du parti d’extrême droite Vox, qui réunit de nombreux nostalgiques du franquisme. Le nouveau gouvernement régional andalou, présidé par le conservateur Juan Manuel Moreno, a pris ses fonctions en janvier 2019, avec le soutien du mouvement centriste Ciudadanos et des néo-franquistes de Vox. Dans les médias français, on répète depuis janvier que les centristes andalous ont fait « alliance avec l’extrême droite ». On entend même parfois dire que les centristes « gouvernent avec l’extrême droite ». La réalité est pourtant bien plus complexe.

Que s’est-il passé ? Au lendemain des élections andalouses, le Parti Populaire (principal parti de la droite espagnole) a formé une coalition avec Ciudadanos : cette alliance se fonde sur un programme de gouvernement négocié et parafé par les deux formations politiques. Mais la coalition PP-Ciudadanos ne dispose pas de la majorité absolue au Parlement d’Andalousie. Les centristes auraient voulu élargir la majorité aux socialistes pour former une grande coalition mais le Parti Populaire a négocié, de sa propre initiative, un pacte avec le parti Vox. Que les choses soient claires : les centristes de Ciudadanos n’ont conclu aucune alliance avec Vox. Les élus centristes ont déclaré qu’ils n’étaient pas liés par le pacte bilatéral conclu entre Vox et le Parti Populaire, et qu’ils n’appliqueraient pas les mesures prévues dans ce pacte. Il est donc faux de dire que Ciudadanos est « allié à l’extrême droite ».

Les centristes ont d’ailleurs fait savoir à leurs alliés conservateurs qu’ils étaient fermement opposés à l’entrée de Vox au gouvernement. Et ils ont été entendus. Le gouvernement Moreno ne compte aucun ministre issu du parti Vox : il comporte uniquement des ministres conservateurs, des ministres centristes (dont le vice-président du gouvernement Juan Marin) et trois ministres sans étiquette issus de la société civile. Il est donc faux d’affirmer que les centristes andalous gouvernent avec l’extrême droite. « Vox n’est pas un partenaire de Ciudadanos, ni du gouvernement de coalition en Andalousie », a déclaré José Manuel Villegas, secrétaire général de Ciudadanos. Le message est on ne peut plus clair.

On peut reprocher bien des choses au parti centriste Ciudadanos : son opportunisme, sa « droitisation » sur certains sujets, les ambiguïtés de sa ligne politique. Mais en aucun cas on ne peut l’accuser d’entente avec l’extrême droite. Ce sont les manœuvres du Parti Populaire andalou qui ont permis le ralliement de l’extrême droite au gouvernement Moreno, sans l’accord du parti centriste. Certes, les centristes auraient pu protester de façon plus tonitruante. Ils auraient pu désavouer Moreno et se retirer de la majorité pour montrer leur opposition à l’extrême droite, provoquant ainsi une crise politique. Ils ont fait un autre choix : celui d’honorer l’alliance conclue avec les conservateurs et d’ignorer purement et simplement les revendications de Vox. En fait, les centristes andalous ont fait un calcul politique risqué : rester au pouvoir malgré le ralliement de l’extrême droite, et tenter d’appliquer le programme minoritaire initialement négocié avec les conservateurs. Il est encore trop tôt pour savoir si cette stratégie est efficace ou non.

Même si certains médias disent le contraire, les centristes ne gouvernent pas avec l’extrême droite en Adalousie. Il existe en revanche, au sein de l’Union européenne, des Etats où l’extrême droite a réussi à entrer au gouvernement, parfois grâce à des coalitions inattendues. En Grèce, depuis 2015, le parti de gauche Syriza est allié à l’AN.EL, parti souverainiste, europhobe et xénophobe : le gouvernement Tsipras compte plusieurs ministres issus de cette formation politique. En Italie, le Mouvement Cinq Etoiles gouverne depuis 2018 dans le cadre d’une alliance avec la « Ligue » de Matteo Salvini, parti identitaire, europhobe, xénophobe et ultra-conservateur allié aux autres partis d’extrême droite au sein du Parlement européen.

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