L’ahurissante privatisation d’ADP

Par 27 voix contre 15, l’Assemblée nationale vient de voter la privatisation du groupe Aéroports de Paris, le 16 mars à 6 heures du matin. Nous sommes donc sur le point de privatiser intégralement une infrastructure à la fois stratégique et rentable : ADP est une véritable poule aux œufs d’or qui rapporte chaque année entre 100 et 200 millions d’euros de dividendes à l’Etat. Selon Bruno Le Maire, la privatisation d’ADP a pour objectifs d’accélérer le désendettement de l’Etat et de constituer un grand fonds public pour l’innovation. Des objectifs louables, certes, mais qui ne justifient pas la cession d’une entreprise aussi importante qu’ADP. La privatisation ne doit pas être une simple opération comptable : on ne privatise pas pour renflouer les caisses de l’Etat ni pour dégager des liquidités. On privatise quand on a la certitude qu’une gestion privée sera plus efficace qu’une gestion publique. Or, dans le cas d’ADP, la gestion publique semble avoir fait la preuve de son efficacité.

Plus globalement, le gouvernement souhaite redéfinir le rôle de l’Etat dans l’économie : Bruno Le Maire a déclaré que l’Etat n’avait « pas vocation à diriger les entreprises concurrentielles à la place d’actionnaires ». L’Etat français détient près de 90 milliards d’euros d’actions dans des entreprises industrielles et commerciales du secteur concurrentiel : il est l’actionnaire majoritaire d’EDF, de la Poste, d’ADP et de la Française des Jeux, mais il détient aussi d’importantes parts dans le capital d’entreprises telles que Thalès, Engie, Orange, Aréva, Renault ou Air France KLM. Ces participations permettent à l’Etat d’accompagner le développement de grandes entreprises françaises considérées comme stratégiques pour le pays, mais elles représentent aussi une rente importante pour l’Etat. Emmanuel Macron lui-même, lorsqu’il était à Bercy, fut un grand défenseur de l’Etat actionnaire et monta au capital de Renault. La remise en cause de l’Etat actionnaire constitue donc un véritable changement de paradigme qui aurait sous doute mérité un peu plus qu’un article de loi voté par une poignée de députés à 6 heures du matin.

La privatisation d’ADP n’était pas une « nécessité », contrairement à ce qu’affirme le ministre de l’Economie. C’est un choix idéologique. Et un joli cadeau à quelques gros investisseurs dont les liens avec le pouvoir ne font plus aucun doute.

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