La dangereuse idée d’une loi pénalisant « l’antisionisme »

Un petit groupe de députés LREM a lancé l’idée d’une loi visant à « punir l’antisionisme ». Fort heureusement, Emmanuel Macron a rejeté cette proposition et la plupart des élus de la majorité lui ont emboîté le pas.

Le terme « antisionisme » est chargé d’ambiguïté dans la mesure où il peut revêtir des sens très différents selon le contexte dans lequel on l’utilise. L’antisionisme désigne d’abord le fait de contester le droit d’Israël à exister en tant qu’Etat ; il désigne aussi une hostilité à la politique de colonisation menée par le gouvernement israélien dans les territoires palestiniens. Mais l’antisionisme peut également désigner une haine à l’égard d’Israël et des Israéliens ; or, cette haine peut servir de vecteur à l’antisémitisme.

Dans les milieux salafistes, la haine d’Israël est indissociable de la haine des juifs : le conflit israélo-palestinien est abusivement interprété comme une guerre de religions entre juifs et musulmans ; les Juifs de la diaspora sont alors perçus comme des complices d’Israël et comme des ennemis de l’Islam. De même, l’antisionisme radical professé par le polémiste d’extrême-droite Alain Soral est imprégné d’antisémitisme : lorsque Soral parle des « sionistes », c’est en réalité les Juifs qu’il vise. Lorsqu’il dénonce l’influence d’un prétendu « lobby sioniste », il ne fait que réactiver le vieux fantasme du « complot juif ». Soral a inventé une figure fantasmée du « sioniste » et a projeté sur elle tous les stéréotypes antisémites de la fin du XIXe siècle.

Pour autant, faut-il interdire la haine d’Israël ? Certainement pas. Une loi punissant l’antisionisme serait inutile car la France dispose déjà d’un arsenal juridique suffisant pour combattre l’antisémitisme sous toutes ses formes. L’incitation à la haine d’un groupe national, ethnique ou religieux est punie par la loi française, et la justice est tout à fait capable de déterminer, au cas par cas, si des propos ont un caractère antisémite. De plus, une loi punissant l’antisionisme serait dangereuse car elle pourrait facilement conduire à une remise en cause de la liberté d’expression. On peut en effet contester la politique du gouvernement israélien sans être antisémite : on a le droit, en France, de critiquer l’Etat d’Israël comme de critiquer n’importe quel autre Etat. Enfin, une loi punissant l’antisionisme serait contre-productive car elle alimenterait les peurs et les obsessions qu’elle est censée combattre : en punissant la haine d’Israël, en faisant l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme, on risque de renforcer les délires complotistes de ceux qui dénoncent la mainmise d’Israël et des « sionistes » sur l’Etat.

Il faut combattre l’antisémitisme partout, tout le temps et sous toutes ses formes. Mais ce combat ne doit pas passer par des lois de circonstances votées sous le coup de l’émotion. Il doit passer par l’éducation, la prévention, la déconstruction des stéréotypes et des préjugés.

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