Nous étions « Charlie », et nous le sommes toujours

Marche du 11 janvier 2015, Paris.

Les 10 et 11 janvier 2015, nous étions près de 4 millions à manifester pacifiquement dans Paris et dans toute la France pour dénoncer les attentats djihadistes et pour affirmer notre attachement à la République et à ses valeurs. Nous étions « Charlie ». Nous défendions la liberté d’expression, la tolérance et la fraternité. Nous défendions aussi l’héritage des Lumières et un certain esprit « voltairien », nous défendions le droit au blasphème et à l’impertinence, la liberté de critiquer toutes les religions, toutes les doctrines, toutes les idéologies. Nous voulions montrer à la planète entière que la France était debout et qu’elle n’avait pas peur. Nous étions « Charlie », et nous le sommes toujours.

Nous étions sidérés par la violence des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, qui ont visé la rédaction de Charlie Hebdo, plusieurs policiers ainsi que les clients du magasin Hyper Casher de la Porte de Vincennes. Mais nous n’imaginions pas que ces attentats étaient les premiers d’une longue série : attaque du Thalys le 21 août 2015, attentats de Paris le 13 novembre 2015, attaque de Magnanville le 13 juin 2016, attentat du 14 juillet 2016 à Nice, attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray le 26 juillet 2016, attentat des Champs-Elysées le 20 avril 2017, attaques de Carcassonne et de Trèbes le 23 mars 2018, attaque de la rue Monsigny le 12 mai 2018, attentat de Strasbourg le 11 décembre 2018. Sans oublier les attaques de militaires et de policiers qui n’ont pas fait de victimes.

Nous étions sidérés de voir que, malgré la forte mobilisation des Français lors des marches républicaines des 10 et 11 janvier 2015, beaucoup de nos concitoyens n’étaient pas « Charlie ». Nous étions sidérés de voir que, dans nos écoles, nos collèges et nos lycées, certains élèves ne comprenaient pas cette mobilisation car ils considéraient que les dessinateurs de Charlie Hebdo avaient, d’une certaine façon, « mérité » leur sort. Nous étions sidérés de voir que la condamnation des attentats n’était pas unanime et que la défense des valeurs républicaines n’allait pas de soi. Nous avons pris conscience des fractures immenses qui menaçaient le pacte républicain.

Quatre ans plus tard, où en sommes-nous ? La menace terroriste semble avoir reculé. Le pseudo-califat de « Daesh » s’est effondré au Moyen-Orient, mais son idéologie mortifère n’a pas disparu. Et la société française reste extrêmement fracturée. La République est encore contestée dans ses institutions et dans ses valeurs, non par des terroristes mais par des casseurs et des activistes venus de l’ultra-droite, qui profitent habilement du mouvement des « gilets jaunes » pour entretenir un climat de violence et de haine dans le pays. Malgré le reflux du terrorisme djihadiste, la République est encore plus fragile aujourd’hui qu’elle ne l’était en 2015.

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