Armée européenne: quand Macron ressuscite une vieille utopie fédéraliste

E. Macron sur le Charles-de-Gaulle.

Lors de son interview à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron a remis en avant l’idée d’une « armée européenne ». Cette belle idée ne date pas d’hier puisqu’en 1950 le Plan Pleven prévoyait déjà de créer une armée européenne supranationale : c’est de ce plan que naquit le projet de Communauté Européenne de Défense (CED). Ce projet fut activement soutenu par les Etats-Unis qui, dans le contexte de la guerre froide, voulaient intégrer la CED à l’OTAN. Mais le traité instituant la CED fut rejeté en 1954 par le Parlement français, qui refusait le principe d’un réarmement allemand.

En réalité, il existe déjà un embryon d’armée européenne : l’Eurocorps, une micro-armée créée en 1992 et regroupant les contingents de quelques Etats membres de l’Union européenne dont la France, l’Allemagne, la Belgique et l’Espagne. La création de cette structure militaire devait concrétiser la PESC (politique étrangère et de sécurité commune) instaurée par le Traité de Maastricht. L’Eurocorps ne dépend théoriquement d’aucun commandement extérieur mais, dans les faits, il intervient surtout dans le cadre des missions de l’OTAN. De plus, il ne s’agit pas à proprement parler d’une armée de l’Union européenne car seuls dix Etats y participent.

L’idée d’une véritable armée européenne indépendante des Etats-Unis n’est pas absurde au regard des périls actuels : militarisation des mers, nucléarisation des pays émergents, montée des nationalismes, multiplication des crises aux portes de l’Union européenne, désengagement financier des Etats-Unis au sein de l’OTAN. Cela permettrait également de relancer la construction européenne et de lui donner une dimension politique plus forte. L’Union européenne est déjà dotée d’un marché unique, d’une monnaie unique et d’un Parlement : la création d’une armée européenne marquerait une étape décisive dans la fédéralisation du projet européen.

Et pourtant, la mise en place d’une armée européenne se heurte à de nombreux obstacles quasi insurmontables. Premièrement, la défense touche au cœur même de la souveraineté des Etats : il est peu probable que les Etats membres de l’UE acceptent de transférer leur souveraineté militaire (et les moyens qui vont avec) à une entité supranationale. De plus, les intérêts stratégiques des Etats-membres sont parfois divergents, ce qui explique pourquoi toutes les initiatives ayant pour but d’instaurer une politique étrangère et une défense communes ont été peu concluantes jusqu’à présent. Mais le vrai obstacle est ailleurs : bon nombre d’Etats membres, comme la Pologne ou les Etats baltes, considèrent que l’OTAN assure déjà la sécurité des Européens et que l’alliance atlantique rend superflue la création d’une armée européenne.

L’Union européenne est constituée d’Etats souverains ayant choisi, en toute liberté, de s’associer pour exercer en commun certains attributs de leur souveraineté. Mais chaque Etat membre conserve une souveraineté pleine et entière dans des domaines clés tels que la diplomatie et la défense. En outre, les Etats européens sont déjà engagés dans des alliances et des partenariats bilatéraux auxquels ils ne souhaitent pas renoncer. Par conséquent, une politique européenne de défense n’est envisageable que si elle se limite aux questions touchant à la sécurité du territoire de l’UE, comme la surveillance des frontières extérieures de l’Union ou la lutte contre les réseaux de passeurs et contre la piraterie maritime. Si une « armée européenne » devait voir le jour à moyen terme, elle serait autre chose qu’une véritable armée fédérale car ses prérogatives se limiteraient à la sécurisation du territoire de l’Union, sans capacité de projection.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.