Pourquoi les enseignants font-ils grève?

J.M. Blanquer.

C’est la première fois, depuis 2011, que l’ensemble des syndicats de l’Education Nationale lance un appel à la grève. Mais en dépit des apparences, le front syndical n’est pas vraiment uni face à la politique de Jean-Michel Blanquer, car les mots d’ordre diffèrent d’une organisation syndicale à l’autre.

Tous les syndicats protestent contre les suppressions de poste annoncées dans le budget 2019 de l’Education nationale. Le gouvernement envisage effectivement de supprimer 2.650 postes dans les collèges et lycées publics. D’un point de vue strictement comptable, il faut relativiser ce chiffre : nous sommes loin des « purges » effectuées dans les effectifs de l’Education nationale sous la présidence de Nicolas Sarkozy. L’Education nationale emploie près de 800.000 professeurs : les 2.650 postes supprimés ne représentent que 0,3% de l’ensemble des personnels enseignants. Sachant que la France compte 5.200 collèges publics et 2.600 lycées publics, les suppressions de poste représentent donc, en moyenne, moins de 0,4 poste par établissement. Il faut aussi comparer les 2.650 postes supprimés dans le secondaire aux 1.800 créations de postes annoncées dans l’enseignement primaire en vertu de la « priorité au primaire » défendue par le ministre de l’Education nationale.

Le problème, c’est que l’annonce des suppressions de postes survient dans un contexte déjà difficile marqué par une hausse du nombre d’élèves au collège et au lycée (on attend 40.000 élèves supplémentaires en 2019), par la mise en place d’une réforme du lycée fortement contestée, et par une exaspération du monde enseignant face aux violences scolaires. Dans ces conditions, les suppressions de postes au collège et au lycée ne sont évidemment pas une bonne nouvelle pour les enseignants : moins de postes, cela veut dire des classes potentiellement plus chargées, donc des conditions de travail plus difficiles. La récente affaire du braquage de Créteil et le fameux #PasDeVague expliquent sans doute, en partie, pourquoi la grève enseignante rencontre un écho favorable dans l’opinion publique.

Mais les revendications de certains syndicats dépassent la seule question des suppressions de postes. La CGT, le SNES-FSU et Sud-Education, trois syndicats fortement politisés, ont aussi appelé à la grève contre la réforme du lycée qui doit entrer en application dès la rentrée 2019. Or, les syndicats réformistes comme l’UNSA ou le SGEN-CFDT ne sont pas fondamentalement opposés à la réforme du lycée. Le seul mot d’ordre commun à l’ensemble des organisations syndicales concerne les suppressions de postes. On aurait donc tort d’amalgamer les différentes revendications et de considérer que, parmi les rangs des grévistes, tout le monde est opposé à la réforme de Jean-Michel Blanquer. La situation est d’autant plus confuse que certains syndicats réclament l’abandon pur et simple de la réforme du lycée alors que d’autres demandent un report à la rentrée 2020. Et pour ajouter à la confusion, les syndicats contestataires ont élargi les revendications à d’autres questions telles que le statut de la fonction publique, statut qu’ils estiment remis en cause par les projets du gouvernement.

Je crois que la grève du 12 novembre doit être lue avant tout comme l’expression d’un malaise : celui d’une profession en mal de reconnaissance, dont les conditions de travail n’ont cessé de se dégrader au cours des dernières décennies. Et le soutien d’une large partie de l’opinion publique à la grève des enseignants est, de ce point de vue, plutôt rassurante, car elle montre que la société française est solidaire de ses professeurs et sensible aux difficultés de leur métier : cela n’était pas une évidence il y a quelques années.

4 réactions sur “Pourquoi les enseignants font-ils grève?

  1. Un mammouth pléthorique et inefficace. Les enseignants n’ont pour la plupart jamais travaillé mais ont beaucoup réfléchi pour améliorer leurs conditions de travail.

    • M. Guillaume, votre commentaire en dit long sur votre méconnaissance des réalités du monde enseignant. Les profs travaillent plus que bon nombre de salariés du privé, leurs conditions de travail n’ont cessé de se dégrader durant les dernières décennies (hausse du nombre d’élèves par classe, classes de plus en plus remuantes, incivilités, établissements vieillissants jamais rénovés, etc.) et leur rémunération est tellement attractive que plus personne ne veut faire ce métier! Mais si vous n’êtes pas prof, monsieur, vous avez sans doute la chance de savoir ce qu’est le « vrai » travail… Arrêtons les caricatures et la beauferie, SVP.

  2. J’essaye de comprendre, mais je n’y parviens pas . Un an à l’avance , n’y -t-il pas assez de temps pour dialoguer avec le gouvernement, autant pour tenter d’infléchir , que de faire des propositions . Le gouvernement , Monsieur Blanquer est-il sourd , ou bien sommes nous toujours dans l’ancien temps, ou on fait la grève pour discuter ensuite , comme au 20 ème siècle . Il est temps que les rapports changent, car de plus en plus les syndicats sont décrédibilisés au yeux de la Nation .

    • En l’occurrence, je dirais plutôt que c’est le manque de dialogue avec le ministère qui pose problème. La réforme est mise en oeuvre « à marche forcée », dans la précipitation, et c’est cela qui inquiète personnels et syndicats. Le calendrier est extrêmement serré. Par exemple, les lycées ont dû élaborer en urgence au mois d’octobre leur carte des enseignements de spécialité, ce qui a laissé peu de temps aux équipes pour se réunir et pour discuter de ce sujet pourtant essentiel. Par ailleurs, la réforme va être mise en place sur deux ans alors qu’il aurait fallu la mettre en place sur 3 ans (en Seconde à la rentrée 2019, en Première à la rentrée 2020 et en Terminale à la rentrée 2021). Or, pour des raisons politiques (élection présidentielle en mai 2022), le gouvernement a voulu que le nouveau bac entre en vigueur dès la session 2021: la réforme entre donc en application simultanément pour les classes de Seconde et de Première l’an prochain, ce qui entraîne des incohérences dans les programmes. J’ajoute que, l’an prochain, les professeurs vont avoir deux nouveaux programmes à préparer (en 2nde et en 1ère), ce qui représente une énorme charge de travail: le bon sens voudrait que les programmes soient renouvelés niveau par niveau.

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