Le glyphosate et les 42 « salopards »

Commençons par faire notre petite profession de foi écologique. Oui, le glyphosate est une saloperie qui pollue et qui bousille la biodiversité. Oui, je déplore que l’Assemblée nationale ait refusé d’inscrire dans la loi l’interdiction de cet herbicide. Oui, dans un monde idéal débarrassé des pesticides et autres intrants chimiques, l’agriculture biologique nourrirait l’humanité. En revanche, je ne peux pas accepter que l’on jette à la vindicte populaire le nom de quarante-deux députés ou que l’on s’autorise à insulter publiquement ces mêmes députés au motif qu’ils ont voté contre l’interdiction du glyphosate.

Il n’existe à ce jour aucun consensus scientifique sur la dangerosité du glyphosate. Un débat enflammé s’est ouvert en 2015 lorsque l’OMS a décidé de classer le fameux herbicide comme « cancérogène probable » : cela signifie concrètement que l’on a constaté chez certaines populations une corrélation statistique entre la surexposition au glyphosate et l’apparition de certains cancers, même si le lien entre les deux variables ne peut pas être scientifiquement établi. La viande rouge et les boissons chaudes sont, elles aussi, considérées comme « cancérogènes probables » par l’OMS : faut-il pour autant les interdire ? Les conclusions de l’OMS ont d’ailleurs été contestées par l’EFSA (l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments), qui estime qu’une exposition normale au glyphosate par le biais de l’alimentation ne présente aucun danger avéré pour l’homme. 

Dans le cas du glyphosate comme dans celui de bien d’autres produits considérés comme « cancérogènes », la dangerosité dépend surtout du dosage : de nombreuses substances inoffensives à petite dose peuvent devenir toxiques à haute dose. Or, les traces de glyphosate que l’on trouve dans les produits alimentaires sont extrêmement faibles. Il convient aussi de rappeler que l’utilisation du glyphosate est déjà très encadrée en France : les quantités de glyphosate rencontrées dans les produits traités y sont très inférieures à ce que l’on peut trouver dans bien d’autres pays.

Pourquoi 42 « salopards » de députés ont-ils rejeté l’article interdisant le glyphosate sous trois ans ? Peut-être parce que le glyphosate est très utilisé par les agriculteurs et qu’interdire ce produit dans un délai aussi court, sans véritable alternative, serait une catastrophe pour des milliers de cultivateurs français. Peut-être les 42 « salopards » ont-ils été sensibles à l’inquiétude et à l’exaspération de tous ces agriculteurs qui sont depuis trop longtemps pointés du doigt et considérés comme des « empoisonneurs » alors qu’ils essaient juste de vivre dignement de leur travail. Peut-être les 42 « salopards » ont-ils estimé que la stratégie du couteau sous la gorge n’était pas la meilleure des solutions pour favoriser la transition vers un modèle agricole plus durable. Car la réalité est complexe, beaucoup plus complexe qu’un bras de fer manichéen entre de gentils citoyens écologistes et de méchants lobbies agrochimiques.

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