L’écologie, angle mort du macronisme?

N. Hulot et E. Macron (source: rtl.fr).

La première année du quinquennat d’Emmanuel Macron a manqué d’écologie, indiscutablement. Malgré la nomination de Nicolas Hulot au ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, force est de constater qu’en matière environnementale, le bilan du gouvernement est assez indigent.

Certes, il faut saluer quelques avancées. Le gouvernement a définitivement enterré le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, qui était une aberration écologique. L’objectif de 50% de produits bio dans les cantines a été inscrit dans la loi. Nicolas Hulot a lancé en septembre 2017 son « Plan climat » prévoyant, entre autres, une « prime à la reconversion des véhicules », une hausse de la taxe carbone et une convergence des fiscalités sur le diesel et sur l’essence. Le ministre a également fait voter une loi interdisant toute nouvelle exploration d’hydrocarbures. A l’échelle européenne, la France a obtenu l’interdiction des néonicotinoïdes, ces pesticides jugés responsables de l’effondrement du nombre d’abeilles.

Toutes ces mesures vont dans le bon sens mais ne sont pas à la hauteur des enjeux, qu’il s’agisse de la question climatique, de la pollution ou de la biodiversité. Pire : certaines décisions votées sous ce quinquennat vont à contre-courant des impératifs écologiques actuels. Ainsi, en mai 2018, sous la pression du ministre de l’Agriculture, de la FNSEA et du lobby agro-industriel, les députés de la majorité ont renoncé à inscrire dans la « loi Agriculture et alimentation » l’interdiction du glyphosate pour 2021, malgré la promesse faite par Emmanuel Macron. Les députés ont également rejeté les amendements qui visaient à lutter contre la maltraitance des animaux d’élevage. La « nouvelle France agricole » de Macron attendra… Pendant ce temps-là, au Sénat, lors du débat sur la loi relative au développement des territoires littoraux, on a voté un amendement qui assouplissait la loi Littoral de 1986 en autorisant le comblement des « dents creuses », ces parcelles non bâties situées entre deux terrains construits d’un même hameau. De toutes évidences, la majorité actuelle n’a pas fait de l’environnement une priorité. La formule de Macron « Make our planet great again » pourrait bien ne rester qu’un joli slogan.

Nicolas Hulot n’a pas renoncé à ses ambitions, mais ses marges de manœuvre sont très limitées. Hulot est tributaire des choix budgétaires du gouvernement : or, une politique d’austérité budgétaire est difficile à concilier avec une politique environnementale exigeante. Hulot doit aussi faire des arbitrages complexes entre différents acteurs aux intérêts contradictoires : ONG, organisations écologistes, agriculteurs, industriels, associations d’automobilistes, syndicats, élus locaux soucieux de maintenir l’emploi sur leur territoire, etc. Le report à 2035 de l’objectif de réduire à 50% la part du nucléaire dans le mix énergétique français a été vivement reproché à Nicolas Hulot, mais il ne s’agit pas d’un renoncement : le ministre a simplement pris acte du fait que, dans les conditions actuelles, l’objectif ne pourrait jamais être atteint compte tenu du rythme auquel se développent les énergies renouvelables en France. Hulot sait qu’il ne peut pas tout faire, et qu’il ne peut pas imposer son calendrier à tout le monde. Il sait que les vrais changements prennent du temps, car ces changements-là résident dans les consciences. Je ne souhaite pas que Nicolas Hulot quitte le gouvernement. Cet homme est profondément, viscéralement écologiste : ce qu’il n’a pas réussi à faire au gouvernement, aucun autre ministre ne le fera à sa place.

L’écologie n’est pas une utopie, c’est une nécessité. Une obligation morale vis-à-vis des générations futures. Je suis persuadé qu’une écologie pragmatique et ambitieuse est possible, une écologie capable de transformer en profondeur notre modèle économique par des mesures réalistes et concrètes. Pour cela, il faut sortir du « tout pétrole » en encourageant de façon beaucoup plus massive le développement des motorisations électriques et hybrides. Il faut un grand plan national de transition agricole en faveur de l’agriculture biologique, de l’agriculture raisonnée et de la permaculture, pour sortir graduellement du modèle productiviste qui ruine les sols, maltraite les bêtes et empoisonne les consommateurs. Il faut « déplastiquer » notre économie en réduisant drastiquement la production de plastiques, en rendant obligatoire le tri des déchets plastiques recyclables sur l’ensemble du territoire et en interdisant de façon immédiate et irréversible la distribution de sacs plastiques dans notre pays. Il faut un effort sans précédent en direction des mobilités douces dans les grandes villes par des investissements massifs dans les réseaux urbains visant, à terme, la quasi gratuité des transports en commun pour les résidents.

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