Un an de macronisme : quel bilan ?

E. Macron.

Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron devenait président de la République. Un an après, quel bilan tirer de son action à la tête de l’Etat ?

Macron a réussi à dépasser, au moins temporairement, le clivage droite-gauche. Il a construit une majorité « centrale » et formé un gouvernement composé de personnalités politiques issues du centre, de la gauche réformiste et de la droite modérée. Ce faisant, il a donné un coup d’accélérateur au processus de recomposition politique qui s’était amorcé sous la présidence de François Hollande. Macron a également réussi à renouveler en profondeur le personnel politique : même si la République En Marche compte beaucoup d’anciens élus socialistes dans ses rangs, la moitié des députés de la majorité sont issus de la société civile et n’exerçaient aucun mandat politique avant 2017. Le gouvernement, lui aussi, fait la part belle aux personnalités venues de la société civile, à l’image de Nicolas Hulot, Agnès Buzyn, Marlène Schiappa ou Frédérique Vidal.

Macron a mis en application le programme sur lequel il avait été élu. Pendant un an, il a respecté scrupuleusement la feuille de route annoncée lors de la campagne : une loi de moralisation de la vie publique a été votée dès le mois de juillet 2017 ; les effectifs des classes de CP dans les REP et REP+ ont été divisés par deux à la rentrée 2017 ; le Code du travail a été assoupli par ordonnances ; la France est sortie de l’état d’urgence à l’automne 2017 et une loi antiterroriste a été votée pour pérenniser certains dispositifs d’exception permettant de lutter contre le terrorisme djihadiste ; la réforme de l’ISF et l’augmentation de la CSG ont été votées fin 2017 ; la réforme du bac a été adoptée en février 2018. L’exécutif a aussi augmenté le budget des armées : dans le projet de loi de finance voté fin 2017, le budget de la défense a été porté à 1,82% du PIB en vue d’atteindre l’objectif des 2% à la fin du quinquennat. Jusqu’à présent, donc, Macron a respecté ses engagements.

Il y a toutefois une question sur laquelle Macron a fait volte-face : Notre-Dame-des-Landes. Pendant la campagne présidentielle, Macron avait déclaré que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes serait construit. Mais à l’issue d’une vaste concertation menée sous l’égide du Premier Ministre, et suite à la publication d’un rapport sur le coût prévisionnel de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement a finalement choisi de renoncer au projet pour privilégier le réaménagement de Nantes-Atlantique. Il s’agit là d’une décision juste, car le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes était une aberration écologique. De plus, les tergiversations de l’Etat ont entraîné, au fil des années, un pourrissement de la situation. Quant à l’évacuation de la ZAD, elle était nécessaire : dans un Etat de droit, nul ne peut occuper illégalement des terres et y exercer des activités économiques sans payer d’impôts ni verser de cotisations sociales. Mais l’exécutif a fait preuve de pragmatisme : la trêve hivernale a été respectée et le gouvernement a permis aux zadistes de déposer leur projet individuel en préfecture afin que les expériences agricoles menées à Notre-Dame-des-Landes puissent se poursuivre dans un cadre légal ; une quarantaine de projets ont d’ailleurs été déposés.

Ce qui surprend, dans ce début de quinquennat, c’est le rythme vertigineux des réformes. Souhaitant rattraper en quelques mois plusieurs décennies d’immobilisme, l’exécutif a fait preuve d’une détermination sans faille dans sa volonté de moderniser le pays et de « déverrouiller » l’économie. Mais la frontière entre volontarisme et autoritarisme est parfois ténue. La méthode Macron consiste à agir vite, quitte à employer des procédures expéditives comme les ordonnances. C’est également une méthode très technocratique : le gouvernement a commandé à des experts indépendants plusieurs rapports (comme le rapport Mathiot sur la réforme du lycée ou le rapport Spinetta sur la SNCF) dont la publication a directement débouché sur un projet de réforme. La méthode Macron consiste aussi à ouvrir quasi simultanément plusieurs chantiers de réforme : cette stratégie présente un inconvénient majeur puisqu’elle favorise une certaine coagulation des mécontentements, comme l’illustre la mobilisation des fonctionnaires, des cheminots, des personnels hospitaliers, des magistrats et des universités au printemps 2018. Deux réformes ont provoqué des mouvements de contestation particulièrement durs : la réforme de la SNCF, qui vise à préparer l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs, et la « loi ORE » (Orientation et Réussite des Etudiants), qui a ravivé un débat déjà ancien sur la question très sensible de la sélection à l’entrée des universités. Mais il n’y a pas eu de « convergence des luttes » car une grande partie des Français approuve les réformes de l’exécutif.

Même si les réformes vont globalement dans le bon sens, il faut bien admettre que la première année du quinquennat d’Emmanuel Macron a manqué d’humanité : à force de viser l’efficacité partout et tout le temps, on finit par prendre des libertés avec les Droits de l’Homme. Ainsi, le projet de loi très controversé de Gérard Collomb sur l’asile et l’immigration facilite l’expulsion des demandeurs d’asile et augmente la durée légale de rétention, y compris pour les mineurs. Or, les conditions de vie dans les Centres de Rétention Administrative sont quasi carcérales et rien, dans le projet de loi, ne prévoit de les humaniser. La France a l’obligation morale de respecter les droits fondamentaux et la dignité de tous les hommes et toutes les femmes présents sur son territoire, quel que soit leur statut et quel que soit leur pays d’origine. L’Etat français a d’ailleurs été condamné plusieurs fois par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour sa gestion calamiteuse des demandeurs d’asile, et le projet de loi sur l’asile a été critiqué par le Défenseur des Droits, Jacques Toubon, qui a parlé de « maltraitance ».

La politique menée jusqu’à présent manque aussi de justice sociale. Le gouvernement a multiplié les mesures en faveur des entreprises et des grandes fortunes sans proposer de véritables contreparties aux salariés, aux classes moyennes et aux populations les plus fragiles. Certes, quelques avancées sociales sont à souligner, comme la hausse du minimum vieillesse, la hausse des allocations aux familles monoparentales ou encore la baisse de la taxe d’habitation. Le dédoublement des classes de CP en REP et REP+ est également une mesure de justice sociale puisqu’elle améliore les conditions d’apprentissage dans les écoles accueillant les publics les plus défavorisés. Mais ces mesures sociales restent assez timides par rapport aux différentes réformes libérales adoptées depuis le début du quinquennat, telles que l’assouplissement du Code du travail, la réduction de l’assiette de l’ISF ou la « flat tax » à 30%. Macron mène-t-il une « politique de classe » en faveur des grands patrons et des possédants ? Pour comprendre le sens de ces mesures, il convient de les replacer dans une perspective plus large. Emmanuel Macron défend un projet que l’on pourrait qualifier de social-libéral : il entend libéraliser l’économie tout en préservant les fondements de l’Etat-providence, l’objectif étant de parvenir au meilleur équilibre possible entre l’efficacité économique et la justice sociale. Macron a choisi de commencer par les réformes les plus libérales de son programme pour pouvoir se consacrer, durant la suite du quinquennat, aux réformes plus sociales. La réforme de l’assurance chômage et celle de la formation professionnelle seront les deux prochains grands chantiers du quinquennat : elles apporteront des contreparties à l’assouplissement du Code du travail, en sécurisant davantage les parcours professionnels et en ouvrant de nouveaux droits pour les travailleurs et les chômeurs.

Il est encore trop tôt pour mesurer l’efficacité des réformes économiques engagées par le gouvernement car celles-ci ne porteront leurs fruits que dans plusieurs années, voire plusieurs décennies. Ce qui est en jeu derrière les réformes actuelles, ce n’est pas la France de 2020 mais celle de 2050. Emmanuel Macron veut adapter la société française à un monde où la compétition internationale, les bouleversements technologiques et l’imprévisibilité des parcours professionnels imposent l’instauration de nouvelles règles beaucoup plus souples favorisant l’innovation, la prise de risques et la mobilité. Le monde du travail évolue à une vitesse inouïe : on estime d’ailleurs que la plupart des métiers qui seront exercés en 2050 n’existent pas encore aujourd’hui. La politique économique de Macron est un pari sur l’avenir, un pari sur la capacité du pays à se moderniser pour faire face aux grands défis économiques et technologiques du XXIe siècle.

Le Centriloque souhaite la réussite de ce quinquennat et encourage le gouvernement à poursuivre les réformes, à condition de ne pas oublier la justice sociale et de ne pas sacrifier les principes humanistes indissociables de la morale républicaine. Il est urgent que le gouvernement infléchisse sa politique dans un sens plus progressiste, par des réformes qui ouvriront de nouveaux droits aux travailleurs et qui apporteront des améliorations concrètes à la vie des Français restés sur le bord du chemin.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.