Notre-Dame-des-Landes: affaire classée

Source: Le Figaro.

C’est l’histoire d’un petit écrin de verdure situé à une vingtaine de kilomètres de Nantes, sur la commune de Notre-Dame-des-Landes, où l’Etat français avait décidé, dans les années 60, de faire construire un aéroport. Depuis cette époque-là, plusieurs générations de villageois, d’agriculteurs et de militants écologistes opposés au projet d’aéroport se sont relayées pour occuper la « ZAD » et empêcher les travaux. Mercredi 17 janvier 2017, le gouvernement a mis un point final à ce feuilleton vieux de 50 ans. Il a enfin tranché ce débat qui empoisonnait le pays depuis bien trop longtemps.

Dans son allocution, le Premier Ministre Edouard Philippe a fait quatre annonces très claires et très concrètes : l’abandon définitif du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le réaménagement de l’aéroport de Nantes Atlantique pour faire face à l’accroissement du nombre de voyageurs, l’évacuation de la « ZAD » et la rétrocession des terres aux agriculteurs.

Abandonner le projet d’aéroport ? Oui, car les conditions ne sont pas réunies pour qu’une infrastructure aussi lourde soit aménagée à Notre-Dame-des-Landes : pendant 50 ans, les tergiversations de l’Etat ont entretenu un statu quo calamiteux qui a exacerbé les antagonismes et conduit au blocage de la situation.

Réaménager l’aéroport de Nantes Atlantique ? C’est la solution préconisée par le rapport des médiateurs pour faire face à l’augmentation du trafic aérien dans la région au cours des prochaines décennies. Nantes Atlantique accueille environ 5 millions de passagers par an et n’est pas encore saturé. A titre de comparaison, l’aéroport de Gatwick, à Londres, accueille 40 millions de passagers par an sur une surface quasi équivalente.

Evacuer la ZAD ? Oui, car les terres de Notre-Dame-des-Landes sont occupées illégalement. Cette occupation, en dépit de son caractère pacifique et bienveillant, a perturbé la vie des populations riveraines et l’économie locale en coupant la circulation sur la Départementale 281, surnommée la « route des chicanes ». Le report de l’évacuation au printemps est une décision prudente qui laissera aux « zadistes » le temps de préparer leur déménagement.

Rétrocéder les terres aux agriculteurs ? Oui, car Notre-Dame-des-Landes doit rester un espace agricole : ce bocage verdoyant a été façonné par plusieurs siècles d’élevage et constitue un éco-patrimoine à préserver. Mais il faut aussi récolter les fruits de ce que les « zadistes » ont semé pendant toutes ces années de combat : Notre-Dame-des-Landes est en effet devenu un véritable laboratoire écologique où l’on expérimente la permaculture et l’agriculture raisonnée. Tout cela ne doit pas être balayé du jour au lendemain : cette expérience doit se poursuivre dans un cadre légal.

La droite accuse l’exécutif d’avoir « cédé aux zadistes ». Au contraire, la décision du Premier Ministre est un acte d’autorité, elle permet de trancher un débat que les gouvernements précédents (de gauche comme de droite) se sont bien gardés de régler. Les partisans de l’aéroport dénoncent un déni de démocratie, au motif que le « oui » l’a emporté lors du référendum local de 2016. Mais c’est oublier que ce référendum a suscité de vives contestations portant sur la formulation de la question ainsi que sur le périmètre géographique du vote : pourquoi faire voter le département de Loire-Atlantique ? Si le référendum avait été organisé à l’échelle de tout le Grand Ouest ou à l’échelle de l’agglomération nantaise uniquement, le résultat aurait sans douté été différent. Les communes les plus proches du site de Notre-Dame-des-Landes ont d’ailleurs voté massivement contre le projet.

Les choix du Premier Ministre sont les bons. L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes était le projet d’une autre époque. Aujourd’hui, la nécessité de préserver les espaces agricoles et d’endiguer l’étalement urbain autour des grandes agglomérations nous oblige à repenser l’aménagement des grandes infrastructures de transport. La ville de Nantes est désormais desservie par le TGV, ce qui rend cette métropole accessible facilement et rapidement depuis Paris. Quant au trafic aérien, la logique actuelle, dans un contexte de mondialisation, tend à privilégier les gros hubs tels que Roissy pour effectuer les correspondances.

Même d’un point de vue strictement financier, la balance penchait du côté de Nantes Atlantique. Le coût de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est estimé à 940 millions d’euros dans le rapport des médiateurs, contre 500 millions pour le réaménagement de Nantes Atlantique. L’indemnisation versée à Vinci est impossible à chiffrer car elle fera l’objet d’une négociation avec le gouvernement.

Gouverner, c’est décider. Le gouvernement a su prendre une décision. Cette décision crée beaucoup de déceptions et de frustrations, mais elle est mûrement réfléchie. Cette fois, au moins, les détracteurs du gouvernement ne pourront pas dire qu’il a cédé aux sirènes de je ne sais quels lobbys.

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