L’année 2017 a-t-elle été celle du centrisme?

L’année 2017 aura été celle de la recomposition politique. La victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle, celle de son mouvement La République En Marche aux législatives, l’effondrement du Parti Socialiste et la « droitisation » de LR ont en effet permis une recomposition du champ politique autour du nouveau président. Emmanuel Macron a réussi à former une majorité « centrale » dépassant le clivage droite/gauche et regroupant des hommes et des femmes issus du centre-gauche et du centre-droit. L’année 2017 aura donc vu naître de façon officielle ce fameux « axe central » qui réunit les progressistes et les modérés de la gauche, de la droite et du centre. La réunification du Parti Radical de Gauche et du Parti Radical valoisien au sein d’un nouveau parti baptisé Mouvement Radical et Social-Libéral atteste, elle aussi, la réalité de cet « axe central ». Par ailleurs, la fondation d’un nouveau parti de centre-droit, Agir, par un groupe de parlementaires « constructifs » issus de LR mais refusant la ligne dure incarnée par Laurent Wauquiez démontre (s’il en était besoin) que l’idée d’un grand parti unique à droite est vouée à l’échec. Reste à savoir si cette recomposition politique est un processus durable ou un simple phénomène conjoncturel lié à la personnalité d’Emmanuel Macron.

Le bilan des huit premiers mois de Macron à l’Elysée est plutôt positif. En 2016, beaucoup ne voyaient dans la popularité de Macron qu’un épiphénomène ; beaucoup pensaient qu’il n’avait aucune chance de remporter l’élection présidentielle. Même après la victoire de Macron au second tour, ses détracteurs s’acharnaient encore à le discréditer en affirmant qu’il n’aurait pas de majorité stable pour gouverner. Macron a réussi à déjouer toutes les prédictions de ses adversaires puisqu’il gouverne aujourd’hui le pays en s’appuyant sur une majorité large et stable à l’Assemblée nationale. Macron a respecté sa « feuille de route » et a mis en place les premières réformes du quinquennat : loi de moralisation de la vie publique, réforme de la fiscalité sur le capital, réforme de la taxe d’habitation, réforme de la CSG, réforme de la fiscalité sur les carburants, assouplissement du Code du Travail, dédoublement des classes de CP dans les REP et REP+, réforme de l’accès à l’université. Pour l’heure, le bilan économique est plutôt encourageant : la politique de Macron inspire confiance aux investisseurs, le taux de chômage poursuit sa baisse et le taux de croissance est de l’ordre de 1,9% sur l’année 2017. La nouvelle année se présente plutôt bien pour le gouvernement avec, en prime, un long répit électoral puisqu’aucune élection ne viendra sanctionner l’exécutif avant le scrutin européen de mai 2019. Il faudra donc maintenir le rythme des réformes en 2018 et, surtout, privilégier les mesures sociales après un début de quinquennat dominé par les réformes libérales.

L’année 2017 a-t-elle été l’année du centrisme ? Depuis la victoire de Macron et la nomination d’Edouard Philippe à Matignon, la France est indiscutablement gouvernée au centre. Macron ne s’est jamais défini lui-même comme un centriste, mais il a réalisé le rêve centriste d’un dépassement du clivage droite/gauche. De plus, Macron est en phase avec les attentes européennes très fortes des centristes : il a placé l’Europe au cœur de sa campagne électorale et a développé, dans son discours de la Sorbonne, les grandes orientations d’une possible relance du projet européen. Le mouvement politique fondé par Macron, La République En Marche, dispose de la majorité absolue à l’Assemblée nationale et occupe très largement l’espace politique central, mais doit encore se construire une identité propre s’il aspire à être plus qu’une simple courroie de transmission des projets de l’exécutif. Le MoDem de François Bayrou, qui constitue le deuxième pôle de la majorité, a sans conteste bénéficié de la victoire de Macron : avec une quarantaine de députés et deux représentants au sein du gouvernement, le parti centriste connaît une véritable renaissance. Mais il ne doit cette renaissance qu’à la victoire de Macron et reste dans une position de dépendance vis-à-vis de LREM. En outre, le parti a été fragilisé par les accusations d’emplois fictifs dont il a été la cible et qui ont poussé Bayrou à démissionner du poste de Garde des Sceaux. Lors de son congrès national en décembre 2017, le MoDem a réaffirmé son ancrage dans la majorité présidentielle et son alliance avec LREM ; Bayrou a aussi présenté son parti comme un aiguillon programmatique de la majorité, capable de réorienter la politique gouvernementale dans un sens plus social et de faire émerger de nouvelles propositions dans plusieurs domaines essentiels tels que l’éducation et le développement durable.

Les autres partis centristes, en revanche, n’ont guère bénéficié de la victoire d’Emmanuel Macron : l’Alliance Centriste reste inexistante malgré son ralliement à Macron ; les radicaux sont divisés sur la question de leur participation à la majorité ; quant à l’UDI, elle est en plein délitement depuis la présidentielle. Plombée par la défaite de François Fillon, discréditée par ses querelles internes, l’UDI traverse actuellement la pire crise de son existence. Maintenant que les radicaux valoisiens, l’Alliance Centriste et le mouvement « Les Centristes » d’Hervé Morin ont quitté le navire, Jean-Christophe Lagarde se retrouve à la tête d’une confédération en peau de chagrin dont l’avenir est sérieusement hypothéqué. Lagarde continue de s’imaginer en leader naturel du centre-droit, mais il est manifestement le seul à y croire encore. Finalement, à l’exception notable du MoDem qui se retrouve satellisé par La République En Marche, la victoire du macronisme n’aura pas renforcé les anciens partis centristes. En construisant son propre mouvement politique en dehors des cadres partisans classiques et en opérant un profond renouvellement du personnel politique, Macron n’a-t-il pas, d’une certaine façon, « ringardisé » les partis centristes traditionnels ?

Le Centriloque vous souhaite une excellente année 2018 et vous remercie pour votre fidélité.

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Une réaction sur “L’année 2017 a-t-elle été celle du centrisme?

  1. Rien à redire à cette analyse, juste un regret concernant l’UDI, qui avait un bel espace centriste . Mais l’aveuglement a des conséquences immédiates, comme un nageur qui s’obstine à nager à contre courant , il s’ épuise et risque de se noyer . Pourtant, il était facile, grâce à la bonne volonté de LREM de rester représentatif . Il suffisait d’accepter la dualité, accepter que un militant de l’UDI, appartenant ou pas à une chapelle; puisse adhérer à En Marche , mouvement dont l’adhésion est gratuite . Mais puisque la réponse est négative, le militant centriste se sent appelé à rejoindre la dynamique de construction d’un mouvement où il se sent considéré , utile à la réforme du Pays . certain diront que tout est décidé en haut, et bien lorsque l’on est sollicité pour des formations, des réunions de réflexions, oui, on se sent utile .

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