Macron, le président des riches?

Il y a certains bons mots qui vous rhabillent un président pour l’hiver. Emmanuel Macron est décrit par une partie de la gauche et de la presse comme le « président des riches », un qualificatif dont Nicolas Sarkozy avait déjà été affublé par ses détracteurs quelques années plus tôt. La formule est simple, accrocheuse et redoutablement efficace, mais en dit long sur la médiocrité du débat politique en France. 

Cette étiquette peu glorieuse, Macron la doit en fait à sa réforme fiscale, plus particulièrement à deux mesures : la réforme de l’ISF et la « flat tax ». Comme l’avait prévu Macron dans son programme présidentiel, l’ISF a été transformé en « impôt sur la fortune immobilière » et ne sera plus prélevé sur les capitaux productifs. Cette mesure a pour but d’inciter les plus riches à investir dans l’économie plutôt que dans la constitution de patrimoines dormants. Quant à la « flat tax », il s’agit d’une taxation unique à 30% sur l’ensemble des revenus financiers : cette mesure vise à simplifier et uniformiser la taxation des revenus du capital, qui est extrêmement complexe en France, pour inciter un plus grand nombre de Français à investir dans le financement des entreprises. Il n’en fallait guère plus pour que le président soit caricaturé en « VRP » du grand capital et en serviteur zélé des nantis. Comme si le programme de Macron se résumait à ces deux réformes. Comme si toute la politique du gouvernement n’était qu’une « politique de classe » dont la seule ambition serait d’enrichir encore davantage ceux qui ont déjà tout.

Si Macron est effectivement le président qui a réformé l’ISF, c’est aussi le président qui veut supprimer la taxe d’habitation pour 80% des ménages, augmenter le minimum vieillesse et l’allocation adulte handicapé, alléger les cotisations sociales pour augmenter le pouvoir d’achat des salariés, augmenter la prime d’activité, étendre l’assurance-chômage aux travailleurs indépendants et aux salariés démissionnaires, développer les « emplois francs » pour favoriser les embauches en CDI dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, investir 15 milliards d’euros dans la formation professionnelle, lutter contre les inégalités scolaires en divisant par deux les effectifs des classes de CP dans les écoles classées en REP et REP+. Macron est également le président qui souhaite, par le biais d’une hausse de la CSG, augmenter la part du capital dans le financement de l’assurance-chômage, dont le coût était jusqu’à présent supporté quasi intégralement par les salariés.

Dépeindre Macron comme le « président des riches », c’est faire abstraction de toute la philosophie qui sous-tend la politique du président, et que l’essayiste Brice Couturier, auteur d’un ouvrage intitulé Macron, un président philosophe, définit comme une version rénovée de la social-démocratie conciliant sécurité et compétitivité. Qu’on le veuille ou non, il n’y a pas d’emplois sans croissance économique, ni croissance économique sans investissements. Or, les difficultés d’accès au financement sont l’une des principales barrières au développement des entreprises dans notre pays, en particulier pour les start-ups et les TPE-PME. La réforme de l’ISF et la « flat tax » ne sont pas des « cadeaux fiscaux » faits aux riches mais des outils au service de l’investissement et de la croissance.

E. Macron.

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