Non, Macron n’est pas « ultralibéral »

Tout au long de la campagne pour la présidentielle, la gauche radicale et le Front national ont cherché à dépeindre Emmanuel Macron comme le candidat de « l’ultralibéralisme » et de la « dérégulation ». Certes, les Français ont compris depuis longtemps que Macron n’était pas socialiste et qu’il avait un programme plutôt centriste. Plusieurs mesures défendues par Macron sont clairement d’inspiration libérale, telles que la baisse des cotisations patronales et de l’impôt sur les sociétés, la suppression de l’ISF sur le capital productif ou l’assouplissement du droit du travail. Mais les mots ont un sens, et parler « d’ultralibéralisme » à propos d’un homme comme Emmanuel Macron relève du fantasme. L’ultralibéralisme est une doctrine extrémiste qui refuse toute intervention régulatrice de l’Etat dans l’économie et qui entend soumettre la société toute entière à la tyrannie du marché : il n’y a rien de tel chez Macron.

Les ultralibéraux veulent démanteler l’Etat-providence ; Macron souhaite au contraire le préserver. Il veut par exemple sauvegarder notre système de retraite par répartition mais envisage de supprimer les régimes dits « spéciaux » de façon à uniformiser les règles pour l’ensemble des salariés : chaque euro cotisé ouvrira les mêmes droits. Macron souhaite également nationaliser l’Unedic et étendre l’assurance-chômage aux travailleurs indépendants, aux agriculteurs et aux professions libérales ainsi qu’aux salariés démissionnaires : l’idée d’une assurance-chômage universelle est aux antipodes du percept néolibéral selon lequel les chômeurs doivent « se prendre en main tous seuls » sans rien attendre l’Etat.

Comme tous ses prédécesseurs à l’Elysée, Macron est partisan d’un Etat interventionniste : en tant que ministre de l’Economie, il souhaitait déjà que l’Etat puisse peser sur la stratégie des grands groupes dont il est actionnaire. En 2015, Macron s’était même opposé au PDG du groupe Renault-Nissan, Carlos Ghosn, et avait fait passer de 15 à 19,7% la part de l’Etat dans le capital de Renault pour obtenir l’application de la « loi Florange » qui accorde un droit de vote double aux actionnaires de long terme. Le programme présidentiel de Macron ne prévoit aucune nouvelle privatisation et comporte un plan d’investissement public de 50 milliards d’euros sur 5 ans dans la formation professionnelle, la transition énergétique, la santé, les transports et la modernisation des administrations ; Macron défend aussi l’idée d’un plan de relance au niveau européen.

Par ailleurs, Macron ne souhaite aucunement réduire les domaines d’intervention de l’Etat. Il a maints fois réaffirmé son attachement au secteur public hospitalier ainsi qu’à l’éducation, deux secteurs essentiels dont le nouveau président veut sanctuariser le budget. Contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs, Macron ne souhaite pas remettre en cause le statut de la fonction publique : il envisage uniquement de généraliser le recrutement par contrats dans la haute fonction publique et dans certains secteurs non-régaliens pour permettre une gestion plus souple des effectifs et attirer des professionnels issus du secteur privé.

L’assouplissement du Code du travail proposé par Macron demeure limité : sur la question du temps de travail, par exemple, il n’y aura pas de big bang. Macron entend conserver les 35 heures comme durée légale du travail mais souhaite que le temps de travail effectif des salariés puisse être fixé au niveau de la branche ou de l’entreprise par un accord majoritaire négocié avec les syndicats, comme le prévoit déjà la loi El-Khomri. Les ultralibéraux, eux, veulent supprimer toute référence à une durée légale du travail. L’approche d’Emmanuel Macron s’inscrit plutôt dans le sillage de la social-démocratie européenne, qui accorde aux syndicats et à la négociation un rôle clé dans l’établissement des normes collectives, comme c’est le cas depuis longtemps en Allemagne ou dans les pays scandinaves. Macron ne veut pas déréglementer le travail, il veut passer d’un mode de régulation par la loi à un mode de régulation par le contrat, ce qui implique de renforcer le rôle des syndicats dans l’entreprise. Les néolibéraux veulent au contraire affaiblir les syndicats, comme l’ont fait Reagan aux Etats-Unis ou Thatcher en Grande-Bretagne.

On notera, pour finir, que le programme présidentiel d’Emmanuel Macron comporte plusieurs entorses aux principes du libre-échange. Macron défend notamment l’instauration d’un « Buy European Act » réservant les marchés publics à des entreprises localisant au moins la moitié de leur production dans l’Union européenne ; Macron souhaite aussi l’introduction d’un mécanisme de contrôle des investissements étrangers en Europe dans les secteurs présentant un « intérêt stratégique ». Cela montre que Macron n’est pas du tout cet ayatollah du libre-échange et de la dérégulation que ses adversaires ont coutume de décrire.

Résumons : un Etat-providence préservé, un secteur public sanctuarisé, des investissements publics massifs, un assouplissement très encadré du Code du Travail, et des entorses assumées au libre-échange. Emmanuel Macron n’est donc pas un « ultralibéral ». C’est un libéral modéré ou, si l’on veut, un « social-libéral ». Son programme ne s’inscrit pas dans une logique néolibérale de dérégulation tous azimuts mais plutôt dans une logique de « flexi-sécurité » : plus de flexibilité pour les entreprises, plus de protections pour les travailleurs. On peut approuver ou désapprouver de telles orientations, mais il faut être d’une grande mauvaise foi pour y voir un programme « ultralibéral ».

source: Libération.

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