Et maintenant: reconstruire

Emmanuel Macron.

Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron a été élu président de la République avec 66% des voix face à Marine Le Pen. Cette victoire est d’abord un immense soulagement : en refusant l’extrémisme et le populisme, la France a montré au monde entier qu’elle était toujours la patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, la patrie de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité. Cependant, le score de la candidate du Front National est historiquement élevé : Marine Le Pen a rassemblé 10 millions d’électeurs, deux fois plus que son père en 2002. Le nouveau président de la République est donc investi d’une mission aussi cruciale que difficile : défendre la République et faire refluer l’extrême droite.

Pour cela, il faut d’abord reconstruire la France politiquement. La victoire d’Emmanuel Macron est une occasion historique de transcender les vieux clivages idéologiques et de recomposer la vie politique autour de ce fameux « axe central » qui réunit les progressistes et les modérés venus de la gauche, de la droite et du centre. C’est une occasion historique de renouveler le personnel politique dans le sens d’une plus grande parité, d’une plus grande diversité et d’une plus grande ouverture à la société civile. C’est aussi une occasion historique de moraliser la vie politique par des mesures fortes qui permettront de lutter contre les conflits d’intérêts et d’introduire une plus grande transparence dans l’utilisation des deniers publics.

Il faut également réparer la société française et lui redonner confiance dans l’avenir. Cela exige de libérer les forces vives du pays en « déverrouillant » l’économie, en encourageant l’innovation et la prise de risques, en favorisant l’égalité des chances, en investissant massivement dans la formation, en bâtissant un nouveau contrat social qui offre à la fois plus de flexibilité aux entreprises et plus de protection aux travailleurs. Le projet porté par Emmanuel Macron est à la hauteur de ce défi, à condition que les réformes soient conduites avec discernement et sans brutalité.

Il faut, enfin, relancer le projet européen, un projet aujourd’hui déstabilisé par le « Brexit », par la crise des dettes souveraines, par la crise des migrants et par la montée des mouvements populistes. Emmanuel Macron a placé l’Europe au centre de sa campagne. Le soir du 7 mai, nous avons vu de jeunes Français brandir des drapeaux européens dans les rues de Paris, et nous avons vu Emmanuel Macron arriver sur l’esplanade du Louvre au son de l’hymne européen : de telles images sont évidemment très fortes car elles nous rappellent que la France est un pilier du projet européen et que les Français demeurent profondément attachés à l’Europe. La victoire d’Emmanuel Macron est une occasion historique de relancer l’Europe et de réaffirmer le rôle moteur de la France dans la construction européenne.

Malgré son jeune âge, Emmanuel Macron a toutes les qualités requises pour devenir un bon président de la République et pour relever les nombreux défis qui attendent le pays. Mais ne soyons pas naïfs : la tâche sera extrêmement difficile, d’autant plus difficile que la légitimité électorale dont jouit Emmanuel Macron est fragile. 12 millions d’électeurs se sont abstenus au second tour et 4 millions d’électeurs ont voté blanc ou nul. De nombreux électeurs ont voté pour Emmanuel Macron sans adhérer à son projet. De nombreux électeurs ont voté Macron alors que ce candidat leur inspirait une profonde antipathie. Le nouveau président ne pourra malheureusement pas satisfaire les 20 millions de Français qui ont voté pour lui, mais il va devoir, autant que possible, rassurer ceux qui se méfient de lui sans trahir ceux qui, dès le premier tour, ont soutenu son projet. La victoire d’Emmanuel Macron n’est évidemment pas un « chèque en blanc » : les Français qui ont voté pour lui seront exigeants, et cette exigence légitime sera à la hauteur des ambitions affichées par le nouveau président de la République.

Le Centriloque félicite Emmanuel Macron pour sa victoire et lui apporte un soutien exigeant et vigilant.

Publicités

2 réflexions sur “Et maintenant: reconstruire

  1. 8 mai 1945 – 8 mai 2017! Quel symbolisme!
    Par certains côtés ( mutatis, mutandis) cela me fait penser à ce qu’on a appelé « l’aventure mendéiste », mais j’espère de tout coeur que Macron aura plus de chance que Mendès France.

    • Tout à fait! A ceci près que Mendès était une personnalité politique beaucoup plus consensuelle et rassurante. Macron inspire, à tort ou à raison, de la méfiance (voire de la haine) à de nombreux Français à cause de son itinéraire personnel (ENA, Banque Rothschild), de la loi Travail (dont il a été l’inspirateur) et de son image « opportuniste ».
      Par certains côtés, Macron me rappelle aussi l’aventure giscardienne:
      – ancien ministre de l’Economie qui s’est émancipé de la majorité à laquelle il appartenait
      – jeune « technocrate » brillant issu d’une grande école
      – centriste sans vraiment l’avouer, désireux de « gouverner au centre » sur la base d’un projet libéral, social et européen
      – « homo novus » qui a connu une ascension fulgurante et qui accède très jeune à l’Elysée
      – président qui n’est issu d’aucun de deux grands partis dominant la vie politique et qui entend constituer une majorité nouvelle dépassant les clivages traditionnels.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s