La préférence nationale, pierre angulaire du programme du FN

La « préférence nationale » (également appelée « priorité citoyenne ») consiste à réserver prioritairement aux citoyens français l’accès au marché du travail, à l’éducation et à certains avantages tels que les logements sociaux. Cette idée occupe une place centrale dans le programme du Front National, et Marine Le Pen souhaite l’inscrire dans la Constitution.

La préférence nationale pose le problème de l’égalité des droits entre citoyens français et résidents étrangers. Il faut tout d’abord rappeler que l’égalité totale des droits entre nationaux et résidents étrangers n’existe pas. En France, certains droits sont réservés aux détenteurs de la nationalité française, comme le droit de vote et le droit d’éligibilité. En outre, certains types d’emploi sont fermés aux étrangers. Les « emplois de souveraineté », c’est-à-dire les professions qui participent de manière directe à l’exercice des prérogatives de la puissance publique, sont depuis longtemps réservés aux citoyens français, notamment dans l’armée, la fonction publique et la magistrature. Il est tout à fait normal que les citoyens d’un Etat jouissent de droits plus étendus que les résidents étrangers : si la loi française ne réservait pas certaines prérogatives aux citoyens français, alors l’idée même de nation serait vidée de toute signification. Ce qui doit être dénoncé, en revanche, c’est le fait d’utiliser le principe de la « préférence nationale » pour mettre les étrangers au ban de la société française et pour les priver des droits économiques et sociaux les plus élémentaires. La « préférence nationale » telle qu’elle est proposée par le Front National est injuste et discriminatoire : si elle était appliquée, elle priverait les résidents étrangers de tout ce qui est nécessaire à leur intégration. Les étrangers qui résident et travaillent légalement en France paient des impôts et versent des cotisations sociales au même titre que les citoyens français, ils ont donc droit aux mêmes prestations. 

Mais la politique de « préférence nationale » préconisée par le FN n’est pas seulement injuste : elle est également inutile. Cette politique ne résoudrait pas la crise du logement, elle ne ferait pas baisser le chômage et n’améliorerait en aucune façon le quotidien des Français. La préférence nationale repose en fait sur des postulats erronés que le Front National présente comme des vérités parfaitement établies. Premièrement, le FN et une grande partie de ses électeurs considèrent que les étrangers « prennent » le travail des Français, et qu’il suffit d’écarter les étrangers du marché du travail pour faire baisser mécaniquement le taux de chômage des nationaux. Ce postulat mensonger participe d’un vieux fantasme xénophobe en total décalage avec la réalité. Il faut en effet rappeler que plusieurs secteurs d’activité ont besoin de la main d’œuvre immigrée car ils peinent à recruter parmi les nationaux : c’est notamment le cas du BTP, du textile et de la sécurité. Sans immigration légale, de nombreux patrons de ces différents secteurs devraient mettre la clé sous la porte. En revanche, dans les professions qui ne sont pas « sous tension », il est déjà très difficile d’embaucher un étranger non communautaire, et les employeurs qui en font la demande essuient généralement un refus de l’administration. Il est donc faux de dire que les étrangers « prennent » le travail des Français. 

Deuxième postulat erroné : le FN prétend que l’Etat en fait « plus » pour les étrangers que pour les citoyens français. Le parti de Marine Le Pen dénonce en effet une « préférence étrangère », c’est-à-dire une discrimination positive en faveur des résidents étrangers : d’après le FN, les étrangers auraient plus facilement accès que les Français aux logements sociaux, aux aides sociales et aux soins médicaux. Il s’agit, là aussi, d’un fantasme puisque les étrangers ne bénéficient d’aucun avantage particulier par rapport aux Français. Au contraire, tous les indicateurs montrent que les étrangers non communautaires cumulent les handicaps économiques et sociaux : ils ont un niveau d’étude inférieur à celui des Français, ils sont plus touchés par le chômage, ils occupent les emplois les moins qualifiés et les logements les plus précaires dans les quartiers les plus défavorisés. Sans parler des discriminations à l’embauche dont ils sont victimes. En matière de logement, il n’existe aucune « préférence étrangère ». Seuls les demandeurs d’asile ont droit à un hébergement d’urgence le temps que leur dossier soit examiné. Cette mesure est d’ailleurs une obligation inscrite dans la Convention de Genève sur les réfugiés.

En résumé, la « préférence nationale » préconisée par le FN n’a aucune justification sociale ou économique. Elle est injuste et dangereuse dans la mesure où son application rendrait encore plus difficile l’intégration des étrangers. Il s’agit d’une mesure purement idéologique dont l’objectif est de mettre les étrangers au ban de la société. Hélas, le débat sur l’immigration est trop souvent parasité par ce genre de fantasmes xénophobes et par des slogans démagogiques en décalage total avec la réalité. La préférence nationale, solution simpliste et radicale à des problèmes complexes, illustre bien la façon dont le Front National instrumentalise le thème de l’immigration pour flatter les instincts les plus vils du corps électoral : la peur de l’autre, la haine et le repli sur soi.

Marine Le Pen.

Marine Le Pen.

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13 réflexions sur “La préférence nationale, pierre angulaire du programme du FN

  1. Pingback: ‘Only French Spoken’ law in Ile de France Public Building Projects. | Tendance Coatesy

    • Merci. Je n’ai pas analysé de façon détaillée le programme du FN sur l’Europe, mais j’ai consacré déjà plusieurs articles à l’euro et à l’avenir du projet européen (voir rubrique « Euro-centré »). Je publierai certainement d’autres articles sur ces questions avant la présidentielle. Bien à vous.

      • Bonjour, je trouve votre analyse très orientée. Toutes les analyses lorsqu’elles sont très bien rédigées avec un raisonnement logique se valent. Que pensez vous de celle-ci: en effet, les secteurs d’activités que vous citez ont besoin de la MO étrangère car les nationaux ne veulent pas le faire. Exact. Mais si les nationaux ne veulent pas le faire , c’est parce que notre système social d’allocations et d’aides permettent aux nationaux de choisir de faire ou de ne pas faire un travail. Attitude appelée « assistanat » pour beaucoup. Si on empêchait les « nationaux » de refuser un travail dans les différents corps d’activité cités et qu on les formait plus dans les métiers manuels, ce problème existerait moins….les étrangers sont souvent plus qualifiés dans les travaux manuels que les nationaux et surtout comme ils n’ont pas accès aux autres domaines d’activités que vous soulignez dans vos explications, ils acceptent tout ce qui leur est proposé pour pouvoir avoir assez d’heures au trimestre afin de pouvoir bénéficier du système de santé et autres allocations. Ce qui est humainement parlant tout à fait logique.
        Que pensez vous de l’idée de remettre au goût du jour les métiers manuels et la formation professionnelle pour les « nationaux »??? qui du coup accepteraient plus aisément des postes dans les domaines que vous citez ? Ce qui par déduction viendrait faire chuter le remplissage de ces postes par la MO étrangère?

      • Bonjour et merci pour votre commentaire. Je suis entièrement d’accord avec vous sur la nécessité de revaloriser les métiers manuels et les formations professionnelles: reste à savoir comment. Tout le monde est d’accord pour « revaloriser » les bacs pro et les métiers manuels, mais personne ne sait concrètement comment faire. Par ailleurs, n’oublions pas qu’il existe une infinité de métiers manuels différents: certains sont très qualifiés, et d’autres sont peu (voire pas du tout) qualifiés. Or, la main d’oeuvre étrangère occupe surtout des emplois peu qualifiés, peu valorisés socialement et pénibles physiquement. Vous ne pouvez pas obliger des chômeurs français à accepter des emplois pénibles et sous-qualifiés uniquement pour faire baisser les chiffres du chômage: il faut que les emplois proposés soient en adéquation avec le niveau de qualification des demandeurs. Le chômage des « nationaux » n’est pas dû à notre système social qui serait « trop généreux » et qui favoriserait « l’assistanat ». Aux Etats-Unis, la protection sociale est beaucoup plus faible qu’en France, l’assurance-chômage et les minimas sociaux sont beaucoup moins généreux, et pourtant, vous observez le même phénomène qu’en France: la main d’oeuvre immigrée latino et asiatique y occupe des emplois pénibles et peu qualifiés que les Américains ont tendance à délaisser. Et ce n’est pas à cause de « l’assistanat ».

      • Merci pour votre réponse. Pouvez-vous me donner des exemples d’offres d’emplois en France ou de métiers qui demandent une main d’oeuvre peu qualifiée voire pas du tout avec une pénibilité extrême ou très forte?
        Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’on ne peut pas obliger une personne à accepter un emploi qui n’est pas en adéquation avec ses qualifications , mais ce « caprice » des pays dits développés devraient cesser en temps de crise. En effet, l’être humain a tendance a oublié qu’au départ travailler c’est pour se nourrir, se chauffer, s’habiller…vous allez sans doute me trouver basique mais c’est quand même du pur produit de consommation du « travail » que de dire : « je veux faire un métier que j’aime ». Bien évidemment, il est préférable de faire un métier qu’on aime et pour lequel on s’est formé mais si le monde du travail ne le propose pas, il faut se rendre à l’évidence et accepter un travail même s’il est sous qualifié, ne serait ce que pour faire face à ses besoins, et en profiter pour se remettre en question sur ses choix d’orientation . Je trouve la comparaison avec les Etats Unis sans doute judicieuse, mais n’oublions pas qu’en France que l’on soit aujourd’hui dans un métier sous qualifié ou dans un métier juste qualifié ou même parfois très qualifié , les salariés sont tous égaux sur un point, c’est que le montant du smic est le même pour tout le monde, 9.76 brut/heure. En Allemagne, le montant du salaire horaire était défini jusqu’à encore peu de temps en fonction de l’offre et de la demande du secteur d’activité et par exemple un peintre pouvait se voir offrir 1 à 2 euros de l’heure. Et pourtant leur taux de chômage est inférieur au nôtre et ce serait une erreur de faire croire que ce sont les étrangers uniquement qui remplissent les offres très peu rémunérées. Il s’agit aussi beaucoup de mentalité et de l’éducation d’un pays dans sa vision du travail et du rapport études/travail…Et c’est une erreur de faire croire à vos lecteurs que la préférence nationale est abjecte et l’associer à une notion de « racisme », ou que c’est mettre les étrangers au ban de la société. Dans toute société ou pays, le travail est d’abord accompli par les nationaux et s’il manque de main d’oeuvre, on fait appel à la MO étrangère. Ce n’est plus le cas actuellement. Et ce que vous ne dîtes pas c’est que cette MO étrangère est aussi exploitée par des patrons peu délicats qui ne paient pas les heures supplémentaires, et qui utilisent l’exploitation de la misère par le travail. Ils savent que ces étrangers n’iront pas les embêter au prud’homme etc…chose qui n’est pas acquise avec les nationaux. La préférence nationale n’est pas mettre au ban de la société les étrangers, car un étranger qui a la nationalité française entre dans la préférence nationale. La préférence nationale c’est l’obligation par exemple de proposer un emploi dans le BTP a un français avant un Polonais ou un Ukrainien , et sur ce point, je ne vois pas ce qu’il y a de choquant. J’ai moi même des amis de tous horizons dont des « étrangers » qui ont acquis la nationalité française et qui sont pour la préférence nationale.

      • Quelques précisions par rapport à votre dernier commentaire:

        – Un étranger, par définition, n’a pas la nationalité française: dès lors qu’un étranger est naturalisé, il n’est plus étranger (ne confondons « étranger » et « immigré »: un immigré peut effectivement avoir la nationalité française). La « préférence nationale » consiste, comme je l’ai dit, à mettre les étrangers (c’est-à-dire les non-nationaux) au ban de la société: si cette politique était appliquée, l’accès à l’emploi, au logement et à l’école serait rendu beaucoup plus complexe pour les étrangers, et leur intégration n’en serait que plus difficile. La conséquence prévisible d’une telle politique serait un creusement du fossé entre « nationaux » et étrangers et, à terme, une société encore plus fracturée, plus inégalitaire et plus exposée aux risques de conflits communautaires.

        – Vous ne pouvez pas mettre sur le même plan un travailleur polonais et un travailleur ukrainien, car la Pologne est membre de l’Union européenne: conformément au droit européen, toute personne ayant la nationalité d’un Etat-membre a le droit de résider, de faire des études et de travailler librement dans tout autre Etat membre de l’UE (ce droit fait partie de ceux qui sont reconnus à tous les citoyens de l’UE). Tous les étrangers issus de l’UE ont le droit d’accéder au marché du travail français dans les mêmes conditions que les citoyens français; de même, un Français qui souhaite aller travailler en Espagne, par exemple, a le droit de le faire dans les mêmes conditions qu’un Espagnol. La France n’a donc pas le droit de discriminer les étrangers communautaires: si elle le faisait, elle violerait les traités européens et s’exposerait à des sanctions. La « préférence nationale » ne pourrait donc s’appliquer qu’aux étrangers non-communautaires, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas ressortissants de l’UE.

        – Vous demandez des exemples de métiers pénibles, peu qualifiés et peu valorisés socialement: les emplois du secteur du nettoyage, le ramassage des déchets, le travail à la chaîne, le transport routier, etc. Dans ces secteurs, les travailleurs étrangers sont sur-représentés.

        – Selon vous, accepter un emploi qui n’est pas en adéquation avec ses qualifications est un « caprice » de pays développés. Je ne suis pas d’accord: cela n’a rien d’un « caprice ». Au contraire. Dans une économie développée, nous devrions justement pouvoir offrir des emplois qualifiés à une main d’oeuvre qualifiée. Peu à peu, avec le progrès technologique, les emplois les moins qualifiés sont amenés à disparaître: les emplois dont nous aurons besoin demain seront des emplois hautement qualifiés, et certains de ces emplois n’existent même pas encore aujourd’hui. Notre économie évolue si vite que nul ne peut savoir à quoi ressemblera le marché du travail dans 20 ans. Les économies les plus compétitives seront justement celles qui auront la plus grande capacité d’innovation. Or, la ressource la plus essentielle dont on a besoin dans une économie de la connaissance, c’est la matière grise. C’est la raison pour laquelle la « préférence nationale » de Mme Le Pen me semble être une solution en total décalage avec les réalités économiques et les défis que nous aurons à relever dans les décennies à venir.

      • Oui, je suis d’accord avec vos raisonnements mais aucun raisonnement n’est tout à fait juste jusqu’au bout car vous savez très bien qu’il y aura toujours des inégalités sociales suivant le milieu dans lequel on naît et que de surcroît nous ne sommes pas tous égaux devant la scolarité et la possibilité de faire des études…votre raisonnement zappe toute une partie de population qui elle, n’a pas les moyens d’étudier ou tout simplement les capacités et qui n’ accédera que très difficilement aux postes à « matière grise ». Je comprends très bien les règles de l’UE mais je n’ai pas encore beaucoup vu ou entendu des ouvriers français licenciés dire : « c’est pas grave , je vais aller travailler en Pologne, ou en Espagne ou au Portugal et j’y emmène toute ma famille!!! ». l’UE est « pratique » pour celui qui décide d’aller dans un autre pays de l’UE, mais ne sert pas aux « victimes » dont les principes de l’UE permettent une délocalisation massive, en laissant sur place des familles entières qui n’ont pas décidé de se déraciner et qui n’en ont pas envie, de souche française comme de souche étrangère. Vos explications défendent la compétitivité dans sa globalité d’une économie, et du coup tire un trait sur l’humain. Les pays européens aujourd’hui me semblent être gouvernés comme des immenses entreprises où l’humain doit être en perpétuel adaptation au profit du seul vrai président que je nomme « ARGENT ».
        Quant aux étrangers qui réalisent les métiers pénibles que vous énumérez pour la FRANCE, cela doit essentiellement se passer sur Paris et dans les très grandes villes dans lesquelles les étrangers se concentrent naturellement, car dans ma région très peu de ces postes sont occupés par des étrangers. Le problème pour beaucoup , c’est que la France se résume à Paris et son agglomération. Et là, je dois dire que c’est en effet flagrant!!!
        J’ai conscience que je n’ai pas votre intellect et votre vision globaliste : je ne tenais pas à comparer un travailleur polonais à un travailleur ukrainien, je voulais dire que la préférence nationale c’est sans doute aujourd’hui aussi la préférence nationale à la préférence européenne. Qu’on propose sur notre territoire un poste en priorité à un européen de nationalité française avant de proposer ce même poste toujours sur notre territoire à un européen de nationalité polonaise, par exemple… et c’est là que le sujet est extrêmement complexe car l’Europe aujourd’hui est essentiellement aux yeux de beaucoup un lieu de profit et d’échanges commerciaux au détriment des populations et du coup, c’est elle même par ses mécanismes qui fait monter naturellement la préférence nationale. Personnellement, mais peut-être suis je naive, je pense que la préférence nationale permettra de réguler les futures intentions d’ entrées sur le territoire français mais qu’en aucun cas du jour au lendemain les étrangers déjà présents seront relégués au ban de la société. Et l’avantage dans notre système est que si  » la préférence nationale » était élue le 7 mai, la personne en question ne pourra pas faire ce qu’elle veut et que notre justice indépendante et tous les textes défendant les « droits de l’homme » etc seront appliqués pour bloquer des agissements anti-humain. Je pense qu’aujourd’hui , il n’y a pas besoin de montrer du doigt la préférence nationale en disant qu’elle va fracturer le pays et que les uns et les autres se vont se regarder en chien de faience, c’est déjà fait par les politiques menées au cours de ces 15 dernières années…la population n’est pas en colère contre les étrangers , elle est en colère contre les politiques, incapables de faire face à leurs responsabilités à défendre tout simplement leur pays et son peuple et pour l’appauvrissement économique permanent des familles qui travaillent toute l’année pour un salaire de misère et pour finalement se retrouver dans une Europe qui ne fonctionne pas si bien. C’est quand même beaucoup de sacrifice demandés à la base pour pas grand chose au bout…

      • Certes, tout le monde n’a pas les mêmes capacités: tous les Français ne pourront pas décrocher un diplôme d’ingénieur, mais vous ne pouvez pas nier que la main d’oeuvre française est aujourd’hui beaucoup plus qualifiée qu’elle ne l’était il y a 50 ans. Et je pense vraiment que les tâches les moins qualifiées vont peu à peu disparaître dans les économies développées. Pas du jour au lendemain, bien sûr, mais il s’agit d’un processus inéluctable lié au progrès technologique et à l’accroissement de la productivité. Pour prendre en considération l’humain, il faut mettre le paquet sur la formation, car seule la formation permet de ne pas laisser sur le carreau les travailleurs les plus précaires et les ouvriers dont l’usine ferme.

        Pour revenir sur la question des travailleurs étrangers, sachez que je suis petit-fils d’immigrés polonais. Mes grands-parents sont arrivés dans le nord de la France dans les années 20, sans qualifications: mon grand-père a travaillé toute sa vie en usine, il a travaillé comme un forcené et suivait les cours du soir pour pouvoir obtenir des postes plus qualifiés. Quant à ma grand-mère, elle s’est usé les yeux et les mains dans des ateliers de couture. Mes grands-parents ont tout fait pour que leurs enfants aient une vie meilleure, et ils y sont parvenus: ma mère est devenue cadre sup, son frère professeur et son autre frère cadre chez EDF. C’est cela la promotion sociale. Ce n’est pas parce que l’ascenseur social est aujourd’hui « en panne » qu’il faut renoncer à le réparer. Plusieurs secteurs clés seront d’immenses viviers d’emplois dans les décennies à venir: les énergies vertes, le numérique, la domotique, etc. Hélas, notre réglementation, notre fiscalité et notre système de formation sont encore inadaptés: nous avons 30 ans de retard. Nous pensons pouvoir relever les défis du XXIe siècle avec des règles et des schémas de pensée du XXe siècle.

      • J’ai énormément d’admiration pour votre famille et sa persévérance dans sa réussite, sa valeur travail et sa volonté à faire progresser les siens .
        Mais je ne pense pas qu’ils ont bénéficié d’une promotion sociale, qu’ ils ont bénéficié d’une réussite qui leur est propre par leur propre travail
        et qui a été possible dans une période favorable et d’après guerre 14-18 et au début de l’industrialisation…vous prenez la même volonté aujourd’hui de votre famille avec une arrivée dans le Nord de la FRANCE en 2017 et vous vous rendrez vite compte que cette réussite n’est plus possible dans le contexte actuel et que l’intérêt de la même famille en 2017 est de rester dans son pays POLOGNE où toutes les entreprises y sont délocalisées puisque les coûts du travail y sont beaucoup plus attractifs et que donc cette même famille aurait du travail d’offert avec la possibilité de progresser dans son propre pays et au sein de ces grosses entreprises. Autre solution: que le chef de famille vienne travailler en FRANCE et envoie son salaire à sa famille restée en POLOGNE, cette famille vivrait plus aisément. ça , c’est l’effet EUROPE dont votre famille a eu la chance de pas être victime dans les années 20 et dont les familles actuelles françaises sont victimes en 2017. Votre famille a par contre été victime d’être obligée d’émigrer parce que sa propre les politiques de sa propre patrie n’a pas été à la hauteur et c’est ce que nous vivons aujourd’hui, nous les français de quelque souche que se soit.. il ne faut pas aujourd’hui se tromper de débat . Nous ne sommes pas dans un débat politique des Français contre les étrangers, des étrangers à venir sur notre sol, il y en a toujours eu et il y en aura toujours…nous sommes avant tout tous des terriens..c’est le débat d’un peuple qui ne veut pas mourir ou être distillé dans une Europe de profit, qui ne redistribue pas ces mêmes profits aux travailleurs français et qui n’investit pas plus dans le système de formation. Si les politiques qui défendent l’Europe mettaient en place un salaire minimum commun à tous les pays européens, le débat de ce soir n’aurait pas lieu. Car l’Europe n’est pas que la monnaie commune qui est un total leurre, c’est aussi une justice commune, un système de santé commun, une armée commune, des prix et des salaires communs partout, c’est faire dans l’idéal une patrie Europe, et pas une Europe peuplée de patries qui sont restées égales à elles mêmes avec leur progression sociale personnelle, et juste sans les frontières économiques. Toutes les autres frontières sont restées et n’ont pas bougé d’un millimètre depuis presque 20 ans. Qui connait aujourd’hui le nom de notre président européen aussi bien que ceux de Macron ou de Le Pen ou de Merkel ou May? qu’ IFOP lance un sondage!!! Nous sommes tous restés profondément identitaires dans une Europe essentiellement économique et qu’on se l’avoue les seuls étrangers qui font peur à tous les pays européens sont les étrangers de culture musulmanes et pas les autres…Il suffit de regarder le dernier reportage d’envoyé spécial pour se rendre compte qu’aucun français n’en veut aux polonais d’avoir récupérer Whirlpool mais en veut au système des décisions politiques et à l’Europe d’avoir permis cette récupération en laissant sans vergogne des familles européennes sur le carreau au profit d’autres familles européennes!!! elle est où l’unité européenne humaine???? Qui monte qui contre qui? l’Europe elle même…qui sert avouez le aussi au CAC40 et 80…toutes les idées se défendent….bien à vous..

      • Bonsoir,
        Je relève deux choses particulièrement importantes dans ce que vous avez écrit:
        1/L’Europe n’investit pas assez dans la formation
        2/Il faudrait un salaire minimum européen.
        Sur ces points je suis tout à fait d’accord avec vous. L’Europe a déjà fait beaucoup pour la formation (programmes Erasmus et Socrates, subventions versées pour soutenir de nombreux projets éducatifs), mais ce n’est pas assez. L’Europe doit investir davantage dans la formation, mais aussi dans la recherche et dans les grandes infrastructures de demain. L’UE doit devenir un acteur majeur du développement économique, et la Banque Centrale Européenne doit avoir, dans ses missions, le soutien à la croissance économique (comme la plupart des banques centrales), ce qui n’est pas le cas actuellement.
        Et il faut effectivement un « SMIC européen ». Ce salaire minimum ne peut évidemment pas être le même dans toute l’UE, car les écarts de salaire sont beaucoup trop importants d’un pays à l’autre. Mais il faut un salaire minimum de référence exprimé en fonction du PIB/habitant de chaque pays, ou en fonction du salaire médian de chaque pays, afin de garantir à tous les travailleurs européens des revenus décents. En outre, il ne faut pas oublier que l’un des objectifs de l’UE est la cohésion territoriale, c’est-à-dire faire converger les derniers pays entrées dans l’UE vers le niveau de développement des anciens pays membres, et cela passe par des aides massives versées aux pays d’Europe de l’Est pour les aider à se développer et à moderniser leur économie. A terme, les Polonais auront un niveau de vie comparable aux Français ou aux Allemands. N’oublions pas que l’Espagne et le Portugal étaient eux aussi dans une grande pauvreté avant d’entrer dans la communauté européenne dans les années 80: regardez tout le chemin parcouru!
        Pour ma part, je pense que l’entrée des pays de l’Est dans l’UE a été décidée de façon trop précoce et trop brutale, sans que l’on anticipe vraiment les conséquences économiques et sociales que cela aurait pour les pays d’Europe de l’Ouest. Sur ce point, je vous conseille la lecture d’un précédent article du Centriloque intitulé « Pas d’Europe sans marché européen »:
        https://centriloque.wordpress.com/2015/10/14/pas-deurope-sans-marche-europeen/
        Bien à vous.

  2. Donc finalement la construction de l’Europe passe par la spoliation de pays comme la FRANCE et les français doivent l’accepter en attendant que les pays de l’EST par exemple atteignent notre niveau de vie..ou peut-être est-il plus facile de nous mener nous, au niveau de vie de ces pays pour un SMIC européen bas …Pour l’Espagne, ils étaient quand même sous une dictature jusqu’en 1973…et le Portugal était très enclavé..avant d’arriver au stade idyllique que vous me décrivez, il va s’écouler quelques décennies..je ne sais pas si nous sommes prêts à manger le sable durant tout ce temps…l’avenir nous le dire…en attendant, je suis devant le débat LE PEN/MACRON, et la dame de la préférence nationale n’est vraiment pas bonne ….

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