Primaire de la gauche: les trois leçons du scrutin

Benoît Hamon vient de remporter haut la main la primaire de la gauche avec près de 60% des suffrages. Trois leçons peuvent être tirées de ce scrutin.

Première leçon de cette primaire : la sanction. Les électeurs de gauche ont désavoué la politique de Manuel Valls et de François Hollande. Le vote du 29 janvier a été un vote sanction contre le président sortant et son ex-Premier Ministre. Valls a été plombé par son bilan, car la loi El-Khomri et le 49-3 ont pesé lourd dans la balance. Le résultat de la primaire confirme donc la fameuse « malédiction de Matignon » : sous la Vème République, à l’exception notable de Georges Pompidou en 1969, aucun Premier Ministre sortant n’a jamais remporté une élection présidentielle. Que l’on songe, par exemple, à Jacques Chirac en 1988, à Edouard Balladur en 1995 ou à Lionel Jospin en 2002. Valls a cru que son expérience à Matignon pouvait être un atout, mais il a oublié que l’usure du pouvoir conduisait à l’éviction des sortants, et non à leur consécration.

Deuxième leçon de cette primaire : la clarification. La primaire a opposé deux gauches : une gauche de gouvernement, réformiste et réaliste, et une gauche de rupture qui rejette le tournant social-libéral du quinquennat de François Hollande. Entre la ligne réaliste proposée par Valls et la ligne de rupture proposée par Hamon, les électeurs ont tranché. Benoît Hamon a remporté cette primaire sur la base d’un programme social très généreux, que certains jugent « utopique ». En fait, quand on examine un tant soit peu le programme de Benoît Hamon, on s’aperçoit qu’il n’est pas si « utopique » que cela : le revenu universel d’existence, mesure phare du candidat, est déjà expérimenté aux Pays-Bas et en Finlande ; en outre, le candidat socialiste entend mettre en application cette mesure avec pragmatisme, de façon progressive. Le programme de Benoît Hamon n’est pas « utopique » mais il est économiquement suicidaire et financièrement intenable. Le candidat socialiste a multiplié les promesses extrêmement coûteuses (revenu universel, création de 40.000 postes supplémentaires d’enseignants, remboursement de certaines activités sportives par la Sécurité Sociale, programme de 5 milliards d’euros d’investissement dans l’agro-écologie, etc.) ; or, le financement de toutes ces mesures demeure très flou, et Benoît Hamon n’envisage aucune réforme structurelle visant à réduire les dépenses de fonctionnement de l’Etat pour dégager de nouvelles marges de manœuvre budgétaires. Au contraire, le candidat plaide pour un « moratoire sur le pacte de stabilité », ce qui revient à laisser filer la dette… un choix peu responsable quand on sait que 2.200 milliards d’euros de dette publique pèsent déjà sur les épaules des nouvelles générations et que l’amortissement de la dette représente actuellement 10% du budget annuel de l’Etat.

Troisième leçon du scrutin : la recomposition. Finalement, il se pourrait bien que le grand gagnant de cette primaire soit Emmanuel Macron, car il incarne une « troisième voie » entre la gauche décomplexée de Benoît Hamon et la droite décomplexée de François Fillon. Les nombreux cafouillages survenus pendant le dépouillement du premier tour et la défaite cuisante de Manuel Valls au second tour ont en quelque sorte validé a posteriori le choix qu’a fait Macron de ne pas participer à cette primaire. Maintenant que Valls est hors-jeu, Macron est le seul candidat qui incarne la gauche réformiste. Certains élus socialistes avaient déjà rallié Macron en 2016, à l’instar du maire de Lyon Gérard Collomb ; après la victoire de Benoît Hamon, d’autres élus socialistes ont annoncé publiquement leur intention de soutenir Macron à la présidentielle, comme le député Alain Calmette, et certains radicaux de gauche pourraient en faire autant. Si Bayrou renonce à présenter sa candidature à la présidentielle, Macron pourrait bien être le seul candidat crédible au centre de l’échiquier politique. La victoire de Benoît Hamon marque donc une étape de plus dans la recomposition du paysage politique hexagonal et dans l’émergence d’un « axe central » dont Macron est désormais l’un des représentants les plus populaires.

B. Hamon (source: europe1.fr).

B. Hamon (source: europe1.fr).

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