Primaire de la gauche: quels candidats centro-compatibles?

A priori, la primaire de la gauche intéresse peu les électeurs centristes. Le plus « centro-compatible » des présidentiables de gauche, c’est Macron. Or, ce dernier a refusé de participer à la primaire du PS (et il a sans doute fait le bon choix s’il veut dépasser le clivage droite-gauche et s’émanciper des logiques partisanes traditionnelles). Cela étant dit, la primaire du PS est une primaire « ouverte » et il n’est pas exclu que des sympathisants centristes prennent part à ce scrutin.

A l’aune de quels critères peut-on juger de la « centro-compatibilité » des candidats de gauche ? Deux critères semblent pertinents : la position des sept candidats sur la loi Travail et leur degré d’adhésion au projet européen. Le soutien à la loi Travail est un marqueur intéressant car ce texte a exacerbé les oppositions entre une gauche traditionnellement hostile à tout assouplissement du Code du Travail et une gauche plus réformiste qui croit au dialogue social et admet la nécessité d’assouplir le droit de travail pour permettre aux entreprises de s’adapter plus facilement à leur environnement économique. Manuel Valls, qui a porté la loi Travail en tant que Premier Ministre, appartient à cette gauche réformiste. François de Rugy et Sylvia Pinel ont eux aussi apporté leur soutien à cette réforme. Arnaud Montebourg et Benoît Hamon veulent abroger la loi Travail. Les positions de Jean-Luc Bennahmias et de Vincent Peillon sont plus ambiguës. Peillon ne veut pas abroger cette loi mais souhaite en modifier certaines dispositions. Jean-Luc Bennahmias a soutenu la loi Travail du bout des lèvres tout en critiquant certains aspects du texte, notamment sur les licenciements économiques.

Sur l’Europe, la différenciation des candidats semble moins évidente car chacun d’eux se dit favorable à la construction européenne. Mais seuls trois candidats défendent ouvertement l’idée d’une Europe fédérale : il s’agit de François de Rugy, de Sylvia Pinel et de Jean-Luc Bennahmias. Et il faut bien admettre que, par les temps qui courent, afficher des convictions fédéralistes dans une campagne électorale est assez courageux, voire téméraire. Arnaud Montebourg réclame quant à lui la création d’une « alliance militaire européenne » indépendante de l’OTAN. Vincent Peillon plaide pour un « New Deal européen », une idée qui va elle aussi dans le sens d’un renforcement de l’Europe et qui suppose la mise en place d’un véritable budget fédéral européen. 

En définitive, les trois candidats de gauche les plus « centro-compatibles » sont François de Rugy, Sylvia Pinel et Jean-Luc Bennahmias. Sylvia Pinel appartient au Parti Radical de Gauche, un parti de centre-gauche attaché au pluralisme, à la décentralisation et au fédéralisme européen ; comme le Parti Radical Valoisien (son alter-égo de centre-droit), le PRG défend un libéralisme économique tempéré et cherche à concilier solidarité et compétitivité. François de Rugy a quitté le parti Europe Ecologie Les Verts en 2015 pour créer son propre mouvement baptisé simplement « Parti Ecologiste ». Jean-Luc Bennahmias est lui aussi un transfuge d’Europe Ecologie les Verts : après avoir fait un petit bout de chemin avec Bayrou, il a claqué la porte du MoDem en 2014 pour fonder le « Front Démocrate », un micro-parti écologiste de centre-gauche allié au PS. Le « Parti Ecologiste » de François de Rugy et le « Front Démocrate » de Jean-Luc Bennahmias sont assez proches idéologiquement : ils contestent tous deux la dérive gauchiste des Verts et cherchent à promouvoir une écologie réformiste et pragmatique. Les deux partis se sont d’ailleurs alliés dans le cadre de l’UDE (Union des Démocrates Ecologistes), une petite confédération de mouvements écologistes de centre-gauche.

Mais Sylvia Pinel, François de Rugy et Jean-Luc Bennahmias sont des outsiders peu connus du public : leurs chances de victoire à la primaire sont quasi nulles. Il reste alors Manuel Valls, qui incarne l’aile droite du PS et pourrait séduire une partie de l’électorat centriste. L’ex-Premier Ministre se définit lui-même comme un social-démocrate « rocardien ». Il a même évoqué, lorsqu’il était à Matignon, la possibilité d’une ouverture au centre et d’un rapprochement avec Bayrou. Mais ladite ouverture n’est restée qu’une vue de l’esprit. Contrairement à son père spirituel Michel Rocard, Manuel Valls n’a pas fait entrer de centristes au gouvernement. Il a même fait tout le contraire : en février 2016, il a réintégré Jean-Marc Ayrault et les Verts au gouvernement pour tenter de replâtrer une majorité qu’il avait lui-même contribué à démolir…

Deuxième débat de la primaire de la gauche.

Deuxième débat de la primaire de la gauche.

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