Dimanche 27 novembre, le choix le plus centriste sera Juppé

4 millions de Français ont participé au premier tour de la primaire de la droite. Comme l’avait prophétisé Bayrou, les Français ont dit non à Nicolas Sarkozy pour la deuxième fois. François Fillon, que beaucoup regardaient comme le « troisième homme » de la primaire, a créé la surprise en remportant haut la main ce premier tour avec 44% des suffrages. Alain Juppé, favori dans les sondages, se qualifie pour le second tour mais accuse un retard considérable sur François Fillon. Les candidats qui incarnaient le renouveau ont réalisé de très faibles scores : NKM n’obtient que 2,6% des suffrages et Bruno Le Maire 2,4%. C’est donc le « vote utile » qui s’est imposé.

L’extraordinaire percée de François Fillon s’explique en partie par sa bonne prestation lors du troisième débat télévisé de la primaire. Mais le candidat doit aussi une fière chandelle à Nicolas Sarkozy : en effet, l’antisarkozysme a beaucoup plus profité à Fillon qu’à Juppé. Le noyau dur des électeurs de droite a massivement voté pour Fillon car ce dernier apparaissait comme le meilleur candidat pour incarner les valeurs de la droite républicaine « authentique ». Son sérieux, sa sobriété, son expérience et son côté « notable de province » ont largement séduit ce peuple de droite qui ne veut ni d’un Sarkozy hystérique ni d’un Juppé trop « centriste ».

Le deuxième tour de la primaire n’oppose pas seulement deux hommes : il oppose deux projets de société. Sur le fond, le programme de Fillon et celui de Juppé ne sont pas radicalement différents : les deux concurrents partagent la même doxa libérale et sécuritaire. Mais les différences existent et elles ne sont pas négligeables. Le programme de Fillon est économiquement très libéral et socialement très conservateur. Le candidat préconise une véritable thérapie de choc pour atteindre le plein emploi. Il souhaite réduire de 50 milliards d’euros les charges patronales, faciliter les licenciements, durcir les sanctions à l’égard des chômeurs qui ne cherchent pas d’emploi, libéraliser le travail dominical, abroger les 35 heures et laisser chaque entreprise fixer le temps de travail des salariés par des accords négociés en interne, dans la limite des 48 heures hebdomadaires imposées par l’Union européenne. Fillon propose également un plan drastique de réduction des dépenses publiques dont l’objectif est de réaliser 100 milliards d’euros d’économies en 5 ans. Pour cela, il veut rétablir la semaine de 39 heures pour les fonctionnaires et mener une véritable purge dans la fonction publique, avec la remise en cause de l’emploi à vie et la suppression d’un demi-million de postes…

Le programme d’Alain Juppé est plus modéré, donc plus proche des idées centristes : depuis le début de sa campagne, Juppé a fait le choix de l’ouverture vers le centre et cherche à se présenter comme un candidat de « rassemblement ». Le programme économique du maire de Bordeaux est plus réaliste et plus équilibré que celui de Fillon : Juppé souhaite lui aussi abroger les 35 heures mais veut conserver la référence à une durée légale du travail. Au lieu de proposer des baisses de charge massives et généralisées, il préconise une politique plus ciblée, notamment une baisse des charges sur le SMIC. Juppé plaide aussi pour un « CDI sécurisé » dans lequel les motifs de licenciement seraient prédéfinis. Mais le vrai point fort du programme de Juppé, c’est la politique éducative : le candidat considère en effet l’éducation comme une priorité absolue et souhaite concentrer les efforts sur l’école primaire. Il veut sanctuariser le budget de l’Education, alléger les effectifs dans les classes maternelles, augmenter le traitement des professeurs des écoles, renforcer l’enseignement du fait religieux et donner plus d’autonomie aux établissements.

Le programme d’Alain Juppé est plus pragmatique et plus intelligent que celui de François Fillon car il met l’accent sur l’éducation et s’inspire de la science économique actuelle : ainsi, les travaux de recherche les plus récents ont montré que les baisses de charge créaient de l’emploi quand elles ciblaient les bas salaires, mais qu’elles étaient peu efficaces quand elles devenaient systématiques et généralisées. De même, les travaux de recherche les plus récents ont démontré que la concentration des moyens sur l’école primaire permettait de lutter plus efficacement contre les inégalités. Le programme de Fillon en matière d’éducation est indigent et son programme économique ne fait que reprendre les recettes néolibérales expérimentées par bon nombre de gouvernements conservateurs depuis les années 80, souvent au prix d’une véritable casse sociale et d’un creusement des inégalités. Le 27 novembre, Juppé sera donc la seule option raisonnable pour les électeurs centristes qui feront le déplacement.

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2 réactions sur “Dimanche 27 novembre, le choix le plus centriste sera Juppé

  1. Le choix le plus centriste se situe-t-il au sein de ces primaires ?
    Les programmes des 2 candidats restants sont très orientés vers les méthodes du siècle dernier avec une faible orientation sur l’Europe et peu de projets développés sur l’économie écologique.
    Les idées de NKM, la plus centriste des 7 candidats à mon sens, ne seraient-elles pas plus proches des orientations (certe, encore trop globales) d’un Emanuel Macron ?

    • Tout à fait d’accord avec vous. Dans un précédent article consacré à la primaire, j’avais montré que le programme de NKM était, à bien des égards, le plus moderne et le plus « centro-compatible ». Hélas, il ne vous a pas échappé que seuls Fillon et Juppé s’étaient qualifiés pour le second tour: or, le programme de Juppé est plus modéré et plus proche des idées centristes que celui de Fillon. Evidemment, un candidat centriste serait mieux placé que n’importe quel candidat LR pour défendre les idées du centre en 2017, mais pour l’instant aucun centriste n’a déclaré sa candidature, et Macron reste à mes yeux inclassable. Sa volonté de dépasser le clivage droite/gauche et de « déverrouiller » l’économie est tout à fait louable mais son programme demeure très flou pour le moment et Macron ne s’est jamais réclamé du centre. M. Macron reste donc un OVNI politique difficile à cerner.

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