L’instrumentalisation politique de l’attentat du 14 juillet

L’union nationale est une trêve, et comme toutes les trêves, elle est symbolique, imparfaite et provisoire. Elle n’efface pas les divisions politiques ni les tensions sociales, mais permet de les transcender, le temps de faire face à une menace ou un traumatisme majeur. L’union nationale a existé dans le cœur des Français après les attentats de Paris ; hélas, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis novembre 2015. Les inquiétudes soulevées par le prolongement de l’état d’urgence, le conflit autour de la loi travail et l’utilisation répétée du 49-3 par Manuel Valls ont fait éclater l’union nationale et ont exacerbé les fractures de la société française. La présidentielle de 2017, qui est dans toutes les têtes, ne favorise guère les discours apaisants et rationnels.

Plus de 80 personnes ont trouvé la mort dans l’attentat de Nice le 14 juillet : parmi les victimes, il y avait des femmes et des enfants, des Français et des touristes étrangers, des gens de tous âges et toutes origines, qui s’étaient rassemblés pour assister au feu d’artifice de la Fête Nationale. Malheureusement, l’attentat de Nice n’a pas suscité la même ferveur fédératrice que les attentats de novembre. Dans la population française, la stupeur et l’effroi ont rapidement laissé place aux discours de haine. Les réactions de la classe politique n’ont clairement pas été à la hauteur, faisant la part belle aux récupérations électoralistes, aux vaines polémiques, aux sorties démagogiques sur l’islam et l’immigration, et aux attaques personnelles contre le président de la République et les membres du gouvernement.

Au fond, je crois que la droite et le centre n’auraient pas fait beaucoup mieux que la gauche s’ils avaient été au pouvoir dans de telles circonstances. Il est facile de dire, a posteriori, que le drame aurait pu être évité, que les autorités n’ont pas fait le nécessaire pour protéger les Français. Mais de telles polémiques ne servent à rien. Les vraies questions de fond doivent faire l’objet d’un travail collectif mené par l’ensemble des forces politiques républicaines de la gauche, de la droite et du centre : comment unifier les services de renseignement et faciliter le croisement des données ? Comment améliorer la sécurisation des lieux de rassemblement public ? Comment déceler les cas de radicalisation « expresse » ? Comment adapter l’utilisation des forces de l’ordre à une menace terroriste devenue permanente et à un état d’urgence qui s’est installé dans le long terme ? Ce n’est pas avec des petites phrases que l’on apportera de vraies réponses.

La France est en guerre contre le terrorisme, mais il ne s’agit pas d’une « guerre totale » car les forces vives de la nation ne sont pas totalement ni massivement engagées dans l’effort de guerre. La « guerre totale » exige le sacrifice de la nation : nous devons, au contraire, refuser tout sacrifice, toute compromission, tout renoncement. Nous devons résister, préserver nos valeurs et notre mode de vie, et surtout, ne pas céder à la psychose. Espérons que la guerre contre le terrorisme n’écrasera pas tous les autres sujets lors de la campagne présidentielle de 2017, comme ce fut le cas lors de la désastreuse campagne présidentielle de 2004 aux Etats-Unis, quand George W. Bush capitalisa sur le traumatisme du 11 Septembre et sur le sentiment de peur. Comme l’a déclaré le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde à l’Assemblée nationale, « si la guerre contre le terrorisme devient un moyen de gagner l’élection présidentielle, alors cette victoire se fera sur les ruines et sur une future défaite de notre pays, car nos ennemis n’ont qu’un seul objectif : allumer la guerre civile en France ».

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