Jo Cox, martyre de la cause européenne?

La députée travailliste britannique Jo Cox a été sauvagement agressée en pleine rue par un déséquilibré nommé Thomas Mair le 16 juin, à Birstall : elle a succombé à ses blessures peu de temps après dans un hôpital de Leeds. Même si le meurtrier souffre de troubles psychiatriques, on peut difficilement nier la dimension politique de ce crime effroyable survenu tout juste une semaine avant le référendum sur le Brexit. Jo Cox était pro-européenne et faisait activement campagne contre le Brexit ; elle militait aussi contre le racisme et la xénophobie et défendait la cause des demandeurs d’asile. Son assassin est lié à l’extrême droite : il était affilié au groupe néonazi américain Alliance Nationale ; la police a retrouvé à son domicile de nombreux ouvrages d’extrême droite et, selon plusieurs témoins, il aurait crié « Britain first ! » (le Royaume-Uni d’abord !) lors de l’agression. Quels que soient les antécédents psychiatriques du meurtrier, ce crime apparaît donc clairement comme un acte terroriste.

Il ne faut évidemment pas faire d’amalgames entre l’assassin de Jo Cox (qui a manifestement agi seul) et le camp pro-Brexit (qui a, dans son immense majorité, dénoncé l’horreur du crime perpétré le 16 juin). Mais la mort de Jo Cox est révélatrice du climat de violence et de haine qui imprègne la campagne référendaire sur le Brexit. L’Europe est un sujet qui déchaîne les passions au Royaume-Uni beaucoup plus qu’en France. Les partis les plus europhobes, comme le parti populiste Ukip, mènent une campagne de dénigrement systématique de l’Union européenne et de ses partisans. Depuis des années, les souverainistes répètent à la population britannique que l’Europe est la cause de tous leurs maux, que le Royaume-Uni a perdu sa souveraineté, et que les élites pro-européennes ont trahi le peuple. La haine de l’Europe se greffe aujourd’hui sur les problèmes économiques et sociaux, sur la peur des migrants et sur toutes les crispations identitaires britanniques : l’Union européenne cristallise ainsi toutes les peurs et tous les fantasmes de la population. Jo Cox était l’une des figures emblématiques du camp pro-européen au Royaume-Uni, elle défendait une vision plus ouverte et plus généreuse de la société britannique, et elle est morte pour ses idées. Victime de la haine et de la bêtise humaine, Jo Cox est une martyre de la cause européenne.

Le meurtre de Jo Cox a fait l’objet de récupérations politiques abjectes et a nourri diverses théories du complot absolument nauséabondes, y compris en France. Certains charognards de la « complosphère » y voient une machination politique visant à discréditer le camp des pro-Brexit. Sur le site d’extrême droite Boulevard Voltaire (fondé par le maire de Béziers Robert Ménard), un article publié le 18 juin cautionne ouvertement la thèse du complot anti-Brexit : « Si l’on veut influencer les électeurs, il faut se poser en victime pour susciter la compassion des indécis. Dans l’affaire Joanne Cox, l’hypothèse d’un complot ourdi par le camp du Brexit n’a donc aucun sens. En revanche, dans l’hypothèse inverse, le fait que Joanne Cox soit à la fois un député de la base et une mère de famille en fait la victime idéale. Les milieux financiers ne s’y sont, d’ailleurs, pas trompés. » Si l’on en croit l’idiot qui a publié cet article, les opposants au Brexit auraient donc orchestré l’assassinat de l’une des figures les plus populaires de la cause qu’ils défendent, dans le seul but d’apitoyer l’opinion publique ! On nage en plein délire paranoïaque. Le site de l’organisation EuroPalestine présente quant à lui l’assassinat de Jo Cox comme un complot sioniste ! Un article du 19 juin publié sur le site d’EuroPalestine rappelle que la députée travailliste soutenait la cause palestinienne ; l’article souligne aussi que l’organisation d’extrême droite Britain First est « islamophobe » et qu’elle soutient « la politique israélienne ». Le problème, c’est que l’organisation Britain First est abusivement présentée par l’auteur de l’article comme « le groupe de Thomas Mair » ; or, cette information est fausse puisqu’aucun lien n’a pu être établi entre Thomas Mair et ce mouvement politique : l’organisation à laquelle appartient Thomas Mair est Alliance Nationale, un mouvement néonazi, suprémaciste et antisémite qui n’a, a priori, aucune raison de soutenir l’Etat juif ! Cette surenchère de haine et de bêtise qui jaillit des poubelles du web chaque fois qu’une tragédie survient quelque part dans le monde est effrayante.

J. Cox.

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