L’Europe et l’ombre du « Brexit »

Comme tous les 9 mai, c’est dans une indifférence quasi générale que l’on célèbre la Journée de l’Europe. Instituée en 1985, cette journée commémore une célèbre déclaration que fit le Ministre des Affaires étrangères français Robert Schuman le 9 mai 1950, sur une idée de Jean Monnet. Dans cette déclaration, Robert Schuman proposait de mettre en commun les productions française et allemande de charbon et d’acier, en fusionnant les marchés nationaux et en plaçant la production des deux pays sous le contrôle d’une Haute Autorité commune à laquelle d’autres Etats d’Europe de l’Ouest pourraient adhérer. Pour Schuman, cette Europe du charbon et de l’acier devait permettre de consolider la réconciliation franco-allemande et d’assurer aux nations européennes la paix et la prospérité, au lendemain d’une guerre qui plongea les peuples d’Europe dans l’horreur et qui transforma le continent européen en un immense champ de ruines. La « Déclaration Schuman » déboucha en 1951 sur la création de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), première étape de la construction européenne.

En 2016, la Journée de l’Europe est placée sous le thème du vivre ensemble et de la diversité, en réponse aux terribles attentats de Paris et de Bruxelles. Mais cette journée a aussi une résonnance particulière à cause d’un contexte marqué par la crise des migrants, la montée des mouvements populistes et europhobes, et le référendum britannique sur le « Brexit ». Quel qu’en soit le résultat, ce référendum en dit long sur l’état de délitement de l’édifice européen. Une sortie du Royaume-Uni serait sans nul doute le pire des scénarios, à la fois pour les Britanniques et pour l’Union. Certes, les Britanniques n’ont jamais été des Européens exemplaires : depuis l’entrée du Royaume-Uni dans le marché commun en 1973, l’engagement britannique dans la construction européenne a toujours été des plus ambigus. Les Britanniques, on le sait, sont majoritairement opposés à l’idée d’une Europe politique et conçoivent avant tout l’Europe comme un vaste marché et comme un espace de coopération économique. Le Royaume-Uni a plusieurs fois renégocié sa contribution au budget communautaire, il a refusé la monnaie unique et l’accord de Schengen, il tire à boulets rouges sur la Convention Européenne des Droits de l’Homme et bénéficie de nombreuses dérogations aux règlementations communautaires. Sans oublier qu’en matière de défense et de politique étrangère, le Royaume-Uni a toujours privilégié l’alliance atlantique plutôt que l’édification d’une politique européenne de défense et de sécurité.

Malgré tout, le Royaume-Uni a pleinement sa place dans l’Union européenne : sans lui, l’Europe ne serait pas l’Europe. Comment faire l’Europe sans ce pays qui fut le berceau du parlementarisme et de la révolution industrielle ? Comment faire l’Europe sans ce pays qui, lors de la Première Guerre mondiale, fut notre allié le plus précieux et dont les soldats sont venus, par dizaines de milliers, mourir dans les tranchées de la Somme et de l’Artois ? Comment faire l’Europe sans ce pays qui, lors du second conflit mondial, fut aux avant-postes de la lutte contre la barbarie nazie ? Comment faire l’Europe sans la deuxième puissance économique européenne ? Le Royaume-Uni est indispensable à l’Union européenne. Son histoire fait partie intégrante de l’histoire européenne. Sa puissance économique, financière et militaire et son rayonnement culturel sont des atouts inestimables pour l’Union. Certains prétendent que le « Brexit » permettrait de relancer la construction européenne sur des bases nouvelles et d’avancer plus rapidement vers le fédéralisme. Je n’en crois pas un mot : en réalité, le « Brexit » serait une très mauvaise nouvelle pour l’Europe, car il encouragerait inévitablement d’autres sécessions et constituerait une victoire symbolique pour tous les partis dont la haine de l’Europe constitue le fonds de commerce. Le « Brexit » serait un pas de plus vers la dislocation de l’Europe et vers le triomphe du repli sur soi.

Le Royaume-Uni doit rester dans l’Union européenne. Mais il faut aussi que les dirigeants européens admettent l’impossibilité d’approfondir l’Europe à 28. Les Etats qui souhaitent aller plus loin dans le processus d’intégration politique doivent pouvoir le faire ensemble dans le cadre d’une union restreinte, sans le Royaume-Uni. Le scénario le plus réaliste est celui d’une Europe à trois vitesses, avec un « noyau dur » composé d’Etats favorables à une fédéralisation de l’Europe (il pourrait s’agir des Etats de la zone euro), un deuxième ensemble composé des 28 Etats membres de l’Union européenne, et un troisième ensemble plus large composé de l’Union et des Etats bénéficiant de relations privilégiées avec celle-ci (Suisse, Norvège, Islande, Turquie, Ukraine, etc.).
La-Fête-de-lEurope

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