L’Etat doit-il rembourser sa dette ?

On cite souvent l’économiste Keynes pour justifier l’endettement des Etats. Mais Keynes n’a jamais dit que les Etats devaient laisser leur dette s’accumuler sur le long terme : selon Keynes, les Etats doivent s’endetter en période de crise pour soutenir l’économie, et rembourser partiellement leur dette quand la croissance revient. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les Etats-Unis sous la présidence de Bill Clinton dans les années 90 : le gouvernement américain a profité d’une embellie économique pour alléger la dette publique. Or, la France n’a jamais été capable d’en faire autant. Depuis 1975, le budget de l’Etat français est en déficit. Pendant 40 ans la dette publique n’a cessé d’augmenter, y compris dans les périodes d’embellie économique : les gouvernements successifs ont laissé filer la dette au lieu de faire les choix courageux qui auraient permis de la maîtriser. Fin 2015, la dette de l’Etat français s’élevait à 1.600 milliards d’euros, et la dette publique totale (c’est-à-dire celle de l’Etat et des administrations publiques locales) s’élevait à 2.100 milliards d’euros, soit 96% du PIB. 

L’Etat français doit-il rembourser sa dette ? Oui, et il le fait déjà. Tous les ans, l’Etat doit emprunter de l’argent sur les marchés pour rembourser les précédents emprunts qui sont arrivés à échéance. Ainsi, de nouvelles dettes viennent chaque année remplacer d’anciennes dettes. La question qui se pose n’est donc pas celle du remboursement, mais celle de la réduction de la dette. Or, la réduction de la dette est nécessaire pour deux raisons. 

Tout d’abord, une dette excessive rogne considérablement les marges de manœuvre budgétaires de l’Etat. Le fait est que l’Etat doit impérativement payer les intérêts de sa dette pour avoir accès au crédit, car personne ne voudrait prêter de l’argent à un Etat qui ne rémunère pas ses créanciers. Si un jour l’Etat cessait de payer les intérêts de sa dette, il ne pourrait plus emprunter sur les marchés, sinon à des taux prohibitifs. Or, un Etat qui n’a plus accès au crédit ne peut plus fonctionner : il ne peut plus verser de pensions ni d’allocations, il ne peut plus payer ses fonctionnaires ni régler les factures de ses administrations. Fort heureusement, la France n’a aucun mal à emprunter de l’argent à des taux avantageux : les taux d’intérêt appliqués à l’Etat français sont d’ailleurs historiquement bas. Cela montre que, malgré son endettement, la France continue d’inspirer confiance aux marchés financiers. Le problème, c’est que la France est obligée de consacrer chaque année des sommes colossales au paiement des intérêts de sa dette : c’est ce que l’on appelle la « charge de la dette ». En 2016, la charge de la dette représente à elle seule 44 milliards d’euros, soit 10% du budget de l’Etat : il s’agit du deuxième poste de dépense de l’Etat derrière l’Education nationale ! Cette somme considérable absorbe la quasi-totalité des recettes de l’impôt sur le revenu. Or, tout cet argent pourrait être consacré à d’autres dépenses beaucoup plus utiles à la collectivité.

En outre, l’endettement remet en cause la souveraineté de la France. Un Etat surendetté se retrouve à la merci de ses créanciers, qu’il s’agisse de banques, de compagnies d’assurance ou de fonds souverains étrangers. Ce sont en effet les créanciers qui acceptent ou non une renégociation des taux d’intérêt, en fonction des mesures mises en application par les Etats. Par conséquent, des créanciers privés peuvent influer fortement sur les politiques publiques menées dans les pays très endettés. Contrairement à ce qu’affirment les populistes de gauche comme de droite, c’est en allégeant sa dette, et non en la laissant filer, que l’Etat pourra retrouver sa souveraineté. La France doit donc, dans un premier temps, stabiliser sa dette. Puis, dans un second temps, elle devra la réduire dès que la croissance le permettra. Réduire la dette publique est une question de responsabilité vis-à-vis des générations à venir : nous avons l’obligation morale de léguer aux générations futures une dette supportable, de même que nous avons l’obligation de leur laisser une planète habitable. Ce n’est pas pour « faire plaisir à Bruxelles » que nous devons stabiliser notre dette, c’est d’abord pour nous-mêmes, et pour l’avenir de notre pays.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s