Loi de lutte contre la prostitution: un texte hypocrite

La législation française en matière de prostitution a toujours été d’une grande hypocrisie : la prostitution n’est pas formellement interdite en France mais elle n’est pas juridiquement reconnue. Le 6 avril, les députés ont adopté en dernière lecture une proposition de loi socialiste qui pénalise les clients des prostituées tout en abrogeant le « délit de racolage » instauré par la loi Sarkozy de 2003. Ce texte ne lève aucunement les contradictions de notre législation : au contraire, il les aggrave.

Si l’on considère que la prostitution est inacceptable, il faut alors en tirer toutes les conclusions qui s’imposent : nous devons la prohiber, et pénaliser à la fois les clients et les prostituées. Mais si au contraire on estime que des adultes consentants sont libres d’avoir des relations sexuelles tarifées, alors il ne faut pénaliser ni les prostituées, ni les clients. Le texte qui vient d’être voté par l’Assemblée nationale est incohérent puisqu’il pénalise uniquement le client. Le législateur a décidé de façon unilatérale que toutes les prostituées étaient des victimes et que tous leurs clients étaient des salauds. Or, bon nombre de prostituées indépendantes refusent de se considérer comme des « victimes » : elles assument pleinement leur statut de « travailleuse du sexe » et revendiquent le droit d’exercer librement leur activité.

On peut également s’interroger sur l’efficacité d’une telle loi. Car en pénalisant les clients, ce texte risque bien d’encourager les prostituées à se cacher davantage et à « protéger » leur clientèle. Au bout du compte, c’est la loi du silence qui s’imposera. De plus, les policiers vont perdre du temps à verbaliser les clients des prostituées alors qu’ils sont déjà débordés par d’autres tâches plus urgentes. La loi du 6 avril est avant tout une loi idéologique, votée sous la pression de mouvements féministes qui conçoivent uniquement la prostitution comme un instrument d’oppression sexuelle des femmes (et qui oublient, au passage, qu’il y a aussi des hommes qui se prostituent).

Le proxénétisme est un odieux trafic humain : les proxénètes doivent être poursuivis et punis de la façon la plus ferme. Mais en pénalisant les clients des prostituées, n’est-on pas en train de se tromper de combat ? Comme l’explique l’avocat Jacques Delga dans une tribune du journal Le Monde, le moment est venu, sur le plan juridique, de reconnaître des droits à la prostituée, notamment celui de « réclamer son dû » devant les tribunaux. A défaut, comment se faire payer, si ce n’est par le recours aux hommes de mains ou aux proxénètes ? Or, le texte qui vient d’être adopté a choisi le chemin opposé : il ne reconnaît aucun droit aux prostituées et rend l’exercice de leur activité encore plus difficile et plus dangereux.

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Une réaction sur “Loi de lutte contre la prostitution: un texte hypocrite

  1. De la débilité et de l’inconséquence, de ces VPM : Vertueux-Puritains-Moralisateurs qui sont comparables à ceux qui veulent la charia comme loi. Tous les extrémistes sont dangereux parce qu’ils ne regardent jamais les conséquences des lois qu’ils promulguent.
    Le seul vrai combat à mener au regard de la prostitution est la chasse au trafic d’êtres humains. Il n’est pas normal que nous ayons dans nos rues, autant de femmes étrangères, d’Afrique, des pays de l’est Européen etc.. Celles qui sont victimes doivent être protégées ; mais celles qui font profession volontairement , ont le droit de gagner leur vie comme cela leur convient. Il est donc indécent et stupide de punir leurs clients.

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