L’avènement du tripartisme?

Aucune région ne sera dirigée par le parti de Marine Le Pen, et c’est une excellente nouvelle. Mais le FN est désormais un acteur incontournable du jeu politique. Déjà bien implanté dans les conseils municipaux et départementaux, il vient de réaliser une percée historique aux régionales. Il s’est en effet maintenu au second tour dans toutes les régions de France métropolitaine à l’exception de la Corse. Même s’il n’a remporté la victoire dans aucune d’elles, il a obtenu plus de 350 sièges dans les conseils régionaux. Les élections régionales de 2015 ont-elles confirmé l’avènement du « tripartisme » en France ?

On appelle « tripartisme » une situation dans laquelle trois partis dominent la vie politique d’un pays. A l’origine, le terme « tripartisme » a été employé en France pour désigner l’hégémonie de trois partis en 1946-47, au début de la Quatrième République : il s’agissait du Parti Communiste, de la SFIO et du MRP, des partis majoritairement composés de résistants. A l’époque, ces trois partis n’étaient pas des concurrents mais des alliés : ils formaient à l’Assemblée Nationale une large coalition qui vola en éclats dès 1947 avec le retrait des communistes. De nos jours, certains commentateurs parlent à nouveau de « tripartisme ». En effet, le paysage politique hexagonal semble désormais s’organiser autour de trois forces politiques principales : le PS, l’ex-UMP rebaptisée Les Républicains, et le Front National.

Contrairement au tripartisme de 1946-47, le « tripartisme » actuel ne correspond pas à une situation conjoncturelle dans laquelle trois partis codirigent le pays, mais à une recomposition durable du champ politique autour de trois pôles concurrents. D’ailleurs, il ne faudrait pas parler de « tripartisme » mais plutôt de « tripartition » ou « tripolarisation », car ce ne sont pas trois partis mais trois blocs qui s’affrontent : un bloc de centre-gauche composé du PS et de ses alliés radicaux de gauche, un bloc de centre-droit composé du parti Les Républicains et de ses alliés centristes de l’UDI et du MoDem, et un bloc d’extrême droite composé du FN et du « Rassemblement Bleu Marine », une organisation politique étroitement liée au FN mais distincte de ce dernier. La gauche radicale est marginalisée, et les petits partis indépendants obtiennent des scores totalement dérisoires qui ne leur permettent pas de jouer un quelconque rôle politique. Il faut cependant relativiser ce schéma tripartite, car l’échec du Front National au second tour des élections régionales montre que ce parti n’est pas encore considéré comme un parti « normal » et qu’il continue de susciter de la crainte.

La tripolarisation de la vie politique française n’est pas une bonne nouvelle pour les centristes car elle maintient le centre dans une certaine dépendance à l’égard de la droite républicaine. Les centristes, pris au piège de leur alliance avec Les Républicains, n’osent plus s’affirmer comme une force politique autonome de peur de favoriser la victoire du Front National. De plus, cette situation constitue un obstacle majeur à l’émergence du fameux « axe central » que Bayrou et de nombreux centristes appellent de leurs vœux, et qui rassemblerait au sein d’une même coalition les sociaux-démocrates du PS, les radicaux de gauche, les écologistes réformistes, les centristes et la droite modérée. Cet « axe central » serait pourtant le meilleur rempart contre l’extrême droite, et le premier pas vers un changement profond des pratiques politiques.

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