Faut-il supprimer le bac ?

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La question est un véritable serpent de mer qui ressurgit chaque année au mois de juin : faut-il en finir avec le baccalauréat ?

Il est vrai que le bac présente plusieurs inconvénients majeurs, à commencer par son coût : autour de 100 millions d’euros chaque année, une somme qui peut sembler disproportionnée pour un examen dont beaucoup ne voient plus vraiment l’utilité. De plus, l’organisation du bac entraîne des contraintes colossales pour les établissements : les épreuves du bac immobilisent énormément de salles, de matériel et de personnels, et neutralisent trois semaines de cours à la fin de l’année : durant cette période, les élèves de Seconde sont, le plus souvent, livrés à eux-mêmes. Les contraintes sont aussi d’ordre pédagogique : l’année de Terminale est une véritable course contre la montre, consacrée au bachotage et aux cours magistraux plutôt qu’à l’expérimentation de pratiques pédagogiques plus stimulantes pour les élèves et pour les enseignants. Enfin, on peut légitimement s’interroger sur l’utilité du baccalauréat : avec un taux de réussite dépassant les 80%, cet examen a-t-il encore une raison d’être sachant qu’il ne permet plus de sélectionner les élèves ?

Et pourtant, le bac est toujours utile. Tout d’abord, c’est un examen national : tous les élèves sont évalués dans les mêmes conditions par des professeurs qui ne les connaissent pas, ce qui garantit l’équité entre candidats. De plus, le bac a toujours une importance symbolique : il marque la fin de la scolarité dans le secondaire, l’aboutissement de tout un cycle d’enseignement, et ouvre les portes de l’enseignement supérieur. Il marque aussi une étape symbolique dans le passage à l’âge adulte, tout comme le dix-huitième anniversaire ou l’obtention du permis de conduire. Il est vrai que, dans la société contemporaine, les « rites de passage » n’ont plus la même importance qu’autrefois, mais ils restent des repères, des étapes structurantes et valorisantes. Le bac doit donc subsister en tant qu’examen national et conserver une certaine solennité : convocation écrite, épreuves organisées au niveau national, confidentialité des sujets, lecture des consignes aux candidats, publication de tous les résultats le même jour, affichage des résultats dans les établissements, remise d’un diplôme papier, etc.

Cela dit, le bac doit évoluer. Il faut adapter l’examen aux mutations de la société et de l’école. Jusqu’aux années 1970, le bac servait à sélectionner les élèves : les bacheliers constituaient une élite qui pouvait accéder aux études supérieures. Une grande partie des élèves ne passaient pas le bac, et les taux d’échec à l’examen étaient beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui : à titre d’exemple, en 1970, la part de bacheliers dans une classe d’âge n’était que de 20%. Dans les années 1980, le gouvernement socialiste fixa l’objectif d’amener 80% d’une classe d’âge au bac. L’ambition du gouvernement était alors d’augmenter le niveau d’instruction de la population et de favoriser l’accès à l’enseignement supérieur. En 2014, la part de bacheliers dans une classe d’âge atteignait 77%, et le taux de réussite au bac avoisinait les 90% dans les séries générales et technologiques, et 80% dans les séries professionnelles. Mais cette démocratisation du bac est un trompe-l’œil car elle n’a été possible qu’au prix d’une baisse du niveau d’exigence à l’examen. On ne peut pas dire que le bac soit « donné à tout le monde », mais il est indéniable que le bac est moins difficile à obtenir aujourd’hui qu’il y a 40 ans. De fait, le bac n’a plus la fonction de sélection qu’il avait autrefois : il sert désormais à valider un certain nombre de connaissances théoriques et pratiques acquises au lycée.

Le bac peut être réformé. Il faut alléger le bac et resserrer le calendrier des épreuves terminales. Pour cela, il serait souhaitable d’augmenter la part de contrôle continu dans la validation de l’examen. Certaines disciplines sont déjà évaluées en contrôle continu au bac, notamment l’EPS. Le contrôle continu n’a rien d’aberrant : il permet de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves pendant l’année. Mais il est essentiel de maintenir des épreuves terminales afin que le diplôme du baccalauréat conserve son caractère national. En effet, la transformation du bac en simple contrôle continu risquerait de « dévaluer » les diplômes obtenus dans les établissements réputés difficiles par rapport aux diplômes obtenus dans les lycées plus prestigieux : c’est l’égalité des chances qui serait alors bafouée. Comment réformer le bac ? Les trois ou quatre disciplines principales de chaque filière pourraient être évaluées par une série d’épreuves terminales, tandis que les autres disciplines seraient simplement évaluées en contrôle continu. Dans la filière S, par exemple, seules les disciplines du pôle scientifique feraient l’objet d’une épreuve terminale, mais les langues vivantes, l’histoire-géographie et la philosophie seraient évaluées en contrôle continu. Les détracteurs du baccalauréat critiquent les épreuves terminales car ils y voient des épreuves « couperet », qui évaluent toute une année de travail sur la base d’une copie ou d’un oral, ce qui ne laisserait aucun « droit à l’erreur ». Mais c’est oublier qu’il existe tout un dispositif d’harmonisation permettant d’ajuster la note globale en fonction du livret scolaire de l’élève et des résultats qu’il a obtenus tout au long de l’année de Terminale. Le travail fourni pendant l’année scolaire n’est donc pas ignoré par les jurys de bac, bien au contraire.

En conclusion, on peut faire évoluer le bac, le rendre moins lourd et moins coûteux tout en préservant son caractère national et son importance symbolique. Supprimer l’examen national du bac au profit d’un simple contrôle continu est une proposition démagogique, une fausse bonne idée qui creusera les inégalités entre établissements. La plupart des démocraties européennes ont conservé un examen de fin d’études secondaires, qu’il s’agisse de l’Abitur en Allemagne, du A-Level au Royaume-Uni, de la Maturità en Italie ou encore du baccalauréat finlandais (appelé Ylioppilastutkinto). Il ne faut pas supprimer le bac mais le réformer, en se posant une question essentielle : comment évaluer de la façon la plus équitable et la plus efficace la maîtrise des différentes compétences exigées à la fin du lycée ? Rappelons, pour finir, que ce sont les épreuves du bac qui déterminent l’organisation des enseignements au lycée : sans une véritable réforme du bac, tout projet de réforme du lycée ne sera qu’une mascarade.

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Une réflexion sur “Faut-il supprimer le bac ?

  1. La réforme du Bac proposée par François Fillon (à méditer): « Je propose un bac avec quatre épreuves comportant des exigences de niveau plus grandes et passées début juillet : en français, dans la discipline dominante de la série (par exemple, en SES, les sciences économiques) et deux épreuves parmi d’autres disciplines de la série, choisies par les candidats en fonction de leurs projets d’études. Ces quatre épreuves compteraient pour 60 %. Toutes les disciplines de terminale ne faisant pas l’objet d’épreuves seraient notées pendant l’année en contrôle continu, avec un dispositif d’harmonisation académique, et compteraient pour 40 % du bac. »

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