Un parti musulman en France: faut-il s’en inquiéter?

L’UDMF (Union des Démocrates Musulmans Français), petit parti né en 2012, fait beaucoup parler de lui depuis qu’il a exprimé, début 2015, son intention de présenter des candidats dans plusieurs cantons aux élections départementales. Les attentats de janvier 2015 et la sortie du roman de Michel Houellebecq Soumission (dans lequel un candidat islamiste remporte l’élection présidentielle française de 2022), ont placé l’UDMF sous le feu des projecteurs malgré le poids tout à fait dérisoire de ce parti. Que faut-il penser de l’UDMF? Faut-il y voir « un pas de plus vers la communautarisation de la France », comme l’affirme un article du Figaro, ou faut-il au contraire y voir la volonté, chez certains musulmans, de promouvoir un islam démocratique, humaniste et modéré?

Soyons clairs: l’existence d’un parti musulman n’est pas incompatible avec les lois et les institutions de la République Française. La laïcité garantit la neutralité religieuse de l’Etat mais n’empêche pas la création de partis confessionnels, dès lors que ces partis respectent la loi. Les statuts de l’UDMF définissent ce parti comme un « parti démocratique et laïque », qui se réclame d’une « philosophie » et non d’une croyance religieuse. D’ailleurs, Nagib Azergui, le fondateur du parti, compare l’UDMF aux partis démocrates-chrétiens européens, tels que le PCD de Christine Boutin en France ou la CDU d’Angela Merkel en Allemagne. L’UDMF se présente en quelque sorte comme la « version musulmane » de la démocratie chrétienne.

Cependant, la comparaison de l’UDMF avec les partis démocrates-chrétiens est à nuancer fortement. Tout d’abord, on ne peut pas mettre sur le même plan une tradition politique ancrée dans l’histoire de l’Europe occidentale et un courant politique récent dont les racines culturelles et philosophiques sont extra-européennes. De plus, l’UDMF s’adresse exclusivement à la communauté musulmane, tandis que les mouvements démocrates-chrétiens ne s’adressent pas à une communauté religieuse en particulier: sur le site de l’UDMF, on peut en effet lire que l’objectif de ce parti est de « permettre aux citoyens musulmans d’apporter une alternative au sein de la société française ». Par ailleurs, les partis démocrates-chrétiens traditionnels prônent des valeurs qui, bien qu’héritées du christianisme, apparaissent aujourd’hui comme des valeurs universelles et largement sécularisées: respect, solidarité, tolérance, défense de la dignité humaine, défense de la famille, etc. L’UDMF, au contraire, met en avant des propositions à caractère communautaire, comme la défense du halal ou le droit de porter le voile à l’école. En ce sens, l’émergence de l’UDMF risque de banaliser et de légitimer certaines revendications communautaires contraires à l’esprit même de la République laïque.

Le double discours véhiculé par l’UDMF a quelque chose de dérangeant: le parti se prétend laïque et modéré mais cautionne en réalité une certaine vision de l’islam, plutôt traditionaliste, alors que de nombreux musulmans français ont soif de modernité. Par conséquent, il n’est pas certain que les musulmans français se reconnaissent dans les idées portées par l’UDMF: de nombreuses musulmanes ne portent pas le voile, et il n’est écrit nulle part dans le Coran que les femmes doivent le faire. En défendant le droit de porter le voile à l’école, l’UDMF joue avec le feu et donne raison à tous les musulmans qui voudraient imposer aux femmes le port du voile partout, et tout le temps, au nom d’une vision intégriste de l’islam.

Cela étant dit, il ne faut pas exagérer le poids ni la portée de l’UDMF: à ce jour, le parti ne revendique que 900 adhérents. L’UDMF ne dispose que d’un seul élu: Hocine Hebbali, conseiller municipal à Bobigny, élu en 2014 après avoir rallié la liste UDI conduite par Stéphane de Paoli… L’UDMF a d’ailleurs dû revoir ses ambitions à la baisse pour les élections départementales, faute de financements. En effet, la parti a annoncé qu’il serait présent uniquement à Marseille, et qu’il renonçait à présenter des candidats en Île-de-France, à Nice et à Strasbourg. Pour l’heure, donc, il est inutile de crier au loup. Accordons à ce parti le « bénéfice du doute », mais restons attentifs à ses propositions ainsi qu’à ses évolutions.

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Une réaction sur “Un parti musulman en France: faut-il s’en inquiéter?

  1. Démocrates Chretiens ou Musulmans, l’important est démocrate. Mais si preuve est faite que ce mot est en contre sens avec les lois de la république , alors méfiance et vigilance s’impose. La taille de l’univers au début du big bang n’était pas grand chose non plus.
    Pour autant , il ne faut pas crier avant d’avoir mal.

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