Le Front de Gauche de Mélenchon est-il le « Syriza » français?

Le parti de gauche Syriza vient de remporter une large victoire aux législatives grecques: son leader, Alexis Tsipras, devient ainsi le plus jeune Premier Ministre que le pays ait connu depuis plus d’un siècle. Jean-Luc Mélenchon, très présent dans les médias français le soir de l’élection, a salué cette victoire et parlé d’une « page nouvelle pour l’Europe ». Il se verrait bien dans le rôle du Tsipras français, et présente souvent le Front de Gauche comme la version hexagonale de Syriza.

Idéologiquement, Syriza et le Front de Gauche sont clairement sur la même longueur d’onde. Syriza incarne, comme le mouvement fondé par Mélenchon, une gauche « radicale », populiste, antilibérale et anti-austérité, qui veut rompre avec les politiques européennes sans rompre avec l’Europe elle-même: Tsipras a d’ailleurs affirmé sa volonté de maintenir la Grèce dans l’Union européenne et dans la zone euro. On peut donc être soulagé que le peuple grec, pressuré depuis cinq ans par des politiques d’austérité particulièrement brutales, ait préféré Syriza au parti néonazi Aube Dorée.

Cela étant dit, le scénario grec a peu de chances de se répéter en France. Premièrement, Mélenchon n’est pas Tsipras: le leader de Syriza est un homme jeune qui incarne le renouveau de la classe politique grecque. Mélenchon a déjà derrière lui une longue carrière d’élu, et il n’a pas le charisme étincelant et juvénile de Tsipras. Deuxièmement, la situation économique et sociale de la France n’est pas celle de la Grèce: les Français n’ont pas été aussi durement touchés par la crise, ils n’ont pas eu à supporter des politiques aussi violentes que les Grecs, et le « modèle social » français n’a pas été laminé. Troisièmement, en France, la gauche de gouvernement n’est pas dans la même situation de discrédit qu’en Grèce, où le Pasok (Parti Socialiste grec) s’est littéralement effondré, ce qui ne semble guère émouvoir les socialistes français. Quatrièmement, en France, le vote contestataire profite beaucoup plus au FN qu’à la gauche radicale: aux dernières européennes, le parti de Marine Le Pen a obtenu 25% des suffrages contre 6% seulement pour le Front de Gauche. Enfin, le scrutin uninominal à deux tours utilisé aux législatives perpétue en France le condominium PS-UMP, limitant ainsi la percée des partis indépendants non alliés à l’un des deux partis dominants.

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