Bayrou, premier ministre fictif du roman provocateur de Houellebecq

Le matin du 7 janvier, juste avant l’effroyable attentat contre Charlie Hebdo, c’est la sortie du dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission, qui faisait la une. Dans ce livre, l’auteur imagine la victoire d’un candidat islamiste face à Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2022, après un deuxième mandat calamiteux de François Hollande. Ce cataclysme politique est rendu possible par l’union de la gauche, de la droite et du centre autour du candidat musulman dans le but de battre le FN. Le nouveau locataire de l’Elysée, un certain Mohamed Ben Abbes, choisit François Bayrou comme Premier Ministre. Bayrou devient ainsi le symbole de la trahison des élites, l’incarnation d’une classe politique ramollie, complice de la destruction des valeurs républicaines. Le centriste en prend pour son grade: il est décrit comme un individu « stupide », et comme un « animal politique sans consistance, tout juste bon à prendre des postures avantageuses dans les médias ».

N’ayant pas lu le roman (j’ai mieux à faire) et n’ayant pris connaissance que d’extraits, je ne formulerai aucun jugement sur le fond comme sur la forme. Si j’en crois les quelques critiques que j’ai lues dans le presse, le sujet central de Soumission n’est pas l’islam ni l’islamisme (bien que le titre du roman soit la traduction littérale du mot « islam »), mais plutôt la critique des élites politico-médiatiques. Ce que dénonce l’auteur, c’est la dictature du politiquement correct et l’attitude munichoise de certaines élites françaises qui, sous prétexte de lutter contre le racisme et le FN, auraient fini par capituler face à la montée de l’intégrisme religieux. De toute évidence, si Houellebecq a choisi Bayrou, c’est parce que Bayrou est centriste, et qu’aux yeux de l’auteur il symbolise le compromis entre gauche et droite, la connivence (réelle ou supposée) entre des élites politiques interchangeables dont les divergences idéologiques auraient fini par s’estomper derrière de simples « postures ».

François Bayrou a réagi avec sagesse en refusant d’entrer dans la polémique: il s’est contenté de dire que le livre était une « vaste opération commerciale » jouant avec les « peurs » des Français. Il ne faut cependant pas minorer la portée politique du roman. Bruno Roger-Petit, chroniqueur à l’Obs, a justement proposé une lecture très politique du livre, et son interprétation me semble tout à fait intéressante. Selon Bruno Roger-Petit, Soumission serait un roman « sarkozyste » reprenant les thèses de l’ancien président de la République. D’ailleurs, les critiques acerbes adressées à François Bayrou dans le roman sont exactement celles que Sarkozy lui-même avait adressées au chef du MoDem. Soumission serait en quelque sorte un coup de pouce à Nicolas Sarkozy pour 2017: comme l’écrit Bruno Roger-Petit, le vote Sarkozy apparaît comme « le seul capable de déjouer le scénario de Soumission, scénario dont on comprend vite que l’instant clé n’est pas l’élection de 2022, mais celle de 2017, débouchant sur le retour de Hollande à l’Élysée. »

Les attentats des 7, 8 et 9 janvier ont donné une résonance particulière au roman de Houellebecq, en alimentant la peur de l’islamisme. Mais la mobilisation historique du dimanche 11 janvier, et l’union des forces politiques républicaines dans la défense des libertés fondamentales et dans la condamnation de l’intégrisme religieux et du terrorisme, ont en quelque sorte invalidé le scénario catastrophe imaginé par Michel Houellebecq, en montrant que la France est toujours la France, et que les valeurs républicaines restent le ciment de notre nation.

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