L’année 2014, vue du centre

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A bien des égards, 2014 aura été une année déprimante: situation internationale anxiogène, économie française à l’arrêt, déliquescence de l’autorité présidentielle, victoire du FN aux européennes… Pourtant, le bilan centriste de l’année 2014 n’est pas mauvais. J’en profite, bien sûr, pour vous souhaiter une très bonne année 2015 de la part du Centriloque, et pour vous remercier de votre fidélité.

Succès électoraux pour le centre. Trois scrutins ont marqué l’année 2014. Les municipales du mois de mars ont été bénéfiques pour le centre: grâce à l’alliance Modem-UDI-UMP, de nombreux maires centristes ont été élus (ou réélus), plusieurs villes importantes ont basculé au centre comme Amiens, Nancy et bien sûr la ville de Pau, conquise par François Bayrou. En mai, le résultat des européennes a été plus mitigé. Les centristes sont partis seuls au combat, sans alliance avec l’UMP. Malgré une très forte abstention, et malgré la percée spectaculaire du Front National (qui se targue désormais d’être le premier parti de France), les listes UDI-Modem ont obtenu près de 10% des suffrages, soit une progression de deux points par rapport au score des listes Modem aux européennes de 2009. Mais c’est aux élections sénatoriales partielles de septembre que le centre a le plus progressé, puisque le groupe UDI-Union Centriste est passé de 32 à 43 sénateurs, s’affirmant ainsi comme le pivot de la Chambre Haute. En définitive, il n’y aura pas eu de « raz-de-marée centriste » dans les urnes en 2014, mais les résultats du centre furent honorables.

Le nouveau visage de l’UDI. 2014 fut une année de grands bouleversements à l’UDI. La démission de Jean-Louis Borloo pour raisons de santé aurait pu faire basculer le parti dans le chaos. Il n’en fut rien. A l’issue d’un scrutin sous tensions, et dans l’indifférence quasi générale des médias, l’UDI s’est dotée d’un nouveau président: Jean-Christophe Lagarde. Hervé Morin, finaliste malheureux, n’a pas quitté le parti, et a même affiché son intention de conserver un rôle de premier plan au sein de l’UDI. La tâche qui attend Jean-Christophe Lagarde à la tête de l’UDI est titanesque: renforcer le poids et la visibilité du centre, doter le parti d’un projet clair et fédérateur, assurer la bonne cohabitation des différents courants internes. Jusqu’à présent, Lagarde a bien joué son rôle de leader. Parviendra-t-il à piloter le navire sans encombres jusqu’en 2017? Imposera-t-il aux autres leaders de l’UDI l’idée d’une candidature autonome du centre à la prochaine présidentielle? Quelle sera son attitude vis-à-vis de l’UMP, qu’il considère à la fois comme un partenaire « naturel » et comme un concurrent de l’UDI? Et quelle sera son attitude vis-à-vis de son ancien ami et désormais rival François Bayrou?

Une famille centriste moins désunie mais toujours dispersée. Au début de l’année 2015, la famille centriste est nettement moins divisée qu’en 2012. L’Alternative, cette alliance électorale entre l’UDI et le Modem conclue en 2013 par François Bayrou et Jean-Louis Borloo, a passé avec succès ses premiers « tests électoraux ». UDI et Modem ont réussi à présenter des listes communes et un programme commun aux européennes de mai 2014. Cependant, la réunification du centre est toujours de l’ordre de l’utopie. L’Alternative n’est qu’une alliance de circonstance et non une structure pérenne et unifiée: le Modem et l’UDI restent deux partis totalement indépendants l’un de l’autre. Et de nombreux sujets peuvent encore faire achopper le rapprochement fragile qui s’est opéré entre les deux principales formations centristes: réforme des retraites, « TVA sociale », relations avec l’UMP, présidentielle de 2017… Par ailleurs, les blessures de 2012 ne sont pas effacées car certains, à l’UDI, reprochent encore à Bayrou d’avoir voté Hollande.

Cohérence et clarté, deux exigence trop souvent oubliées. Les centristes n’ont pas réussi à lever les ambiguïtés qui contribuent à leur image d’éternels indécis. En effet, Bayrou s’est ancré dans l’opposition après avoir voté Hollande en 2012, et le Modem s’est allié à l’UMP pour les municipales après avoir défendu bec et ongles pendant des années une ligne de stricte indépendance vis-à-vis de la droite. L’UDI manque elle aussi de cohérence: les leaders de l’UDI veulent incarner un centre indépendant et refusent d’être une simple force d’appoint pour la droite, mais ils considèrent toujours l’UMP comme un « partenaire naturel ». Par ailleurs, les centristes ont tendance à s’enfermer dans une opposition systématique, alors même qu’ils avaient promis d’incarner une opposition « constructive » et de soutenir les réformes courageuses. La loi Macron, d’inspiration sociale-libérale, aurait logiquement dû trouver des soutiens dans les rangs du centre, mais les centristes se bornent à critiquer les insuffisances du texte au lieu d’en soutenir les avancées: Jean-Christophe Lagarde a d’ailleurs appelé les députés UDI à voter contre le projet de loi. Les centristes ont donc encore de gros efforts à faire pour clarifier leur identité et leur ligne politique, et ainsi briser l’image d’opportunistes et de girouettes qui leur colle trop souvent à la peau.

L’OPA de Sarkozy sur le centre. L’année 2014 aura aussi été celle du grand retour politique de Nicolas Sarkozy, élu président de l’UMP sans surprise, et sans difficulté. Lors de sa campagne, Sarkozy a proposé la fusion de l’UMP et de l’UDI au sein d’un grand rassemblement de la droite et du centre. Sarkozy méprise les centristes et se moque bien de leurs idées, mais il a besoin de l’électorat centriste pour gagner en 2017. Aux yeux de Nicolas Sarkozy, le centre n’est qu’une excroissance de la droite et une simple réserve de voix. Le centre dont rêve Sarkozy, c’est un centre vassalisé, totalement « dissout » dans la droite. Ne nous y trompons pas, la « fusion UMP-UDI » que Sarkozy propose (et qui serait en réalité une absorption de l’UDI par l’UMP) n’a qu’un seul objectif: empêcher l’émergence d’un courant centriste indépendant et unifié. Nicolas Sarkozy sait qu’il n’a pas le vent en poupe chez les électeurs centristes, contrairement à Juppé, son grand rival, très apprécié des centristes. Absorber l’UDI serait donc pour Sarkozy le meilleur moyen de mettre hors d’état de nuire ses alliés centristes devenus gênants. Espérons que les élus de l’UDI ne cèderont pas aux sirènes de Sarkozy et qu’ils sauront préserver leur indépendance.

Manuel Valls ou l’art difficile de gouverner au centre… sans les centristes. Manuel Valls voulait enterrer la « gauche passéiste » et imposer sa ligne sociale-libérale, incarnée par le ministre de l’Economie Emmanuel Macron. Mais le pari était risqué. Après avoir perdu le soutien des Verts, Valls a provoqué la colère de l’aile gauche du PS: les frondeurs du parti se sont abstenus sur le vote du budget, et la Dame des 35 heures en personne a tâclé Matignon depuis sa mairie lilloise. Valls aurait sans doute aimé ouvrir la majorité vers le centre, mais les centristes préfèrent garder la place confortable qu’ils occupent dans l’opposition: ils ne cessent de critiquer les divisions idéologiques du PS et de répéter que le gouvernement n’a plus de majorité ou que François Hollande n’a plus la confiance des Français. Bayrou a même enfoncé le clou en réclamant une dissolution. Manuel Valls a donc dû jouer les équilibristes, en gouvernant « au centre » sans les centristes et avec une majorité divisée. L’année 2014 aura sans doute été celle d’un rendez-vous manqué entre les centristes et la gauche réformiste.

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