Faut-il supprimer les notes à l’école?

N. Vallaud-Belkacem.

Le CSP (Conseil Supérieur des Programmes) vient de remettre à Najat Vallaud-Belkacem un rapport de onze pages prônant l’abandon des notes chiffrées à l’école: ce rapport, qui accuse les notes de « stresser les élèves », préconise la suppression des moyennes (jugées « artificielles ») et la mise en place d’une nouvelle échelle d’évaluation comportant quatre à six « niveaux de maîtrise ». Par ailleurs, la ministre de l’Education Nationale a récemment visité un collège « sans notes » à Vic-Fezensac, dans le Gers. Dans ce collège, on pratique l’évaluation dite « bienveillante » (comme si le fait de noter les élèves était une pratique malveillante): les compétences sont évaluées en « rouge » (non-acquis) ou en « vert » (acquis). Les notes ont disparu dans les classes de sixième, cinquième et quatrième, et ne réapparaissent que sur les bulletins trimestriels de troisième pour l’orientation, mais sont générées automatiquement par un logiciel à partir du « pourcentage de rouge et de vert » de l’élève.

Quand un système est en crise, il faut trouver un responsable. Les membres du CSP l’ont trouvé: ce sont les notes. La notation décimale est accusée de tous les maux. Le manque de motivation des élèves, le décrochage scolaire, les difficultés d’apprentissage, le stress et la phobie scolaire: tout cela, c’est à cause des notes, évidemment. Il faut être bien naïf pour s’imaginer que la disparition des notes résoudra tous ces problèmes. Comme le répètent fort justement les détracteurs de l’école sans notes, ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on fait disparaître la fièvre… Le rapport du CSP est un rapport idéologique, qui prétend révolutionner en dix pages les pratiques pédagogiques et les méthodes d’évaluation. Quant au collège de Vic, les résultats positifs que les enseignants attribuent à leur nouveau système d’évaluation ne prouvent pas que ce système soit bénéfique pour tous les élèves, et généralisable à tous les établissements: ce collège est une petite structure de 270 élèves, située dans une petite commune tranquille du Gers. Les problématiques y sont très différentes de celles que l’on peut rencontrer dans un gros collège privilégié de centre-ville ou dans un collège difficile situé en zone prioritaire.

Les élèves ne critiquent pas les notes. Ils n’aiment pas les mauvaises notes (ce qui est assez naturel) mais adorent les bonnes notes. Si la mauvaise note peut parfois être vécue comme une punition, la bonne note est une récompense appréciée de l’élève. Les notes sont formatrices, elles aident l’élève à mesurer ses progrès et à se situer par rapport aux autres élèves de sa classe. L’évaluation n’a pas à être « bienveillante », elle doit avant tout être juste et objective. La note n’est pas arbitraire si elle est fondée sur des critères d’évaluation clairs et sur un barème précis. On peut évaluer des compétences sans pour autant supprimer les notes. Les épreuves de bac sont notées sur 20, et les élèves doivent être habitués le plus tôt possible au système de notation décimale. Supprimer la note à l’école, c’est rendre encore plus difficile le passage au collège. Et supprimer la note au collège, c’est rendre plus difficile le passage au lycée.

Certains reprochent à la notation chiffrée de mettre en compétition les élèves, mais l’émulation n’est pas un mal en soi. Au contraire, elle peut être stimulante pour les élèves. Le monde dans lequel nous vivons est un monde où la compétition est omniprésente: une fois sortis du système scolaire, les élèves vont être constamment évalués, notés, classés, dans l’enseignement supérieur comme dans le monde du travail. Pourquoi la compétition devrait-elle être chassée de l’école? On accuse la notation chiffrée d’être « élitiste », mais c’est le système éducatif dans sa globalité qui est élitiste, et non la notation. Aujourd’hui, on sait très bien que les élèves issus de milieux défavorisés ont beaucoup moins de chances que les autres de réussir les concours d’entrée aux grandes écoles: en supprimant les notes à l’école et au collège, on risque d’aggraver ce problème, en creusant le fossé entre l’école (qui doit être « bienveillante ») et l’enseignement supérieur (qui est élitiste).

De plus, il est idiot de vouloir remplacer la notation décimale par d’autres systèmes qui, in fine, auront la même fonction et les mêmes effets. Que l’on opte pour une échelle de « niveaux », de lettres (comme aux Etats-Unis) ou de couleurs, cela revient au même: dans tous les cas, on classe, on hiérarchise les élèves. Pour les élèves les plus stressés, la couleur ou le « niveau » seront tout aussi anxiogènes que la note. Toute cette histoire n’est qu’une usine à gaz idéologique. Quand on parle de la suppression des notes, on ne parle pas des vrais problèmes: le recrutement des enseignants, les effectifs pléthoriques dans les classes, les élèves qui entrent au collège sans maîtriser la lecture et l’écriture, la dévalorisation de l’enseignement professionnel, etc.

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