La défaite de la pensée.

Comme on pouvait s’y attendre, Nicolas Sarkozy vient d’être élu à la tête de l’UMP. Hélas, tout recommence comme avant, car le nouveau Sarkozy n’est guère différent de l’ancien, et ses méthodes n’ont pas changé.

La victoire de Nicolas Sarkozy, c’est la victoire de l’opportunisme sur les idées: Sarkozy défend aujourd’hui ce qu’il critiquait hier, et inversement. En 2012 il défendait l’Aide Médicale d’Urgence, mais en 2014 il n’a pas de mots assez durs pour critiquer ce dispositif jugé trop coûteux et trop attractif pour les migrants clandestins. Après avoir assuré qu’il ne voulait pas abroger le mariage pour tous, il promet l’abrogation sous la pression des militants surexcités du mouvement Sens Commun. Le discours s’adapte en permanence à l’auditoire: Sarkozy n’a pas de convictions à défendre. Ce ne sont pas les idées qui l’intéressent, mais le pouvoir.

La victoire de Nicolas Sarkozy, c’est la victoire de la démagogie sur la raison. Car chez Sarkozy la vérité importe peu. Sur la délinquance, le nombre de fonctionnaires, le fichier d’empreintes génétiques, la théorie du genre, comme sur des tas d’autres sujets, c’est une avalanche de déclarations démagogiques, d’approximations et de contre-vérités. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy ne cesse de répéter que « 50% des faits de délinquance » sont dus à « 5% des délinquants », une statistique erronée qui généralise de façon abusive les résultats d’une enquête sociologique menée en 2001 sur la délinquance des adolescents. Durant sa campagne, Nicolas Sarkozy a aussi brillé par ses déclarations grotesques sur les enseignants qui, selon l’ancien chef de l’Etat, « ne travaillent que deux jours par semaine ». Mensonge éhonté, une fois de plus, car pour un professeur certifié assurant 18 heures de cours par semaine, il est techniquement, règlementairement et physiquement impossible d’enchaîner neuf heures de cours sur la même journée. Sans oublier que le temps de travail d’un enseignant ne se limite pas au temps qu’il passe devant ses élèves. Ce mensonge en dit long sur le mépris de Monsieur Sarkozy pour le monde enseignant.

La victoire de Nicolas Sarkozy, c’est la victoire du cynisme sur l’éthique: Sarkozy prône l’ouverture au centre mais recycle sans vergogne les idées du Front National sur l’immigration, l’Islam, l’identité nationale, et même sur l’Europe et sur Schengen. Une stratégie qui, on le sait, ne fait que renforcer les thèses du FN en les banalisant: je rappelle au passage que Marine Le Pen a mobilisé plus d’électeurs au premier tour de la présidentielle de 2012 que son père au second tour de la présidentielle de 2002.

En plébiscitant Nicolas Sarkozy une nouvelle fois, les militants de l’UMP ont donc refusé la prudence, la nuance, la complexité du réel. Ils ont choisi la simplicité du discours manichéen qui divise et qui stigmatise, qui amalgame et qui trompe. Ils ont opté pour une vision totalement cynique et désintellectualisée de la politique. La victoire de Nicolas Sarkozy, c’est la défaite de la pensée.

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Une réaction sur “La défaite de la pensée.

  1. Tout à fait d’accord avec toi. Comme aux prochaines élections le PS va se faire démolir, il pourra se vanter d’avoir reconstruit l’UMP et se présenter comme le candidat naturel pour les présidentielles.

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