Les centristes ont gagné la bataille des idées, mais pas celle des urnes

Aujourd’hui, les idées centristes sont majoritaires en France. N’oublions pas que les centristes ont été les premiers à défendre la construction européenne, à une époque où la droite française, gaulliste et souverainiste, se méfiait de l’Europe. N’oublions pas que les centristes ont été les premiers à défendre la décentralisation, à une époque où la droite française était encore étatiste et centralisatrice. N’oublions pas que les centristes ont été les premiers à prôner un libéralisme économique tempéré, face à une droite française attachée aux monopoles et à la planification gaullienne. Or, que constate-t-on ? Au cours des trente dernières années, une grande partie de la droite s’est convertie au libéralisme économique, à la décentralisation et à l’Europe : comme l’écrit Alexandre Vatimbella, directeur du CREC (Centre de Recherches et d’Etudes du Centrisme), « c’est la droite qui penche vers le centre, et non l’inverse ».

La gauche s’est, elle aussi, réapproprié les idées centristes. N’oublions pas ce qu’était le Parti Socialiste à la fin des années 70 : un parti jacobin et anticapitaliste qui pensait pouvoir émanciper les individus et faire disparaître les inégalités à grands coups de nationalisations et de dépenses publiques. Aujourd’hui, une grande partie de la gauche française a fini par accepter l’économie de marché, la lutte contre les déficits publics, le soutien au monde de l’entreprise et la nécessité de concilier solidarité et compétitivité : cette gauche réformiste, celle de Jacques Delors et de Michel Rocard, celle de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron, une gauche qualifiée parfois de « sociale-libérale », s’est en fait ralliée aux principes que défendait le centre depuis des décennies.

A mesure que la gauche et la droite se « centrisaient », les centristes ont donc vu leur poids électoral se réduire comme peau de chagrin. La banalisation des idées centristes n’a pas profité aux partis centristes. Concrètement, cela signifie qu’une majorité de Français approuvent les idées du centre et ont une bonne image des centristes, mais que cette sympathie ne se transforme pas en suffrages, puisque lors des scrutins nationaux les formations centristes dépassent rarement les 10%. Les centristes sont appréciés pour leur personnalité et leurs idées mais ne sont pas perçus comme capables de gouverner. La leçon qu’il faut tirer de cette situation paradoxale, c’est que les centristes doivent prioritairement améliorer leur crédibilité. Cela passe, bien sûr, par l’élaboration d’un projet politique lisible, articulé sur des mesures concrètes. Mais les centristes doivent aussi se démarquer, en affirmant leur spécificité par rapport à la droite et à la gauche de gouvernement. Or, ce qui fait la spécificité des centristes, ce n’est pas un corpus d’idées générales et de principes abstraits, mais plutôt une volonté de renouveler en profondeur la pratique politique, de dépasser les clivages traditionnels et de rompre avec la logique du « bloc contre bloc ».

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