Ce jour qui a changé le visage de l’Europe

Il y a 25 ans, l’Europe changeait de visage. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, les Berlinois de l’Est passaient librement à l’Ouest, et le Mur de la Honte commençait à vaciller sous les pioches et les marteaux. La chute du Mur de Berlin referma le long cycle de conflits européens ouvert en 1914. Elle permit la réunification de l’Allemagne et relança la construction européenne: en 1992, le Traité de Maastricht donnait naissance à l’Union européenne et posait les bases de la monnaie unique. La chute du Mur de Berlin a aussi ouvert la voie d’un processus inédit et spectaculaire d’unification politique du continent européen: en effet, après avoir subi 50 ans de dictature communiste, les pays d’Europe centrale et orientale sont devenus des démocraties et ont presque tous rejoint l’Union européenne. Cela doit nous faire réfléchir sur l’importance des valeurs que partagent les nations européennes, au-delà des fractures infligées par les accidents de l’histoire. Au risque de tomber dans un certain idéalisme, n’ayons pas peur de rappeler quelles sont ces valeurs qui constituent le socle même du projet européen: les Droits de l’Homme, la démocratie, la liberté, la paix, la solidarité.

En Allemagne, les conséquences de la réunification furent assez paradoxales: en effet, l’ex-RDA fut « occidentalisée », absorbée par la RFA, englobée dans l’économie sociale de marché, intégrée à l’OTAN et à la Communauté européenne. Mais la réunification a aussi entraîné une « orientalisation » de l’Allemagne. En effet, dans les années 90, l’Allemagne s’est réaffirmée comme une puissance continentale dominant la « Mitteleuropa ». Elle s’est aménagé un gigantesque hinterland industriel en délocalisant massivement vers des pays tels que la République Tchèque et la Hongrie, et en affirmant son rôle d’interface entre l’Europe de l’Est et la Mer du Nord. Elle a pu ainsi devenir le véritable centre de l’Union européenne. Mais le plus important n’est pas là: ce qui est remarquable, c’est surtout la stabilité de la démocratie allemande. Le modèle de la République Fédérale, élaboré par et pour les Allemands de l’Ouest sur les ruines du nazisme, s’est parfaitement greffé sur l’Allemagne de l’Est et n’a jamais été remis en cause depuis la réunification. D’ailleurs, de nombreuses personnalités politiques de la République Fédérale sont issues des Lander de l’Est, à commencer par la chancelière Angela Merkel et le président de la République Joachim Gauck.

A l’heure où les nationalismes et les populismes se réveillent un peu partout en Europe, n’oublions pas tout le chemin parcouru depuis 1989: l’unification du continent européen, l’extension de la démocratie en Europe centrale et orientale, et l’enrichissement des pays de l’Est qui ont rejoint l’Union européenne. A l’heure où certains rêvent de déconstruire l’Europe, n’oublions pas la grande leçon de ces 25 dernières années: ce qui unit les nations européennes est plus important que ce qui les oppose.

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