« Lib-Dems »: les centristes d’outre-Manche dans la tourmente

Nick Clegg, président du Parti libéral-démocrate.

Les Libéraux-Démocrates (Lib-Dems) constituent la troisième force politique du Parlement britannique. Idéologiquement, ces centristes d’outre-Manche diffèrent assez peu de leurs homologues du continent : ils défendent un libéralisme tempéré et sont de fervents partisans de la construction européenne (le Parti libéral-démocrate est d’ailleurs favorable à une adhésion du Royaume-Uni à l’euro). Les Lib-Dems passent aussi pour de grands défenseurs de l’environnement, dans un pays où il n’existe pas de puissant parti écologiste comme les Verts en Allemagne ou en France. Au Parlement européen, les députés Lib-Dems siègent au sein du groupe ADLE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe), groupe centriste et fédéraliste auquel participent également les eurodéputés français de l’UDI et du Modem.

Fondé en 1988, le Parti libéral-démocrate voulait incarner une « 3e voie » entre le Parti travailliste et le Parti conservateur. Mais dans une démocratie habituée au bipartisme, la petite formation centriste a eu beaucoup de mal à s’imposer face aux deux partis dominants. Au milieu des années 90, la fondation du New Labour par Tony Blair impulsa une réorientation centriste et libérale du Parti travailliste : pour marquer leur différence avec le New Labour, les Lib-Dems décidèrent alors d’opérer un virage à gauche, en proposant notamment d’augmenter les dépenses publiques dans l’Education ou de revenir sur la privatisation des chemins de fer. Cette stratégie fut payante électoralement : les Lib-Dems captèrent une partie de l’électorat travailliste et augmentèrent significativement leur nombre de sièges à la Chambre des Communes. Mais en 2004, ils changèrent à nouveau de stratégie : pariant sur un repositionnement à gauche du Parti travailliste après le départ de Tony Blair, les Lib-Dems décidèrent de reconquérir l’espace politique du centre et publièrent un nouveau manifeste mettant en avant des thèses plus libérales : c’est la « révolution du livre orange ».

A l’issue des élections de 2010 (remportées par le Parti conservateur), les Lib-Dems acceptèrent de former une coalition gouvernementale avec les « Tories » de David Cameron. Le président du Parti libéral-démocrate, Nick Clegg, fut alors nommé vice-Premier Ministre. En acceptant une coalition avec les conservateurs, Nick Clegg espérait « ancrer le gouvernement au centre » et infléchir la politique de Cameron dans un sens plus progressiste. Mais très vite, de nombreux désaccords apparurent entre Conservateurs et Lib-Dems : David Cameron imposa aux centristes des mesures d’austérité dont ces derniers ne voulaient pas, comme la hausse de la TVA, la hausse des droits d’inscription universitaires ou la réduction des allocations sociales. Sous la pression des conservateurs, Nick Clegg dut également abandonner son projet de réforme de la Chambre des Lords. De nombreux électeurs du Parti libéral-démocrate se sentirent trahis et en 2012, les Lib-Dems subirent une lourde défaite aux élections locales. L’Europe est une autre source de tensions entre Lib-Dems et Conservateurs depuis que David Cameron s’est dit favorable à l’organisation d’un référendum sur la sortie de l’Union européenne, au grand dam de Nick Clegg et de son parti pro-européen.

Malgré tout, Nick Clegg n’envisage pas de démissionner de son poste de vice-Premier Ministre, car il estime être plus utile dans le gouvernement que dans l’opposition, et il sait très bien que David Cameron a besoin des Lib-Dems pour gouverner. Le leader centriste espère toujours qu’il va réussir à influencer la politique de Cameron, par exemple en imposant l’idée d’une taxation des grandes fortunes pour lutter contre le déficit public. A l’approche des élections générales de 2015, le Parti libéral-démocrate est confronté à la plus grave crise d’identité de son histoire. Nick Clegg mise en fait sur le redressement économique du Royaume-Uni pour redorer le blason de son parti. Mais rien n’est gagné. En 2015, le verdict des urnes risque encore d’être sévère pour les Lib-Dems car ils sont impopulaires, usés par l’exercice du pouvoir et incapables de peser sur les choix politiques de leurs alliés conservateurs.

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