Et si Valls gouvernait avec les centristes?…

La majorité gouvernementale continue de s’étioler. Le volet « recettes » du budget 2015 vient d’être voté de justesse par l’Assemblée nationale: 266 voix pour, 245 voix contre. 39 députés socialistes se sont abstenus, dont deux anciens ministres du gouvernement Valls I (Benoît Hamon et Aurélie Filippetti). Cela signifie que le nombre de députés « frondeurs » a augmenté par rapport au vote de confiance du 16 septembre (ce jour-là, 32 députés socialistes s’étaient abstenus). Si les 39 députés « frondeurs » avaient voté contre le budget au lieu de s’abstenir, le budget aurait été rejeté, ce qui aurait gravement déstabilisé le gouvernement.

La majorité socialiste est donc extrêmement fragilisée: sans le soutien des 17 députés du groupe radical, le gouvernement n’aurait pas eu assez de voix pour faire voter son budget. Pire: ce vote a exacerbé les tensions internes du PS. Certains frondeurs parlent comme s’ils étaient dans l’opposition, Benoît Hamon déclare que la France va vers un « immense désastre démocratique », tandis que Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, qualifie de « déplorable » l’attitude de Monsieur Hamon et de Madame Filippetti. Sans parler de Martine Aubry qui, depuis sa mairie lilloise, torpille le gouvernement Valls et réclame une « réorientation économique ». Bref, la cacophonie atteint des sommets. Après les Verts, l’aile gauche du Parti Socialiste s’est clairement désolidarisée du gouvernement. On serait alors tenté de se poser une question un peu loufoque: puisque la politique du gouvernement Valls a perdu le soutien des socialistes les plus intransigeants, et puisque la majorité ne cesse de se réduire, pourquoi Manuel Valls n’envisagerait-il pas de gouverner avec le centre?

Le groupe UDI compte 29 députés, auxquels s’ajoutent deux députés Modem. Soit 32 députés, autant que les « frondeurs » socialistes qui ont refusé de voter la confiance au gouvernement Valls en septembre. Si Manuel Valls assumait clairement l’orientation sociale-libérale de sa politique, il pourrait ouvrir des négociations avec les centristes en vue d’un pacte de gouvernement. Car il est désormais incontestable que sur les questions socio-économiques, les réformistes modérés du PS, les sociaux-démocrates « rocardiens » comme Valls, les sociaux-libéraux comme Macron, sont plus proches des centristes que de l’aile gauche du PS. Cela permettrait, au passage, de faire éclater une bonne fois pour toutes un PS à bout de souffle et profondément divisé. Bien évidemment, il s’agit d’une simple vue de l’esprit. Un tel scénario est très improbable, parce que le gouvernement continuera d’entretenir la fiction de l’unité. Mais aussi parce que les centristes préfèreront rester bien tranquillement dans l’opposition, pour ne pas se compromettre avec les socialistes, et pour ne pas offusquer l’UMP (n’oublions pas que les députés UDI auront besoin de l’alliance avec l’UMP pour être réélus). Ainsi, la logique du « bloc contre bloc » triomphera envers et contre tout.

Publicités

2 réactions sur “Et si Valls gouvernait avec les centristes?…

  1. Face au conservatisme et au verbalisme révolutionnaire  » en apparence opposés, en réalité complices pour interdire toute réforme » ( Joël Roman) un courant réformiste clairement identifié serait, en effet, à mon sens, le bienvenu.Mais, nous sommes en France et non en Scandinavie. Les séquelles de son histoire subsistent, même s’il est évident que la plupart des socialistes sont sociaux-libéraux depuis longtemps sans le dire ( ou pour certains sans s’en rendre compte…)et que le centrisme n’a rien à voir avec le conservatisme. Une vue de l’esprit, en effet. Dommage.

  2. Je partage votre constat (et vos regrets). Je pense que nos institutions ont leur part de responsabilité dans cette inertie que vous décrivez, car elles encouragent la bipolarisation à outrance et le bipartisme. Le PS et l’UMP sont des partis de synthèse, dont la position hégémonique au Parlement (hégémonie très artificielle au regard du poids réel de ces 2 partis dans l’opinion publique) repose uniquement sur la capacité à rassembler des courants différents, voire divergents. On voit bien, aujourd’hui, que ce système est à bout de souffle, et qu’il ne permet plus de garantir des majorités larges et stables, même avec un suffrage uninominal à 2 tours aux législatives. Entre l’aile gauche et l’aile droite du PS, il y a une fracture profonde, de même qu’entre l’aile modérée de l’UMP (libérale, humaniste et européenne) et l’aile « dure » de ce parti (conservatrice et souverainiste).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s