Il faut combattre le FN sur le fond, et non par la diabolisation

Il est inutile de combattre le Front National par l’insulte et la diabolisation. C’est ce qu’a fait la gauche pendant 30 ans, or depuis 30 ans le Front National n’a cessé de progresser. La vieille rhétorique antifasciste et antiraciste ne permet pas de reconquérir l’électorat populaire qui s’est tourné vers le FN, par désespoir plus que par intolérance. Qu’on se le dise : agiter l’épouvantail du fascisme, ça ne marche plus, les Français n’y croient plus, et le FN est le premier à s’en amuser. A l’inverse, on ne peut pas combattre le FN en lui volant ses idées, comme l’ont fait certains responsables de l’UMP. Cette stratégie est à la fois inefficace et dangereuse, car nous savons que les Français préfèrent toujours l’original à la copie, et qu’en banalisant les idées du FN, on le rend plus fort.

Pour combattre le FN, il faut argumenter, analyser, décortiquer point par point tout ce que dit ou écrit ce parti, démontrer ses erreurs, mettre en évidence les dangers de son programme, dénoncer les mensonges qu’il répète sur l’Europe et sur l’euro, sur l’Islam et sur l’immigration. Il faut montrer que le Front National ne propose aucune solution concrète pour faire face aux défis majeurs de notre pays : l’emploi, l’innovation, l’environnement, la transition énergétique, la régulation de l’économie mondiale. Il faut expliquer que le programme économique du FN, s’il était appliqué, aurait pour effet d’appauvrir la France, d’étouffer les foyers les plus modestes, de creuser notre déficit commercial et de fermer de précieux débouchés à nos entreprises. Il faut aussi défendre le projet européen, rappeler tout ce que l’Europe nous a apporté, expliquer comment l’ouverture des frontières a enrichi notre pays, développé nos entreprises et amélioré notre niveau de vie de façon spectaculaire depuis 60 ans. Bref, il faut faire de la pédagogie. Ce n’est pas facile, mais c’est nécessaire.

Pourtant, à droite, à gauche ou au centre, rares sont ceux qui ont pris le taureau FN par les cornes. Les responsables politiques semblent avoir peur de débattre sur les questions de fond avec le FN. Peur de se faire écraser par le rouleau-compresseur. Peur de se retrouver sans répartie face au discours démagogique et parfaitement huilé des cadors du FN. Rares sont ceux qui ont assez d’aplomb pour tenir tête à une Marine Le Pen, un Florian Philippot ou un Gilbert Collard sous le feu des projecteurs. Rares sont ceux qui ont à la fois les compétences techniques nécessaires pour déconstruire méthodiquement le discours frontiste, et la force de caractère indispensable pour ne pas être dévoré par les grandes gueules du FN. A ce jeu-là, il faut bien reconnaître que Mélenchon était plutôt doué, mais sur le plan électoral sa stratégie fut un fiasco, car on ne peut pas combattre un populisme par un autre populisme.

Le Front National jouit d’un avantage précieux par rapport à ses adversaires de gauche, de droite et du centre : il n’a jamais gouverné la France et n’a donc aucun bilan, aucun renoncement, aucun échec à assumer (excepté au niveau local) : le FN est donc libre de torpiller « l’Etat UMPS » et de dénoncer une classe politique immorale et incompétente. J’en arrive presque à penser que le meilleur antidote contre le FN serait qu’il accède au pouvoir et qu’il se plante magistralement, une bonne fois pour toutes. Mais très vite, je change d’avis et me dis que la France ne mérite vraiment pas cela.

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