Faut-il un candidat unique pour la droite et le centre en 2017?

Peu à peu, l’idée d’une candidature unique de la droite et du centre à la présidentielle de 2017 fait son chemin. L’UDI et le Modem n’excluent pas cette éventualité : François Bayrou lui-même, obnubilé depuis longtemps par la présidentielle, a récemment déclaré qu’il était prêt à renoncer au scrutin de 2017 pour soutenir un candidat de rassemblement.

N’oublions pas que le Front National est arrivé en tête aux dernières européennes. Un récent sondage Ifop réalisé pour le Figaro a montré que, si la présidentielle avait lieu aujourd’hui, Marine Le Pen arriverait en tête du premier tour avec 28% des intentions de vote. Pire : d’après la même enquête, Marine Le Pen remporterait l’élection face à François Hollande au second tour. Bien qu’il faille prendre avec des pincettes ce genre de sondages, et même si trois ans nous séparent encore de la prochaine présidentielle, ces résultats font froid dans le dos, car ils nous donnent à voir pour la première fois le scénario crédible d’une victoire du FN à la présidentielle. Avec un FN aussi puissant, il est clair qu’une dispersion des suffrages au premier tour de la présidentielle risquerait de propulser Marine Le Pen aux portes de l’Elysée. Si les centristes et l’UMP veulent éviter un tel désastre, ils doivent jouer la carte du rassemblement et soutenir un candidat unique dès le premier tour.

Toutefois, cette alliance ne pourra pas se faire à n’importe quel prix. Il faudra que le candidat unique soit « centro-compatible » (j’emploie ce qualificatif inélégant faute de mieux…). Il est clair que Nicolas Sarkozy ne pourra pas être ce candidat de rassemblement, et qu’une partie des centristes refusera de le soutenir. En effet, Nicolas Sarkozy a défendu, en 2007 comme en 2012, un programme qui opposait les Français entre eux, au lieu de les rassembler. Il a voulu recycler les idées du FN au lieu de les combattre. Il a promis aux Français de relancer l’emploi, de « nettoyer » les cités et de maîtriser les dépenses publiques, mais il n’a tenu aucune de ces promesses, et s’est abrité derrière la crise de 2008 pour justifier ses échecs. Il a mené une politique favorisant les grandes fortunes et les hauts revenus sans mettre en place la grande réforme fiscale dont le pays avait besoin. Il a mené une politique éducative désastreuse, en charcutant les programmes, en spécialisant à outrance les élèves de lycée général, en compressant les effectifs enseignants de façon brutale et mécanique sans se soucier des conséquences sur le terrain, et en dynamitant la formation des nouveaux enseignants. Pour toutes ces raisons, Nicolas Sarkozy ne peut pas représenter les valeurs humanistes du centre à la présidentielle.

Parmi tous les présidentiables de l’UMP, le seul qui soit « centro-compatible » et qui puisse fédérer la droite et le centre, c’est Alain Juppé. Très apprécié des centristes, proche de François Bayrou, fort de son expérience à Matignon, à la mairie de Bordeaux et au Ministère des Affaires Etrangères, Alain Juppé jouit aujourd’hui d’une légitimité incontestable, et d’une grande popularité. C’est un homme de droite qui aime à se définir comme « gaulliste », c’est aussi un humaniste, un pragmatique et un modéré, qui saura de toute évidence défendre les valeurs du centre.

Mais le principe d’une candidature unique de la droite et du centre en 2017 pose encore une autre question : quelle méthode choisir ? Le bon sens voudrait que le candidat unique soit désigné à l’issue d’une primaire commune, dans laquelle des centristes pourraient concourir face aux candidats de l’UMP. On pourrait même envisager une « primaire ouverte », comme l’a fait le PS en 2012 : ainsi, la participation serait ouverte à tous les sympathisants de la droite et du centre, et non uniquement aux encartés. Si le vainqueur est « centro-compatible », alors tout ira bien. Mais que se passera-t-il si le candidat qui remporte la primaire n’est pas en phase avec les valeurs et les projets du centre ? Les centristes seraient alors obligés de faire un choix quasi cornélien : soutenir un candidat dont ils ne veulent pas, ou rompre leur alliance avec l’UMP et s’engager seuls dans la bataille, au risque de faire gagner Marine Le Pen.

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